L'ouragan Sarah
Rassurer la droite religieuse et, par la même occasion, rogner quelques votes féminins... En choisissant Sarah Palin comme colistière, le sénateur John McCain joue sur la division par le milieu de l'électorat américain, exactement comme l'a fait George W. Bush en 2000 et 2004. Aussi, et à condition que les démocrates se mobilisent le 4 novembre prochain comme ils l'ont fait pendant les primaires en nombre record, l'audace que l'on a prêtée à son geste virera, si tout va bien, à la gaffe.
Les républicains modérés, car il y en a, ont voulu voir en John McCain le centriste qui arracherait le parti à l'envahissante influence de sa droite pure et dure, qui fut si utile au président sortant. La désignation de Sarah Palin, conservatrice tous azimuts, déçoit radicalement les attentes: voici que M. McCain accepte, à des fins purement électorales, de s'en remettre à la frange ultraconservatrice du parti, et donc de s'en rendre captif, pour tenter de décrocher la présidence...
On sait depuis 48 heures que Mme Palin, jeune gouverneure de l'Alaska, était loin d'être le premier choix de McCain, qui a voulu jusqu'à la dernière minute choisir un «modéré» comme lui, le sénateur Joe Lieberman, un démocrate dissident. Le tollé d'influents conservateurs l'a convaincu de n'en rien faire. On sait aussi maintenant que c'est dans la précipitation la plus invraisemblable, sans examen préalable de ses antécédents, qu'il a embrassé la candidature à la vice-présidence de Mme Palin, qu'il ne connaissait pour ainsi dire ni d'Ève ni d'Adam il y a moins de deux semaines. Conclusion: M. McCain n'a fait preuve ni de l'indépendance d'esprit ni du jugement éclairé dont il se targue quand il s'agit de s'en prendre à l'inexpérience de M. Obama.
Son choix a ravi, ce qui est tout dire, la base républicaine qui lançait hier son congrès à l'investiture à Saint-Paul après le délai imposé par l'ouragan Gustav, et ce, malgré les tuiles qui sont tombées sur la colistière. Bristol, sa fille mineure de 17 ans, est enceinte? Mme Palin s'étant opposée au financement des programmes d'éducation sexuelle en Alaska, il n'y a guère qu'aux délégués républicains que l'ironie échappait hier. L'essentiel, disait-on sur le plancher du congrès, c'est qu'au nom de saines valeurs familiales et de la négation du droit à l'avortement, elle garde l'enfant et épouse le père...
C'est à cette culture que le camp McCain espère rallier des partisanes déçues d'Hillary Clinton en s'adjoignant Mme Palin. Que l'on ose même pareil raisonnement dépasse l'entendement, insulte l'intelligence. À quel logique obéit-on en croyant pouvoir remplacer le nom d'une femme par un autre sur les bulletins de vote sans égard au fossé qui les sépare politiquement?
Stupéfiant de constater à quel point les machines politiques, aux États-Unis comme ailleurs, se croient autorisées à simplifier les enjeux. C'est dire à quel point il ne faut pas sous-estimer la capacité des partis à manipuler les opinions publiques, ni celle de ces opinions à se laisser manipuler. Il n'est pas impossible que le mauvais choix que M. McCain vient de faire l'aide à remporter la présidence.
Encore qu'il est très difficile de concevoir que l'électorat démocrate ne se braquera pas, toutes tendances confondues, devant des calculs républicains qui réduisent davantage encore M. McCain à ce qu'a été la présidence de M. Bush. On attend de Mme Clinton qu'elle monte aux barricades au cours des deux prochains mois. Si tout se passe comme cela devrait se passer, la désignation de Mme Palin sera plus utile, le jour du vote, à Barack Obama qu'à John McCain.
***
gtaillefer@ledevoir.com
Les républicains modérés, car il y en a, ont voulu voir en John McCain le centriste qui arracherait le parti à l'envahissante influence de sa droite pure et dure, qui fut si utile au président sortant. La désignation de Sarah Palin, conservatrice tous azimuts, déçoit radicalement les attentes: voici que M. McCain accepte, à des fins purement électorales, de s'en remettre à la frange ultraconservatrice du parti, et donc de s'en rendre captif, pour tenter de décrocher la présidence...
On sait depuis 48 heures que Mme Palin, jeune gouverneure de l'Alaska, était loin d'être le premier choix de McCain, qui a voulu jusqu'à la dernière minute choisir un «modéré» comme lui, le sénateur Joe Lieberman, un démocrate dissident. Le tollé d'influents conservateurs l'a convaincu de n'en rien faire. On sait aussi maintenant que c'est dans la précipitation la plus invraisemblable, sans examen préalable de ses antécédents, qu'il a embrassé la candidature à la vice-présidence de Mme Palin, qu'il ne connaissait pour ainsi dire ni d'Ève ni d'Adam il y a moins de deux semaines. Conclusion: M. McCain n'a fait preuve ni de l'indépendance d'esprit ni du jugement éclairé dont il se targue quand il s'agit de s'en prendre à l'inexpérience de M. Obama.
Son choix a ravi, ce qui est tout dire, la base républicaine qui lançait hier son congrès à l'investiture à Saint-Paul après le délai imposé par l'ouragan Gustav, et ce, malgré les tuiles qui sont tombées sur la colistière. Bristol, sa fille mineure de 17 ans, est enceinte? Mme Palin s'étant opposée au financement des programmes d'éducation sexuelle en Alaska, il n'y a guère qu'aux délégués républicains que l'ironie échappait hier. L'essentiel, disait-on sur le plancher du congrès, c'est qu'au nom de saines valeurs familiales et de la négation du droit à l'avortement, elle garde l'enfant et épouse le père...
C'est à cette culture que le camp McCain espère rallier des partisanes déçues d'Hillary Clinton en s'adjoignant Mme Palin. Que l'on ose même pareil raisonnement dépasse l'entendement, insulte l'intelligence. À quel logique obéit-on en croyant pouvoir remplacer le nom d'une femme par un autre sur les bulletins de vote sans égard au fossé qui les sépare politiquement?
Stupéfiant de constater à quel point les machines politiques, aux États-Unis comme ailleurs, se croient autorisées à simplifier les enjeux. C'est dire à quel point il ne faut pas sous-estimer la capacité des partis à manipuler les opinions publiques, ni celle de ces opinions à se laisser manipuler. Il n'est pas impossible que le mauvais choix que M. McCain vient de faire l'aide à remporter la présidence.
Encore qu'il est très difficile de concevoir que l'électorat démocrate ne se braquera pas, toutes tendances confondues, devant des calculs républicains qui réduisent davantage encore M. McCain à ce qu'a été la présidence de M. Bush. On attend de Mme Clinton qu'elle monte aux barricades au cours des deux prochains mois. Si tout se passe comme cela devrait se passer, la désignation de Mme Palin sera plus utile, le jour du vote, à Barack Obama qu'à John McCain.
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gtaillefer@ledevoir.com
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