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Gustav: la Louisiane a évité le pire

Alexandre Shields   2 septembre 2008  États-Unis
Les digues ont peut-être tenu bon à La Nouvelle-Orléans hier, mais les eaux poussées par Gustav n’en ont pas moins envahi certains secteurs de la ville, après avoir débordé de l’Inner Harbor canal.
Photo : Agence Reuters
Les digues ont peut-être tenu bon à La Nouvelle-Orléans hier, mais les eaux poussées par Gustav n’en ont pas moins envahi certains secteurs de la ville, après avoir débordé de l’Inner Harbor canal.
L'ouragan Gustav, qui a atteint hier les côtes américaines à l'ouest de La Nouvelle-Orléans, a heureusement perdu de sa vigueur en touchant terre, ce qui a permis d'éviter le pire. Il était néanmoins accompagné de vagues menaçantes pour les digues de la ville, désertée par sa population. Les autorités ont signalé sept décès.

Frappant en pleine campagne présidentielle, le phénomène météorologique extrême a aussi pris une couleur politique, puisque le président George W. Bush s'est rendu au Texas afin de suivre les opérations de secours. Un geste qui visait à faire oublier sa gestion désastreuse lors de l'hécatombe provoquée par l'ouragan Katrina, en 2005.

L'oeil de Gustav a touché la côte près de Cocodrie, en Louisiane, à 115 kilomètres au sud-ouest de La Nouvelle-Orléans, avec des vents qui soufflaient à 170 km/h, ce qui correspondait à la catégorie 2 sur les 5 de l'échelle de Saffir-Simpson. Quelques heures plus tard, l'ouragan est tombé en catégorie 1 avec des vents de 145 km/h alors qu'il évoluait aux environs des villes louisianaises de New Iberia et de Lafayette.

Alors que la situation semblait relativement maîtrisée, les autorités surveillaient de près le système d'endiguement qui avait cédé il y a trois ans en inondant 80 % de La Nouvelle-Orléans, en plus de provoquer la mort de 1600 personnes. Deux digues ont débordé en après-midi au sud-est de La Nouvelle-Orléans, sous la pression des eaux battues par les vents et les pluies. Selon des informations diffusées par la chaîne américaine CNN, l'une d'entre elles «pouvait céder d'une minute à l'autre». Ailleurs, au moment de mettre sous presse, le réseau de protection tenait toutefois toujours le coup. «Les digues sont en bon état et tiennent. Il y a un peu d'eau qui passe au-dessus», mais «aucune brèche n'a été constatée», a indiqué la mairie.

À La Nouvelle-Orléans, l'Industrial canal était cependant sur le point de déborder dans le Ninth Ward, un des quartiers les plus dévastés par Katrina, et trois bateaux ont rompu leurs amarres, risquant d'endommager les parois du canal. «Nous craignons que cela ne déborde», a indiqué le commandant Tim Kurgan, du Génie, après une montée des eaux de trois mètres, atteignant le haut du canal dont les parois, qui s'étaient rompues en 2005, avaient été fortifiées après Katrina.

«Nous commençons à voir l'eau s'élever dans les rues», a ajouté le garde national David Gooch. David Paulison, directeur de l'Agence fédérale de gestion des situations d'urgences s'est voulu toutefois rassurant. Il a assuré que le Génie indiquait «que les digues sont beaucoup plus solides [...] et qu'elles sont bien plus hautes que durant Katrina». «Néanmoins, il reste des points faibles dans le système de digues. Ce n'est pas aussi bien que cela devrait l'être», a-t-il concédé.

Des soldats s'employaient par ailleurs à évacuer des habitants restés sur place. Près de 90 % de la population de la ville avait déjà été évacuée. Depuis dimanche soir, près de deux millions de personnes ont fui le littoral du golfe du Mexique, dans ce qui constitue la plus grande évacuation de l'histoire américaine. Plusieurs milliers de policiers et de gardes nationaux patrouillaient à La Nouvelle-Orléans, où un couvre-feu était en vigueur. Le vent a balayé la ville, abattant des arbres, endommageant des boutiques et faisant valser les poubelles dans les rues désertées.

Bush confiant

Le président George W. Bush, souhaitant éviter de répéter le fiasco politique de son administration lors du passage de Katrina, s'est rendu au Texas pour superviser la coordination des opérations de secours, après avoir renoncé à intervenir à la convention républicaine. «La coordination pour cette tempête est bien meilleure que pendant Katrina», a indiqué le président. «La tempête doit encore passer, c'est un événement sérieux», a-t-il ajouté lors d'un point de presse au centre des opérations.

La mauvaise gestion de l'administration Bush lors du passage de l'ouragan Katrina, qui avait fait quelque 1600 morts en Louisiane et dans les États voisins après son passage le 29 août 2005, avait été une catastrophe pour l'image du président. M. Bush a loué «l'esprit de partage» parmi les gouverneurs et les résidants des États touchés, soit l'Alabama, la Louisiane, le Mississippi et le Texas. «Ç'a été une énorme évacuation», a déclaré le président, les manches de sa chemise relevées au cours du point de presse.

L'ouragan a complètement perturbé le programme de la convention républicaine, qui s'ouvrait hier dans le Minnesota. La formation a commencé l'événement sans faste et s'est contentée d'une réunion de travail. Le candidat à la Maison-Blanche, John McCain, qui doit être nommé officiellement lors de ce rassemblement organisé à Minneapolis-Saint-Paul, a fait annuler des discours prévus hier afin d'éviter que les télévisions ne diffusent des images de fête planifiées pendant le passage de Gustav. Les dirigeants de son parti n'ont pas indiqué si le reste de la convention, qui doit durer quatre jours, serait modifié.

Cuba durement touché

Si Gustav n'a pas provoqué autant de dégâts qu'on le redoutait aux États-Unis, il a frappé Cuba de plein fouet. On a appris hier que plus de 100 000 maisons, 370 écoles et des centaines de kilomètres de lignes électriques et téléphoniques ont été endommagées par le passage de l'ouragan samedi, selon des données préliminaires des autorités cubaines.

Sur la seule île de la Jeunesse, comptant 87 000 habitants à une centaine de kilomètres au sud des côtes occidentales cubaines, 87 % des maisons ont été endommagées par l'ouragan ainsi que quelque 200 kilomètres de lignes électriques et téléphoniques, selon la Défense civile citée par le journal officiel Granma. Malgré la force de Gustav, qui était un ouragan de catégorie 4 sur Cuba, sur une échelle de 5, personne n'a perdu la vie sur l'île, a assuré la Défense civile, qui a seulement fait état de «nombreux blessés» et de dégâts considérables aux infrastructures de l'ouest du pays.

Un autre cyclone tropical risque désormais de se diriger vers le sol américain, puisque la tempête tropicale Hanna a pris de la vigueur dans l'Atlantique et s'est transformée en ouragan dans les Caraïbes, à l'approche des Bahamas et de l'archipel de Turks et Caïcos où des vents violents et des grosses vagues étaient signalées. Selon les prévisions, Hanna pourrait ensuite atteindre les États-Unis d'ici le milieu de la semaine.

À Mayaguana, la plus orientale des îles des Bahamas, quelque 300 personnes se sont calfeutrées chez elles ou avaient trouvé refuge dans des abris gouvernementaux. Dans l'archipel voisin de Turks et Caïcos, la pluie et les vents violents ont contraint les autorités à fermer l'aéroport et les écoles, tandis que la population ne se hasardait pas dans les rues. On ne signalait dans l'immédiat ni victimes ni dégâts importants. Hanna est la huitième tempête tropicale de la saison à se former dans l'Atlantique.

***

Avec l'Agence France-Presse, Associated Press, CNN et Reuters






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