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Des lauriers et des critiques pour Obama

28 juillet 2008  États-Unis
Près de 200 000 personnes sont venues écouter Barack Obama à Berlin.
Photo : Agence France-Presse
Près de 200 000 personnes sont venues écouter Barack Obama à Berlin.
La tournée à l'étranger de Barack Obama, le candidat démocrate à la Maison-Blanche, a scellé son statut de superstar politique internationale: il reste maintenant à savoir si l'adulation dont il semble bénéficier hors du pays se traduira dans les urnes aux États-Unis.

L'accueil enthousiaste reçu à Berlin de la part d'une foule de quelque 200 000 personnes, et celui des dirigeants qu'il a rencontrés au cours de sa tournée de huit jours, ne garantit en rien que le sénateur de l'Illinois en tirera profit lors de l'élection présidentielle de novembre dans des États disputés comme l'Ohio et la Pennsylvanie.

M. Obama, rentré chez lui à Chicago tard samedi soir, s'est sorti apparemment indemne de ce voyage à haut risque politique, au grand dam de son adversaire républicain, John McCain.

La presse américaine saluait unanimement hier le succès de cette tournée, mais elle s'interrogeait toutefois sur son impact aux États-Unis.

Maureen Dowd, éditorialiste au New York Times, évoquant l'escale parisienne du candidat et sa rencontre avec le président Nicolas Sarkozy, qu'elle juge «obamarisé», affirme qu'elle était digne d'un «film français [...], "Un homme et un homme"», allusion au film de Claude Lelouch intitulé Un homme et une femme.

Le Washington Post se demande si cette tournée permettra «de lever les doutes sur la capacité d'Obama à être président? Et sinon, qu'est-ce qui le pourra?»

L'équipe de campagne du candidat estime qu'il est trop tôt pour savoir si la visite au Koweït, en Afghanistan, en Irak, en Jordanie, à Israël, en Allemagne, en France et en Grande-Bretagne a rempli ses objectifs en réduisant l'écart avec John McCain, dans les sondages sur la question de la sécurité nationale.

Mais le candidat lui-même a reconnu que sa tournée pourrait ne pas lui rapporter un gain immédiat. «Je ne serais même pas surpris si, dans certains sondages, cela avait pour conséquence un certain fléchissement», a-t-il déclaré à l'issue de sa rencontre avec Gordon Brown, le premier ministre britannique.

Pourtant, il a reçu un accueil digne d'un chef d'État dans chaque pays de son itinéraire, et un sondage Gallup publié samedi montre qu'il a conforté son avance sur John McCain, avec 48 % des intentions de votes contre 41 % à l'ancien combattant de la guerre du Vietnam. Un autre sondage Rasmussen publié hier donne 49 % à M. Obama, contre 44 % à M. McCain.

Nicolas Sarkozy l'a décrit comme son «copain», le roi Abdallah II de Jordanie l'a raccompagné personnellement en voiture jusqu'au pied de son avion et Shimon Peres, le vétéran israélien de la politique, a déclaré que «l'avenir appartient à la jeunesse», une remarque qui n'était sans doute pas destinée à John McCain, âgé de 71 ans.

Un tel traitement rend plus ardue la tâche du sénateur de l'Arizona en vue de présenter son adversaire comme un néophyte. Mais cela a également offert au camp républicain l'occasion de dénoncer une «parade victorieuse prématurée», trois mois avant l'élection. À Paris, M. Obama semble avoir lui-même senti que l'enthousiasme provoqué pouvait paraître excessif.

«Je ne suis pas le président. Je suis un sénateur des États-Unis. Je suis candidat à la présidence», a-t-il jugé bon de rappeler.

Mais, dans l'avion qui le ramenait vers Chicago, le candidat pouvait se réjouir du succès du discours sur les relations transatlantiques qu'il a prononcé à Berlin, de la vision commune d'un retrait américain pour 2010 qu'il partage avec Nouri al-Maliki, le premier ministre irakien, ou encore de sa promesse d'un soutien «indéfectible» faite à Israël.

Le camp McCain a été tellement agacé par les gros titres favorables au démocrate qu'il a dénoncé «une histoire d'amour» entre les médias américains et Barack Obama.

Critique

McCain n'a pas manqué non plus de critiquer hier Obama pour sa décision d'annuler, lors de sa tournée à l'étranger, une visite aux soldats américains blessés qui sont basés en Allemagne.

McCain a affirmé que le candidat démocrate avait choisi les fastes des dirigeants et des citoyens européens plutôt que les «héros américains blessés».

Lors de sa visite en Allemagne jeudi, le sénateur de l'Illinois devait rendre visite aux soldats américains blessés qui sont stationnés à la base de Rammstein et à l'hôpital militaire de Landstuhl, avant de finalement se raviser.

Le camp Obama a d'abord expliqué que le Pentagone avait rappelé que toute activité de campagne politique est prohibée sur un territoire militaire, avant d'affirmer que le candidat démocrate avait lui-même jugé «déplacé» de se rendre sur une base militaire pendant qu'il était en visite à l'étranger aux fins de sa campagne électorale. Le Pentagone a toutefois assuré ne jamais avoir formellement empêché Barack Obama de se rendre à l'hôpital de Landstuhl.

«Si le Pentagone m'avait dit que je ne pouvais pas rendre visite à ces soldats, que j'étais là-bas et que je voulais y aller, je peux vous garantir qu'il y aurait eu un événement sismique», a réagi samedi John McCain, lors d'un entretien donné à ABC et devant être diffusé hier. «Il a certainement trouvé le temps de faire autre chose.»

Le camp républicain a également diffusé un communiqué rédigé par un colonel de l'armée à la retraite, Joe Repya, accusant Obama de ne pas avoir respecté un engagement et d'avoir «à la place voleté d'une capitale européenne à l'autre».

En réponse, le porte-parole de la campagne de Barack Obama, Tommy Vietor, a souligné que le candidat démocrate avait rendu visite aux soldats américains lors de ses arrêts en Irak et en Afghanistan et qu'il s'était également rendu à plusieurs reprises à l'hôpital militaire Walter Reed, à Washington.

Le sénateur de l'Illinois ne voulait pas non plus que les soldats blessés soient «entraînés dans les aléas d'une campagne électorale», a déclaré Tommy Vietor, dénonçant «une accusation largement déplacée qui politise la question».






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