mardi 24 novembre 2009 Dernière mise à jour 00h09


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Fannie et Freddie

Serge Truffaut   21 juillet 2008  États-Unis
Le secours apporté par le gouvernement américain aux géants hypothécaires Fannie Mae et Freddie Mac est le dernier épisode d'une crise qui perdure depuis maintenant plus de douze mois. Singularité de cet épisode? Fannie et Freddie ne s'alimentaient pas aux subprime ou hypothèques exotiques qui ont mis à mal tout le secteur bancaire.

Fannie et Freddie, comme les surnomment nos voisins, détiennent ou garantissent près de 6000 milliards de dollars de crédits immobiliers. Pour bien mesurer l'importance économique qu'est la leur, précisons que ce montant équivaut à la moitié des crédits immobiliers contractés par les Américains. Cela souligné, tout un chacun aura compris qu'un écroulement de l'une ou de l'autre se traduirait illico par une chaîne de défaillances susceptibles de plonger le continent dans une récession dure, comme celle de 1973-75, et non faible, comme l'espèrent les autorités.

Ces dernières — en fait, il s'agit de Ben Bernanke, patron de la Réserve fédérale (FED), et de Harry Paulson, ministre du Trésor — n'ont eu d'autre possibilité, quoi qu'on en pense, de venir à la rescousse des deux sociétés lorsqu'ils ont constaté, comme tout le monde, que la valeur boursière de celles-ci avaient fondu de 50 % en une semaine. La violence de la spéculation dont elles ont été l'objet a ceci d'outrageant que la base financière de F. et F. est... saine!

En effet, contrairement à Countrywide, Bear Stearns, Citigroup, Merrill Lynch ou IndyMac, qui vient d'être mis sous tutelle par le gouvernement, Fannie et Freddie n'étaient pas perclus de subprime. Ces sociétés n'étaient pas imbibées de véhicules financiers dont l'extrême complexité a pour but de faire payer les crédules pour le bien-être financier d'aigrefins aux portefeuilles remplis de stock-options. Certes, l'an dernier, elles avaient déclaré des pertes causées par l'usage indirect des subprime, mais pas dans les proportions des banques nommées.

En fait, dans la fragilisation du couple Fannie-Freddie, l'aspect le plus intéressant ou plutôt l'exposé le plus étonnant de ceux déclinés devant les membres du Congrès porte la signature du président de la SEC, Christopher Cox, le gendarme de la Bourse. Toujours est-il que ce dernier a pointé du doigt les acteurs de Wall Street qui mettent de l'huile sur le feu en jouant à la baisse les actions de certaines sociétés, dans l'espoir de les ramasser à vil prix.

Cox a notamment insisté sur l'opération de désinformation, pour reprendre ses mots, confectionnée afin d'affaiblir le couple en question ainsi que la banque Lehman Brothers. D'après son analyse, les défaillances boursières de ces sociétés sont en partie attribuables à une opération de sabotage effectuée par des cols blancs. On ne sera pas étonné d'apprendre que Cox a ordonné l'ouverture d'une enquête dans le but de traduire éventuellement les responsables devant les tribunaux.

Qui plus est, Cox ainsi d'ailleurs que Paulson et Bernanke ont confié aux élus qu'ils avaient l'intention de baliser, de mieux encadrer, certaines activités qui ont cours à Wall Street. Rétrospectivement, on comprend enfin que, entre la consommation de véhicules financiers abscons et les offensives strictement spéculatives qu'ont menées à la hussarde certains investisseurs, le monde de la finance est confronté à une situation qui pourrait empirer d'ici à la fin de l'année. Car...

Car le nombre des faillites personnelles, pour cause d'indigestion immobilière, est appelé à grossir, grossir, grossir d'ici à la fin de l'année. Et ce, pas seulement aux États-Unis mais également en Espagne, au Royaume-Uni et en Irlande. Soit trois États où la vente et la distribution de subprime avaient cours. À l'instar de ce qui a été observé au sud de la frontière, les ménages de ces pays se sont endettés à qui mieux mieux, parce qu'ils croyaient dur comme fer que la valeur de leur actif immobilier irait en croissant. Bref, ils ont cru aux balivernes avancées par une autre profession: celle des agents immobiliers.

Cela étant dit, il faut rappeler et souligner qu'entre les faillites des Savings and Loans, dans les années 80, de la Baring's dans les années 90, les milliards et les milliards radiés par Citigroup, Merrill Lynch, des banques allemandes et des établissements français, on constate un dénominateur commun: on a laissé faire n'importe quoi par n'importe qui. Et ce, parce qu'on a écouté les sirènes de ces fous furieux de l'ultralibéralisme qui voudraient que la culture de la privatisation s'étende à toute activité humaine, y compris, c'est pas des blagues, jusqu'à la consommation de l'air que l'on... respire.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Dominic Pageau
    Abonné
    lundi 21 juillet 2008 03h12
    C'est le système monétaire fondé sur les prêts qui est à abattre
    « Est-ce que vous vous êtes déjà demandé pourquoi vos dettes se vendent?

    C'est une promesse de paiement. »

  • Serge Manzhos
    Inscrit
    lundi 21 juillet 2008 06h39
    on a laissé écrire n'importe quoi par n'importe qui
    « Cher Monsieur,
    un ménage qui a pris un hypothèque sans avoir de raisonnables garanties du revenu duquel payer cet hypothèque-la commet une erreur, et non la personne ou l'institution qui en a vendu. La proposition n'a que suivit la demande et la myopie des acheteurs. Bien sur il a eu des abus de publicité, mais il y en a dans tout commerce - allez a La Baie et on va vous raconter n'importe quoi pour vendre une crème, et j'en passe des choses plus serieuses. C'est a vous a vous informer et estimer les risques.
    Mais apparemment pour l'auteur toute nouvelle est bonne pour dénoncer "ces fous furieux de l'ultralibéralisme qui voudraient que la culture de la privatisation s'étende à toute activité humaine". En passant, on parlais ici de la crise financière, pas de la privatisations de quelque chose qui appartient présentement a l'état, non? Ce parapraxis en dit long sur l'objectivité de ce genre de journalisme. »

  • Marcel Ferland
    Inscrit
    lundi 21 juillet 2008 07h28
    Fannie et Freddie
    « Jusqu'à récemment j'étais profondément convaincu que l'interventionnisme étatique était mauvais en raison du peu de confiance que l'on peut accorder aux fonctionnaires et aux élus. Avec les abus de plus en plus répandus des dirigeants d'entreprises et l'évidence qui en ressort que beaucoup d'entre eux ne pensent qu'à leur intérêt immédiat et personnel et non à ceux des actionnaires et du public, j'admets maintenant que dans certains cas c'est un mal nécessaire. C'est certainement le cas du secteur financier. »

  • jean claude pomerleau
    Inscrit
    lundi 21 juillet 2008 09h03
    Fannie et Freddie sur le Titanic.
    « Fannie et Freddie sur le Titanic
    Jean-Claude Pomerleau


    Avec les malheurs de Fannie Freddie, sommes nous entré dans la Très Grande Dépression US en 2008 ?

    Fanny Mae et Freddie Mac sont les deux plus importants prêteurs hypothécaires aux États-Unis. Ils furent créés sur une initiative du gouvernement américain pour prendre en charge le surplus de prêts hypothécaires consentis par les banques afin de libérer leurs capitaux pour qu'elles puissent...continuer à prêter et ainsi stimuler l'économie.

    Dans un contexte de très bas taux d'intérêt et d'une règlementation accommodante (voulue par les « néocons »), les institutions financières américaines, peu regardantes pour la qualification des emprunteurs, ont « fabriqué » de la dette hypothécaire à plein régime ces dernières années, collectant les commissions au passage et refilant le risque devenu de plus en plus important (« subprime ») à .... Fannie et Freddie. Si bien que ces deux derniers détiennent maintenant un portefeuille hypothécaire totalisant 5200 milliards $. (1) Presque la moitié de tous les hypothèques desÉtats-Unis !

    Avec la bulle immobilière qui se dégonfle (la valeur des maisons à déjà perdu 11% cette année), une partie de ces 5 200 milliards $ s'est déjà transformée en mauvaise créance, possiblement des centaines de milliards. Et la baisse prévue d'un autre 15% de la valeur des maisons pour l'année prochaine ne fera qu'empirer une situation qui est déjà au bord de la catastrophe pour ce « couple maudit ».

    Pour renflouer leurs coffres et ainsi faire face aux pertes qui s'annoncent, ils ont tenté d'émettre des actions pour se recapitaliser. Comme leurs titres en bourse avaient déjà perdu 80% de leur valeur dans les derniers mois et que certains affirment que ces deux là sont au bord de la faillite, ils n'ont pas trouvé preneurs.

    Sauf, en ce dimanche des miracles, juste avant l'ouverture du marchés lundi. Celui qui leur avait donné naissance a été forcé d'agir.

    Pour le gouvernement américain, qui leur sert de garantie informelle depuis le début, la chute de Fannie et Freddie n'est pas une option, puisque leur portefeuille de prêts hypothécaires a été reconverti en obligations vendues à l'échelle de la planète. C'est la crédibilité des États-Unis qui est en jeu ! De plus il devenait impossible de tarir un pourvoyeur de prêts hypothécaire de cette importance sans plonger le marché immobilier dans le précipice.

    Le gouvernement républicain a donc pris le contrôle et mis sous tutelle Fannie et Freddie et ainsi garantit de facto le risque sur presque la moitié des hypothèques émises au États-Unis ! Après avoir sauvé une banque d'affaire avec les fonds publics, voilà que M Bush le néocon « nationalise » une partie importante de l'économie américaine, s'est dire la gravité de la situation.

    Fannie et Freddie sont sauvés pour le moment, mais à quel prix. En effet, avec la détérioration du marché immobilier qui se poursuit, les pertes potentielles pourraient éventuellement entrainer la décote du gouvernement américain ! Ce qui entrainerait la décote automatique de tous les autres niveaux de gouvernement. Et là le plancher cède.

    Normalement la crise des institutions financières, qui ont perdu en moyenne 70% de leurs valeurs boursières jusqu'à maintenant, survient habituellement à la fin du cycle d'une récession, alors que celle des États-Unis, fabriquée par l'idéologie et la cupidité, ne fait que commencer !

    Et si c'était plus qu'une récession, et si c'était La Très Grande Dépression US en 2008, telle que prévue par le Laboratoire Européen d'Anticipation Économique (Leap) depuis un bon moment déjà ! (2).

    Et avec quelles conséquences pour le Québec ?

    Il serait temps de s'intéresser à Fannie et Freddie sur le Titanic. »

  • Marc M. Davignon
    Abonné
    lundi 21 juillet 2008 10h56
    C'est pas de ma faute!
    « Mon cher monsieur Manzhos. Vous admettez donc que les « vendeurs » de produits financiers sont des charlatans en qui nous ne pouvons avoir confiance. Puisque que, « nous » devons nous renseigner avant (faire un baccalauréat en économie prend au moins trois ans de mon temps).

    Une faute admise est à demi pardonnée. »

  • Mathieu Demers
    Inscrit
    lundi 21 juillet 2008 21h36
    Les "fous furieux de l'ultralibéralisme", qu'ont-ils à dire eux sur la crise, M. le journaliste ?
    « C'est désolant de voir un journaliste - quelqu'un devant être nuancé et le plus impartial possible - bâclé la conclusion d'un article sérieux dans un des journaux les plus influents sur les politiciens québécois.

    Avant d'accuser ces "fous furieux de l'ultralibéralisme", peut-être aurait-il dû lire et rapporter ce que ces gens ont aussi à dire sur le système actuel et de graves distorsions qu'ils dénoncent... depuis de nombreuses années !

    Martin Masse du Québécois Libre répond bien aux allusions de Truffaut: http://www.leblogueduql.org/2008/07/fannie-freddie.html

    P.S.: Si quelques milliers de personnes ont lu l'article du journaliste sans trop s'interroger, on vient peut-être de renforcer chez eux une série d'idées reçues et répétées ("Conventional wisdom" : http://en.wikipedia.org/wiki/Conventional_wisdom) sur le capitalisme depuis l'enfance.

    P.S.2: À quoi cela sert-il alors d'acheter un journal, de payer des gens (dits "journalistes") pour écrire des articles partisans quand des bloggeurs font un travail gratuit ou faiblement rémunéré par la publicité et qu'en plus, ils mentionnent clairement qu'ils supportent un parti politique ou une idéologie ? »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
6 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009