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L'ouragan Sarah

Guy Taillefer   3 septembre 2008  États-Unis
Rassurer la droite religieuse et, par la même occasion, rogner quelques votes féminins... En choisissant Sarah Palin comme colistière, le sénateur John McCain joue sur la division par le milieu de l'électorat américain, exactement comme l'a fait George W. Bush en 2000 et 2004. Aussi, et à condition que les démocrates se mobilisent le 4 novembre prochain comme ils l'ont fait pendant les primaires en nombre record, l'audace que l'on a prêtée à son geste virera, si tout va bien, à la gaffe.

Les républicains modérés, car il y en a, ont voulu voir en John McCain le centriste qui arracherait le parti à l'envahissante influence de sa droite pure et dure, qui fut si utile au président sortant. La désignation de Sarah Palin, conservatrice tous azimuts, déçoit radicalement les attentes: voici que M. McCain accepte, à des fins purement électorales, de s'en remettre à la frange ultraconservatrice du parti, et donc de s'en rendre captif, pour tenter de décrocher la présidence...

On sait depuis 48 heures que Mme Palin, jeune gouverneure de l'Alaska, était loin d'être le premier choix de McCain, qui a voulu jusqu'à la dernière minute choisir un «modéré» comme lui, le sénateur Joe Lieberman, un démocrate dissident. Le tollé d'influents conservateurs l'a convaincu de n'en rien faire. On sait aussi maintenant que c'est dans la précipitation la plus invraisemblable, sans examen préalable de ses antécédents, qu'il a embrassé la candidature à la vice-présidence de Mme Palin, qu'il ne connaissait pour ainsi dire ni d'Ève ni d'Adam il y a moins de deux semaines. Conclusion: M. McCain n'a fait preuve ni de l'indépendance d'esprit ni du jugement éclairé dont il se targue quand il s'agit de s'en prendre à l'inexpérience de M. Obama.

Son choix a ravi, ce qui est tout dire, la base républicaine qui lançait hier son congrès à l'investiture à Saint-Paul après le délai imposé par l'ouragan Gustav, et ce, malgré les tuiles qui sont tombées sur la colistière. Bristol, sa fille mineure de 17 ans, est enceinte? Mme Palin s'étant opposée au financement des programmes d'éducation sexuelle en Alaska, il n'y a guère qu'aux délégués républicains que l'ironie échappait hier. L'essentiel, disait-on sur le plancher du congrès, c'est qu'au nom de saines valeurs familiales et de la négation du droit à l'avortement, elle garde l'enfant et épouse le père...

C'est à cette culture que le camp McCain espère rallier des partisanes déçues d'Hillary Clinton en s'adjoignant Mme Palin. Que l'on ose même pareil raisonnement dépasse l'entendement, insulte l'intelligence. À quel logique obéit-on en croyant pouvoir remplacer le nom d'une femme par un autre sur les bulletins de vote sans égard au fossé qui les sépare politiquement?

Stupéfiant de constater à quel point les machines politiques, aux États-Unis comme ailleurs, se croient autorisées à simplifier les enjeux. C'est dire à quel point il ne faut pas sous-estimer la capacité des partis à manipuler les opinions publiques, ni celle de ces opinions à se laisser manipuler. Il n'est pas impossible que le mauvais choix que M. McCain vient de faire l'aide à remporter la présidence.

Encore qu'il est très difficile de concevoir que l'électorat démocrate ne se braquera pas, toutes tendances confondues, devant des calculs républicains qui réduisent davantage encore M. McCain à ce qu'a été la présidence de M. Bush. On attend de Mme Clinton qu'elle monte aux barricades au cours des deux prochains mois. Si tout se passe comme cela devrait se passer, la désignation de Mme Palin sera plus utile, le jour du vote, à Barack Obama qu'à John McCain.

***

gtaillefer@ledevoir.com






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  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    mercredi 3 septembre 2008 06h28
    Petits calculs, grands effets?
    « Ce qui est remarquable dans l'affaire de la grossesse de la fille mineure de Sarah Palin, c'est le joli retournement médiatique que les spécialistes en communication du Parti républicain ont su faire. En effet, pour ce parangon de vertu qu'est Sarah Palin, qui prohibe les relations sexuelles hors mariage et pour laquelle les cours d'éducation sexuelle à l'école doivent enseigner et prêcher uniquement l'abstinence, l'annonce que sas fille ne s'est pas conformée à ses normes pouvait porter atteinte à son image.

    Mais l'annonce faite est devenue l'annonce d'un heureux événement dans la famille Palin, les parents seront heureux d'être grands-parents puisque leur fille garde son bébé et a donc refusé un avortement. D'un événement à connotation négative, on est passé à un événement ayant une apparence de connotation positive.

    Évidemment, une fois passé le coup médiatique, une certaine réflexion sur le fond soulève quelques questions chez des électeurs et surtout des électrices potentiels. Il ne faut pas oublier qu'en choisissant cette femme, John McCain cherchait à attire des électrices de Hillary Clinton, déçues de ne pas la retrouver associée à Barack Obama. Il est douteux qu'un certain nombre se rallient à la pure et dure S. Palin, qui n'est pas sans failles dans sa cuirasse conservatrice.

    Et même dans les milieux conservateurs, l'image de cette «femme à la morale irréprochable, que le Parti républicain voudrait bien utiliser pour séduire les électeurs de la droite religieuse dans l'ensemble du pays », se retrouve quelque peu ternie par les faits et par leur signification.
    En effet, si Palin est choisie pour promouvoir les valeurs strictes de la droite religieuse dans le pays, comment pourra-t-elle le faire si elle n'a pas été capable de les faire prévaloir dans sa propre famille?

    Ou alors, le cas de sa fille ne prouve-t-il pas qu'elle est irréaliste et n'a pas une véritable connaissance de ce qui se passe réellement dans la société, de son évolution, de ses révolutions. C'est un peu gênant pour occuper un des plus hauts postes de l'État et éventuellement le plus haut poste en cas de défaillance du président. Et le fait que sa fille ait eu des relations sexuelles comme mineure est-il alors la révolte d'une adolescente contre la doctrine maternelle, ses interdits, ses oukases? Si oui, on se retrouve dans le cas de figure précédent. Il faudrait certes en savoir davantage sur la psychologie des personnages impliqués dans cette histoire, savoir si Bristol a refusé l'avortement pour se conformer aux injonctions de sa mère ou simplement, par attachement à son père.

    Quoi qu'il en soit, cette affaire brouille incontestablement l'image que Sarah Palin devait présenter à l'électorat, religieux, conformiste ou simplement indécis. La suite des révélations sur les tenants et les aboutissants de la famille Palin et Sarah Palin en particulier, que les médias ne manqueront pas de soulever pourraient faire de cette femme, choisie peut-être à la va-vite, un boulet que John McCain aura du mal à traîner. Affaire à suivre donc. »

  • Fernand Trudel
    Abonné
    mercredi 3 septembre 2008 09h40
    Les démocrates ont perdu pied
    « En faisant du Palin Bashing vienent de démontrer qu'il ont perdu l'avantage dans l'électorat américain.

    Il reste que notre gogauche québécoise aura encore du McCain bashinbg au grand plaisir des ennemis de la démocratie: les islamistes. »

  • François Caron
    Abonné
    mercredi 3 septembre 2008 13h23
    Penser comme une cravate...
    « Ces maudites têtes blanches prétentieuses à l'avoir net positif, qui se sont faites à la force du poignet, qui n'ont aucune partie du corps à l'état naturel, qui n'ont aucun état d'âme à prendre des décisions de vie ou de mort sur et pour autrui et qui ne doutent pas de ce qui est bon pour l'Amérique (la guerre, la vengeance, la justice arbitraire rondement et électriquement, ou éthériquement, administrée, la méfiance de son prochain résultant en un port d'armes pour tous et toutes, la misère psychologique d'une grossesse non-désirée, la misère économique équitablement et largement partagée surtout par les moins talentueux, et pourquoi donc vivent-ils si ce n'est que pour s'accrocher aux food stamps de l'État, notamment) sont aveuglées par leur idéologie qu'elles veulent imposer à une masse soit non-informée, soit mal informée, soit pas intéressée pantoute par les discours aux contours vagues, au contenant creux et au contenu vide en calories socio-économiques, sauf pour les mangeurs de vaches mortes adeptes de steak-houses, de monster homes, de fins de semaine de détente à Las Vegas / Atalntic City, de domaines latifundiaires verts privés et clôturés et de gros chars dépensiers en énergie pour y aller et en revenir pour continuer de nuire à la bonne marche du bon peuple vers la poursuite du bonheur.

    Les gens bien informés sauront reconnaître l'insondable vacuité des valeurs (sauf pour la valorisation et le respect de la vie naissante) de cette poupoune de sport ambitieuse et "performeuse".

    C'est tout de même symptômatique de la grande maladie dont souffre le peuple états-unien (que je hais ce mot bâtard) et qui est de s'attarder à l'image dégagée superficiellement par une personne et non pas à la profondeur, l'équilibre et la sagesse de ses idées et ses valeurs.

    Valeurs totalement contraires à celles du Nouveau Testament de la Parole de Jésus-Christ dont ils et elles se réclament, mais plus conforme au Dieu de la Bible vengeur et compétitif qui fait mieux leur affaire et qu'ils tentent de mieux faire coller à leurs valeurs dépassées, rétrogrades et anti-sociales.

    On a les politicienNEs qu'on mérite, et curieusement ils et elles portent tous et toutes une cravate, soit sur eux-même, soit dans la tête... »

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