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«Le changement arrive»

Claude Lévesque   5 septembre 2008  États-Unis
Au lendemain du discours pugnace et très applaudi de sa colistière Sarah Palin, John McCain s'est présenté hier comme le candidat qui apportera le «changement» en s'élevant au-dessus des clivages partisans, tout en adhérant, lui aussi, aux valeurs conservatrices de la base du Parti républicain.

«Laissez-moi donner un premier avertissement au Washington usé, dépensier, qui ne fait rien, qui pense "moi d'abord et le pays après": le changement arrive», a dit le sénateur de 72 ans, dans son long discours d'acceptation qui mettait fin à une convention républicaine tenue sous le signe du patriotisme et de la sécurité nationale.

«Maintes et maintes fois, j'ai travaillé avec des membres des deux partis pour régler les problèmes qui avaient besoin de l'être», a ajouté le candidat républicain, dont on vante depuis lundi et l'esprit d'indépendance et l'héroïsme dont il a fait preuve au Vietnam.

John McCain a brièvement salué le président sortant, George W. Bush, dans ses remerciements d'usage, mais tout au long de son allocution, il s'est plutôt démarqué de l'héritage d'un gouvernement impopulaire.

«J'ai un bilan et des cicatrices qui prouvent que je suis capable de travailler dans un esprit non partisan. Pas M. Obama», a ajouté le candidat de 72 ans, qui a passé près de six ans dans les geôles nord-vietnamiennes après que son avion eut été abattu.

Le candidat républicain a d'ailleurs évoqué cette expérience douloureuse qui lui a permis, a-t-il dit, de «tomber en amour avec [son] pays».

«Vous savez, on m'a traité de franc-tireur. [...] Cela signifie que je comprends pour qui je travaille. Je ne travaille ni pour un parti, ni pour des intérêts particuliers, ni pour moi-même. Je travaille pour vous», a dit le candidat aux délégués républicains réunis à Saint Paul au Minnesota.

«Je me suis battu contre la corruption, peu importe si les coupables étaient démécrates ou républicains. [...] Je me suis battu contre les dépensiers des deux partis, contre les lobbyistes qui ont floué des tribus indiennes et contre les contrats malhonnêtes au Pentagone»,

Abordant les difficultés économiques, John McCain a promis de relancer l'emploi en réduisant les impôts, en contrôlant les dépenses et en pratiquant l'ouverture des marchés.

Afin de réduire la dépendance des Américains par rapport au pétrole importé, il a promis s'il est élu de procéder à des forages en mer, de développer la «technologie du charbon propre» et d'«encourager le développpement des automobiles hybrides et électriques».

John McCain a voulu se présenter comme l'homme qui peut livrer le changement souhaité par les Américains tout en les rassurant. Les sondages montrent qu'il est perçu comme le candidat le plus compétent en matière de sécurité nationale.

À ce chapitre, il a condamné hier l'invasion de la Géorgie, tout en disant qu'il allait «travailler à l'établissement de bonnes relations avec la Russie afin d'éviter un retour à la Guerre froide».

Il a également défendu l'envoi de renforts en Irak, qu'il a fortement recommandé, reprochant à Barack Obama, comme d'autres orateurs l'avaient fait avant lui, de se résigner à une défaite américaine dans ce pays.

Interviewé au réseau de nouvelles Fox, M. Obama avait au contraire affirmé plus tôt dans la journée que la «surge» avait été un succès «au delà de nos rêves les plus fous», tout en soulignant l'absence de progrès concernant la réconciliation politique en Irak

Le candidat démocrate a répété que son opposition initiale à la guerre en Irak prouvait que son jugement était ,meilleur que celui de son adversaire. Le sénateur de l'Illinois, qui accuse le camp républicain de vouloir rester en Irak indéfiniment, a déclaré qu'il ordonnerait un retrait des troupes américaines commençant dès janvier et s'échelonnant sur environ 16 mois.

John McCain a été précédé sur scène par deux de ses plus proches compagnons: le sénateur de la Caroline du Sud, Lindsey Graham, et l'ancien gouverneur de la Pennsylvanie, Tom Ridge, qui ont tous deux vanté ses qualités de leader et de héro.

Cindy McCain, la femme du candidat à la présidence, a également pris la parole, présentant sa famille et vantant les qualités personnelles de son mari.

Plus tôt dans la journée, à l'émission Good Morning America ,elle avait exprimé son opposition à Sarah Palin, la colistière du ticket républicain, qui a pris position contre l'avortement dans les cas de viol ou d'inceste. Cindy McCain a précisé qu'elle n'était «pas d'accord avec cet aspect», mais qu'elle «respectait les points de vue» de Sarah Palin.

Sarah Palin, que John McCain s'est dit hier «impatient de présenter à Washington», avait enthousiasmé le XCel Center de St. Paul, mercredi, en attaquant sans retenue, mais sans jamais le nommer, le candidat démocrate à la présidence, Barack Obama.

Elle s'était alors présentée comme une femme du peuple non dépourvue d'expérience administrative, dans le but de faire taire les critiques sur son curriculum vitae relativement mince et de faire oublier les révélations sur la grossesse de sa fille adolescente et sur ses démêlés avec les législateurs de l'Alaska.

La prestation de la gouverneure de l'Alaska a en général reçu les éloges de la presse américaine après avoir fait chavirer les délégués républicains.

«Vingt ans après le départ de Ronald Reagan, les républicains qui l'ont pendant longtemps regretté pourraient avoir trouvé une future Margaret Thatcher», écrivait hier le quotidien financier Wall Street Journal.

«Palin électrifie la convention», a titré hier le New York Times.

Il reste à voir quel impact auront les discours ténors républicains sur les nombreux électeurs indécis. Pour remporter Maison-Blanche, il faudra séduire ces derniers ainsi qu'une une partie des ex-électrices de Hillary Clinton qui ont pu être effrayées mercredi soir par le ton agressif des orateurs qui se sont succédés à la tribune de la convention.

Certains républicains modérés s'interrogent: «Le fait de mettre une femme sur le ticket nos a rendus très heureux, mais en ce qui concerne le programme , nous sommes très nerveux», a dit Kellie Ferguson, qui dirige l'association Republicain Majority for Choice, favorable au droit à l'avortement.

En choisissant pour colistière une personnalité conservatrice sur les thèmes sociaux et religieux, John McCain s'est assuré le soutien du noyau dur de son parti mais ce virage à droite pourrait le priver de voix au centre, pensent plusieurs analystes.

Depuis sa candidature lancée au printemps — et alors accueillie avec scepticisme —, John McCain a dû faire des pas significatifs sur sa droite.

Son adversaire démocrate s'en est saisi pour le décrire comme quelqu'un qui s'inscrit dans la droite ligne de l'impopulaire président sortant.

M. McCain a ainsi été critiqué pour avoir proposé de rendre permanentes des baisses d'impôt temporaires auxquelles il s'était initialement opposé, pour avoir durci son discours sur l'immigration, le mariage homosexuel et l'avortement.

En campagne en Pennsylvanie, Barack Obama a affirmé hier qu'il n'était pas surpris par les attaques de Mme Palin et des autres orateurs républicains à son encontre. Ces derniers «n'ont proposé aucune idée en deux jours sur la façon dont ils envisagent améliorer la situation des classes moyennes», a ajouté le candidat démocrate sur les ondes de CNN.

Joe Biden a aussi salué hier John McCain comme «un grand héro» et comme son «ami». «Mais nous avons besoin de plus qu'un bon soldat et qu'un brave Américain. Nous avons besoin d'un dirigeant sage», a-t-il dit.

***

Avec l'Agence France-Presse et Reuters






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  • Line Gingras
    Abonné
    vendredi 5 septembre 2008 03h35
    Zéro pour le «héro»
    « Le mot «héro» figure deux fois dans l'article d'aujourd'hui; je l'ai vu également dans celui d'hier. Mon «Petit Robert» donne cependant «héros», au singulier comme au pluriel. (Ce mot n'est pas visé par les rectifications de l'orthographe.) »

  • JM
    Abonné
    vendredi 5 septembre 2008 07h31
    Me permettez-vous un peu de cynisme, ou de compassion, par rapport au discours de McCain (McBush)
    « Il faudrait vérifier les promesses et les convictions de McCain (McBush). En début de carrière, je pourrais comprendre les ambitions de quelqu'un qui décide de porter inconsidérément l'habit qu'on lui donne. Ce monsieur, rendu à un âge supposé respectable, a signé malheureusement un pacte avec Faust. À moins que l'habit qu'on offre à ce pauvre homme soit reluisant au point de le rendre aveugle.

    JM »

  • andré michaud
    Inscrit
    vendredi 5 septembre 2008 08h11
    Pluie de promesses
    « Ce que je retiens des 2 candidats à la présidence c'est la pluie de promesses pour tout un chacun et que le changement passera par eux. Quel que soit l'élu, il est évident qu'il ne pourra remplir ses dizaines de promesses pour tout un chacun.

    Personnellement je préfère des gens qui comme M.Dion concentrent leur promesses sur un objectif principal (Plan Vert), il devient plus facile de livrer vraiment la marchandise...et éviter de désillusionner une majorité de gens qui attendent la lune. En amérique du nord, c'est à chacun de faire son avenir par les études, le travail...avant toute chose! Nous ne vivons pas dans des pays sans école et sans nourriture ou ne peut construire son avenir. »

  • Hélène Paulette
    Inscrite
    vendredi 5 septembre 2008 08h17
    Spectacle désolant....
    « Désolant spectacle, finalement que ce congrès qui n'a trouvé que la dérision pour remplir des discours vide de sens. Affligeant de voir Giuliani rire à gorge déployée du CV d'Obama sans se rendre compte qu'il méprisait par le fait même "l'American Dream". Il est assez loufoque de les voir blâmer "Washington" (et la courte majorité Démocrate) alors qu'ils dominent l'arène politique depuis des décennies. Intéressant aussi de voir le nombre de manifestants Républicains escortés hors de l'aréna. Reste à voir si le reste des USA les accompagnera dans le "déni". »

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