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Appel de Kissinger à l'unité des Américains

Éric Desrosiers   12 juin 2008  États-Unis
«Lorsque le débat devient aussi polarisé et les attaques aussi personnelles, il n’y a plus moyen de rien faire», dit Henry Kissinger.
Photo : Jacques Nadeau
«Lorsque le débat devient aussi polarisé et les attaques aussi personnelles, il n’y a plus moyen de rien faire», dit Henry Kissinger.
Une fois la prochaine élection présidentielle passée, dit Henry Kissinger, les Américains devront faire ensemble le point sur l'état du monde et rétablir un «consensus» sur les principaux objectifs de leur politique extérieure.

«Lorsque j'étais jeune professeur, il y avait un sens d'unité sur la façon avec laquelle nous devions aborder les grands enjeux internationaux. Nous avions le sentiment d'être engagés dans une entreprise commune», s'est rappelé hier l'ancien secrétaire d'État des présidents Richard Nixon et Gerald Ford devant les centaines de participants de la Conférence de Montréal venus l'entendre à l'heure du dîner. C'était l'époque de la guerre froide, les États-Unis et les autres pays occidentaux se voyaient comme les défenseurs de la démocratie et du capitalisme contre l'Union soviétique et ses pays satellites.

La guerre du Vietnam marquera la première grande fracture dans l'opinion publique américaine. «Lorsque le débat devient aussi polarisé et les attaques aussi personnelles, il n'y a plus moyen de rien faire», a expliqué celui qui était l'un des acteurs les plus importants à l'époque dans le camp américain.

Le monde a considérablement changé depuis ces années, mais le débat sur la politique étrangère américaine est tout aussi polarisé. En dépit des divergences d'opinion apparemment irréconciliables entre les camps républicain et démocrate sur ces enjeux, le partisan déclaré du candidat républicain John McCain estime qu'il est grand temps de rétablir une certaine unité de vue entre tous les Américains. «C'est un processus à travers lequel nous devons passer», a déclaré l'ancien diplomate de 85 ans. «Plusieurs d'entre nous [à Washington] avons convenu que, quelle que soit l'issue des élections, nous chercherons ensuite à arrêter une position bipartisane sur la direction que devrait prendre la politique étrangère. Nous serons sans doute en désaccord sur les meilleurs moyens tactiques, cela relèvera ensuite du débat démocratique normal, mais nous voulons rétablir un consensus sur notre rôle fondamental dans le monde.»

L'affaiblissement de l'État-nation

L'un des principaux facteurs dont il faudra tenir compte, selon lui, est l'affaiblissement de l'État-nation dans plusieurs parties du monde. On avait l'habitude depuis plus 300 ans de concevoir la scène internationale comme un monde habité seulement par des pays exerçant une souveraineté pleine et entière à l'intérieur de leurs frontières.

La création de l'Union européenne a toutefois amené des pays à céder «une bonne partie de cette souveraineté» à une entité commune dont les assises et l'autorité ne sont pas encore aussi fortes que celles des États-nations. «On n'est plus dans le passé, mais on n'est pas encore dans le futur», a résumé Henry Kissinger dans son discours d'une vingtaine de minutes bien tassées. Cela a notamment pour conséquence que l'on ne se sent plus capable d'exiger les mêmes sacrifices de la population au nom de l'intérêt collectif. Un exemple concret de ce phénomène, selon lui, est cet engagement de l'Allemagne en Afghanistan qui s'accompagne de toutes sortes de conditions afin de limiter au maximum les risques de pertes de soldats.

L'État-nation se porte mal aussi au Moyen-Orient, a-t-il dit. Imposée au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, cette structure politique n'a jamais vraiment fonctionné dans la région et donne aujourd'hui de nombreux signes d'effritement. Cela a notamment pour conséquence que le conflit irakien ne pourra vraisemblablement pas se régler par l'établissement d'un État-nation au terme d'une entente avec un gouvernement national. Le résultat final ressemblera probablement plus à un pays composé de régions autonomes qui aura fait l'objet d'un compromis entre les différents pays et forces impliqués sur le terrain.

La coopération entre géants

En Asie, c'est le phénomène contraire qui se produit, a noté Henry Kissinger. La rapide ascension de la Chine et de l'Inde ont propulsé à l'avant-plan des États qui ont une emprise solide sur leur territoire et qui ont une idée claire des objectifs à poursuivre dans les années à venir sur la scène internationale. L'influence croissante de ces géants aura fatalement pour effet de déplacer dans leur direction le centre de gravité mondial. Les États-Unis auraient toutefois tort de faire de la Chine leur nouvelle Union soviétique, a-t-il expliqué, comme il l'avait fait la semaine dernière dans Le Devoir. Un trop grand nombre de questions importantes, telles que l'énergie, l'environnement et la prolifération nucléaire, ne pourront être réglées, selon lui, que par la coopération entre ces géants.

«Les Américains aiment penser qu'il y a une solution à chaque problème, mais il n'y aura pas de solution magique», a dit Henry Kissinger à son auditoire. Il a toutefois prédit qu'après les élections présidentielles américaines, «vous assisterez probablement à des débats intenses, mais lorsque la fumée se dissipera, vous verrez ces enjeux ressortir».

Tout le monde n'était pas aussi bien disposé hier à écouter tranquillement l'ancien conseiller à la sécurité nationale de 1969 à 1975 et secrétaire d'État de 1973 à 1977. Une soixantaine de manifestants ont fait le pied de grue devant l'entrée de l'hôtel du centre-ville où se déroulait l'événement. Des manifestants de tous les âges y ont dénoncé en français et en anglais les crimes contre l'humanité dont se serait rendu coupable Henry Kissinger, selon certains. On lui reproche notamment les morts des bombardements américains sur le Cambodge durant la guerre du Vietnam et l'appui des États-Unis au régime de Suharto malgré l'invasion du Timor oriental. Plusieurs Chiliens d'origine étaient là pour dénoncer les opérations clandestines ayant mené au renversement de Salvador Allende au Chili en 1973.

Bachelet diplomate

Quelques minutes après le passage de Henry Kissinger, les participants à la Conférence de Montréal ont entendu l'allocution d'une femme qui a bien connu ces années noires de l'histoire du Chili. La présidente du pays, Michelle Bachelet, a toutefois refusé de commenter la présence de l'ancien secrétaire d'État américain. Interrogée à sa sortie de la conférence, Mme Bachelet — dont le père est mort torturé sous la dictature et qui a dû elle-même vivre en exil pendant plusieurs des années Pinochet — a repoussé poliment les questions.

«Je n'étais pas ici [à l'heure du midi], je n'ai pas entendu ce que M. Kissinger a dit. J'ai mon opinion sur son passé, mais je ne sais pas ce qu'il a dit aujourd'hui, alors je ne commenterai pas», a-t-elle dit, un sourire aux lèvres.

Mme Bachelet venait par ailleurs de livrer un discours d'une vingtaine de minutes durant lequel elle a vanté les mérites économiques du Chili de l'après-Pinochet. Évoquant la croissance soutenue et la baisse importante du taux de pauvreté (de 40 % en 1990 à 13,7 % en 2006, selon la présidente), Mme Bachelet a notamment associé ces succès au climat politique qui règne depuis le retour de la démocratie au Chili.

Cela parce que la coalition au pouvoir depuis 1990 a réussi à «créer des consensus» et à mettre de côté le «modèle de politique de la confrontation», a indiqué Michelle Bachelet, qui s'est exprimée en anglais et en français.

La présidente socialiste a beaucoup insisté sur la notion de changement. «On peut changer les choses telles qu'on les connaît, a-t-elle lancé. En politique comme ailleurs. Et je le dis en tant que présidente élue d'un pays où règne une forte tradition sexiste.»

Avant de se présenter devant les congressistes, Mme Bachelet avait rencontré en matinée le premier ministre Jean Charest, avec qui elle a discuté des relations entre le Québec et le Chili, d'éducation et de la possibilité d'implanter un système d'échange d'étudiants universitaires. Mme Bachelet a aussi rencontré Pauline Marois et Michaëlle Jean.

Elle a finalement fait un saut à l'Université de Montréal pour signer une entente de coopération entre deux centres de développement des jeunes enfants.

***

Avec la collaboration de Guillaume Bourgault-Côté






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  • Dominic Pageau
    Abonné
    jeudi 12 juin 2008 03h47
    C'Est quoi le futur selon monsieur Kissinger?
    « Le nouvel ordre mondial où les États-Nations sont soumis à des instances supra nationales? L'abollition pure et simple de l'État-Nation afin de régionalisé la planète qui serait soumis à un gouvernement mondial?

    Des hommes, de véritables criminels, comme monsieur Kissinger, travaillent très très fort pour instauré leur système de controle international.

    Un autre clown, celui qui est à la tête de l'OCDE a eu la merveilleuse idée de faire une bourse de l'eau, sous le modèle de la connerie de bourse du carbone.

    Vive la dérive! »

  • Jean-François Couture
    Inscrit
    jeudi 12 juin 2008 07h26
    Criminel de guerre 1 / Dignité journalistique 0
    « De rapporter les élucubrations d'un criminel de la trempe de Kissenger est une farce aussi tragique qu'impardonnable qui concrétise le vide moral, et le niveau crasse d'ignorance de nos médias.

    Christopher Hitchens a pourtant mis les pendules à l'heure dans son brûlot "The Trial of Henry Kissinger" ...ce n'était pas un roman les gars! http://www.thirdworldtraveler.com/Kissinger/CaseAgainst1_Hitchens.html

    Il y a même un film si vous avez oublié comment lire comme les 50% d'analphabètes nord-américains qui ont, eux, au moins la grâce tordue de pouvoir éviter de lire ce que René Lévesque appelait déjà en son temps votre pablum journalistique. http://www.thetrialsofhenrykissinger.com/trials.html

    "A cynical, mercenary, demagogic press will produce in time a people as base as itself":-Joseph Pulitzer

    Bon prince, je vous fournis même un résumé au cas ou désiriez éventuellement rejoindre l'humanité... http://www.zpub.com/un/wanted-hkiss.html

    Encore plus court ? Un clip de 2:44 alors...
    http://www.youtube.com/watch?v=f4QKfDdJ3ns

    Militaires et journalistes... même combat !

    "Military men are just dumb stupid animals to be used as pawns in foreign policy." - Henry Kissinger »

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    jeudi 12 juin 2008 10h21
    Les médias, d'ordinaire si scandalisé par les odieux personnages!
    « Il est étrange de constater comment certains criminels notoires, peuvent garder le vernis "indécapable" de la bonne réputation.

    Henry Kissinger!

    Les fourberies, l'hypocrisie, et les atrocités commises pendant sa participation au pouvoir "officiel" (car, je crois qu'il n'a jamais cessé d'influencer de son mieux (!) la politique extérieure états-unienne), sont pourtant connues depuis des lustres!

    On pourrait écrire plusieurs pages d'événement relié à du terrorisme d'État, à des assassinats ciblés, à des actions militaires antidémocratiques.

    Le commentaire de M. Jean-François Couture est très pertinent.

    Il est renversant de constater comment les médias peuvent soudain s'émouvoir de dérives réelles ou fabriquées, de certains personnages politiques et se donner la main pour démolir leur crédibilité, pour en faire des démons et les rendre totalement condamnable dans l'opinion publique.
    Pensons à Castro, à Kadhafi, à Poutine, à Chávez, et finalement à tous ceux qui mettent plus ou moins les bâtons dans les roues de la vision états-unienne.

    Presque en même temps sur la même tribune.
    Michele Bachelet et Henry Kissinger.

    La rencontre de ces deux personnages évoque les atrocités d'un passé récent. Étonnant de constater comment un des principaux responsables de ces atrocités s'en sort avec aucune égratignure sur le vernis indestructible de sa bonne réputation.
    On a beau connaître et mentionner les barbaries dictatoriales auxquelles il a participé, on ne condamne pas le personnage. On raconte ses déboires comme des anecdotes sans gravité.
    Quelle impertinence de la part de ces journalistes de demander à Mme Bachelet de commenter Kissinger!

    "Que pensez-vous des propos du bourreau qui a permis la torture et la mort de votre père Mme Bachelet?"
    "Que pensez-vous de cette belle période de "démocratie US", où Pinochet faisait disparaître par centaine les opposants et tous ceux qui avaient des valeurs un peu trop humaines?"

    Quel affront pour cette femme de rapporter comme une simple anecdote la torture et la mort de son père! Quel affront de constater que tous ces bons journalistes, si émotifs et tant scandalisés par les politiques, souvent sans gravité de d'autres!
    Comment rapporter, «sans broncher », les propos d'un "méchant" connu, reconnu, condamnable! Comment ne pas faire la liste de ses méfaits!

    Comment ne pas rappeler l'Opération Condor!
    Pendant les années 70, il offre la logistique US dans la réalisation de l'Opération Condor, au Chili, en Argentine, Bolivie, Brésil, Paraguay et Uruguay.
    Grand ami des dictateurs, Pinochet au Chili, Stroessner au Paraguay, Videla en Argentine, Bordaberry en Uruguay, Banzer en Bolivie et Geisel au Brésil.

    L'Opération Condor a envoyé des agents secrets poursuivre et assassiner les dissidents politiques jusqu'en Europe (France, Italie, Portugal, Espagne...) et aux États-Unis (assassinat de l'ancien ministre d'Allende, Orlando Letelier, en septembre 1976 en plein Washington D.C.).
    La plus grande opération de terrorisme d'État en Amérique latine, le règne des escadrons de la mort. Une période sombre amplement répertoriée: persécutions, disparitions, tortures et assassinats de plusieurs milliers de personnes.

    Des centaines de massacres appuyés par la politique US de Kissinger.


    Des massacres à l'échelle mondiale:

    En 1970, Kissinger organise des bombardements secrets au Cambodge dans le but d'étendre la guerre à ce pays.

    En 1971, il donne son approbation aux militaires pakistanais pour le meurtre de centaines de milliers de civils dans l'est du pays.

    En 1975, il approuve et appuie l'invasion du Timor Oriental par le Général Suharto d'Indonésie, ce qui entraîne la mort de plus de 200 000 personnes.

    Il a été assigné à comparaître dans de nombreux pays tels le Chili, le Brésil, l'Argentine, le Paraguay, la France et l'Espagne.
    À plusieurs endroits, il n'est pas le bienvenu.
    Par contre, ici, étrangement, on l'accueille avec "respect"!

    "Que pensez-vous du bourreau qui a permis la torture et la mort de millier de Chiliens, Mme Bachelet?"

    Il faut lire le Monde Diplomatique d'octobre 2001:
    "Les crimes de guerre de M. Henry Kissinger"
    http://www.monde-diplomatique.fr/2001/10/WARDE/15671

    Il faut lire le livre de Christopher Hitchens,
    "Crimes de monsieur Kissinger (Les)"
    http://www.bibliomonde.com/livre/crimes-monsieur-kissinger-les-1457.html
    (plusieurs autres titres pour approfondir la "notoriété" de ce criminel)

    En terminant voici ce que Gil Courtemanche disait de Henry Kissinger dans le Magazine Pantoute en 2002:
    « Certains juristes en Europe ont même demandé sans succès à l'orgueilleux et suffisant Américain de témoigner. Hitchens, dans Les crimes de monsieur Kissinger, étale assez de preuves pour qu'on puisse très posément, sans être anarchiste, gauchiste ou marginal, être d'accord avec lui. Kissinger a tué, non pas seulement des soldats, ce qui serait normal dans la conduite d'une guerre, mais des civils totalement innocents au Laos et au Cambodge. Kissinger poussait même son exercice du pouvoir mégalomaniaque à choisir lui-même les cibles des bombardements illégaux dans ces pays sans tenir compte de la forte densité de population civile. Qui tue ? Des hommes aussi respectés que Kissinger qui, si on y regarde bien, n'est qu'un criminel comme Mom Boucher... en pire. »



    Serge Charbonneau
    Québec »

  • Pierre François Gagnon
    Inscrit
    jeudi 12 juin 2008 12h35
    L'emprise des Khasars !
    « Nous avons très hâte que les Khasars déserrent définitivement leur emprise sur la politique extérieure des États-Unis au Moyen-Orient. Ils ont pris leur revanche en ruinant la Révolution russe, puis télécommandé les Anglais... Il va bien falloir qu'ils se heurtent à un mur - eux qui sont très forts pour s'y lamenter ou en ériger autour d'eux - si nous voulons vivre enfin en paix au 21e siècle! C'est un épisode historique très méconnu et occulté que celle des Khasars ! Informez-vous, ouvrez-vous l'esprit et tirez-en toutes les conséquences géopolitiques! »

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