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Washington avoue être «coincé» avec Guantánamo

Le Devoir   21 mai 2008  États-Unis
Washington — Les États-Unis sont «coincés» avec le centre de détention controversé de Guantánamo, à Cuba, a reconnu hier le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates. L'ancien patron de la CIA voudrait bien fermer le site, mais il avoue ne pas savoir comment le faire.

Interrogé en commission parlementaire sur ses intentions de fermer la prison ouverte après les attentats du 11 septembre 2001 pour regrouper des détenus internationaux soupçonnés de menacer la sécurité des États-Unis, M. Gates a lancé que «la réponse la plus franche et la plus brutale est que nous sommes coincés, et coincés de plusieurs manières».

M. Gates a expliqué que l'incertitude entourant le sort des terroristes présumés qui seraient libérés en cas de fermeture rendait le processus fort complexe.

Quelque 800 terroristes présumés sont passés par le camp de Guantánamo et 270 y sont toujours incarcérés. Le Pentagone affirme que 36 anciens détenus sont «suspectés d'avoir repris leurs activités terroristes». «Nous avons environ 70 détenus que nous sommes prêts à renvoyer chez eux», a laissé entendre Robert Gates. Mais il y a un problème, a-t-il ajouté. «Nous craignons que le gouvernement de leur pays ne les accepte pas ou ne les laisse filer», a dit M. Gates, en rappelant qu'un ancien détenu koweïtien de Guantánamo avait récemment commis un attentat suicide dans la ville irakienne de Mossoul.

«Le deuxième problème, c'est que nous avons du mal à savoir ce que nous devons faire de ces 70 ou 80 [détenus] qu'on ne peut pas libérer mais qui ne seront pas jugés et qui ne seront pas renvoyés chez eux», a-t-il poursuivi.

«Je ne connais personne qui souhaite que ces terroristes soient placés dans une prison de son État», a-t-il dit. «Ces problèmes nous entraînent à ne rien faire pour résoudre le problème», bien que Washington ait répété à plusieurs reprises son intention de fermer cette prison, a aussi lancé M. Gates. Ce dernier avait indiqué qu'il voulait fermer le site lorsqu'il a pris la relève de Donald Rumsfeld au Pentagone à la fin de 2006.

La base de Guantánamo est vigoureusement critiquée par les défenseurs des droits de l'homme comme un endroit où les détenus n'ont pas de droits et où ils sont soumis à des interrogatoires musclés assimilés par certains à de la torture.

Pas le FBI

Sur ce dernier sujet, un rapport gouvernemental publié hier indique que les agents de la police fédérale américaine (FBI) chargés de participer aux interrogatoires des détenus à Guantánamo, en Irak et en Afghanistan se sont opposés aux techniques les plus dures mises en place par l'armée et la CIA.

Après plus de trois ans d'enquête, l'inspecteur général (IG) du ministère de la Justice a conclu que les agents du FBI ont «en général évité de participer aux mauvais traitements» et pour beaucoup dénoncé les actes dont ils ont été témoins.

Entre 2001 et en 2004, le FBI a envoyé plus de 200 agents en Afghanistan, 500 à Guantánamo et 260 en Irak. Le rapport de 370 pages détaille surtout les frictions qui ont opposé le FBI et le Pentagone au sujet des cas d'Abou Zubeida, un proche d'Oussama ben Laden arrêté en mars 2002, et de Mohammed al-Qahtani, un détenu de Guantánamo souvent considéré comme «le 20e pirate de l'air».

Le rapport «confirme que les hauts responsables du FBI savaient dès 2002 que d'autres agences utilisaient des méthodes d'interrogatoire abusives et potentiellement illégales», mais qu'ils n'ont rien fait pour les empêcher, a commenté Jameel Jafer, un responsable de l'organisation de défense des libertés ACLU, qui s'est dit «perturbé» de voir que «la direction du FBI semble s'être plus préoccupée d'éviter toute responsabilité que de faire appliquer la loi».

Abou Zubeida, transféré des prisons secrètes de la CIA à Guantánamo en 2006, a été le premier haut responsable d'al-Qaïda arrêté après le 11-Septembre, et la CIA a reconnu en février qu'il avait été soumis à la simulation de noyade.

Basé sur plusieurs centaines de témoignages et l'examen de 500 000 pages des documents, le rapport explique que, dans les jours qui ont suivi l'arrestation d'Abou Zubeida, les agents du FBI ont pris en charge ses interrogatoires et obtenu des bribes d'information par «construction de relation».

Mais six mois après le 11-Septembre, l'administration redoutait un nouvel attentat et exigeait des informations plus précises et plus rapides. La CIA a pris le relais, et les agents du FBI présents ont rapidement dénoncé ses méthodes.

Le débat est remonté jusqu'aux responsables du FBI, qui ont décidé en août 2002 de ne plus participer aux interrogatoires utilisant des techniques non autorisées dans leurs services, même lorsqu'il s'agissait de suspects sur lesquels ils enquêtaient depuis des années.

Quelques mois plus tard, les mêmes questions se sont présentées à Guantánamo, quand l'armée a commencé à appliquer des techniques dures, tout particulièrement contre M. al-Qahtani.

Selon un compte rendu d'interrogatoire détaillé rendu public en 2005, M. al-Qahtani a subi plusieurs semaines de calvaire: isolement absolu, humiliations, musique assourdissante, températures extrêmes, 20 heures d'interrogatoire par jour...

Certains agents ont exprimé des doutes sur la légalité de ce traitement, mais à Washington le débat a surtout tourné autour du fait que les déclarations recueillies de cette manière n'étaient pas fiables et seraient probablement irrecevables devant un tribunal.

Toutefois, le point de vue du Pentagone l'a emporté, et les agents du FBI ont là aussi renoncé à participer aux interrogatoires les plus musclés, note le rapport.

***

D'après l'Agence France-Presse et Reuters






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  • Serge Charbonneau
    Abonné
    mercredi 21 mai 2008 01h09
    Guantanamo: Washington n'avoue rien et affirme que tout va bien!
    « Washington n'avoue rien du tout.
    Parfois, que voulez-vous, certains faits ne peuvent pas être nié, donc on joue l'aveu!

    On se retrouve encore avec une histoire de bons et de méchants.
    Dans le cas présent, le FBI représente les bons et la CIA les méchants.
    Toute une histoire, pour ne rien dire.

    La conclusion est que rien ne va changer, la situation est une impasse!
    Que voulez-vous, on voudrait bien, mais... imaginez tous ces méchants en liberté!
    Juste à y penser, on devient automatiquement d'accord avec Guantanamo.
    Le but est atteint.
    On avoue une réalité qu'on ne peut nier: la prison inhumaine de Guantanamo.
    On fait avaler les atrocités: c'est un petit groupe de méchants, la CIA!
    Il y a quand même plus de bons, le FBI, qui vont probablement prendre les choses en main: on nous rassure!!!
    Avec une belle histoire de bons et de méchants, cela satisfait les médias et le public, ça règle la chose pour l'instant et tout va bien, on continue le petit train-train, illégal, inhumain, et discrétionnaire sans aucun moyen d'appel pour les victimes.

    Tout va bien.


    Serge Charbonneau
    Québec »

  • Marc Gendron
    Abonné
    mercredi 21 mai 2008 07h18
    Loose canon...
    « Quand tu sors d'une prison où l'on fait semblant de te noyer dans une baignoire deux-trois fois par semaine, tu vas faire sauter le premier autobus que tu vois, en Irak ou ailleurs. C'est certainement ce que je ferais. Avis à la CIA... »

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    mercredi 21 mai 2008 08h04
    Fernando Botero: Un pouvoir capable de vaincre l'oubli
    « Je crois que, peu importe, ce que peut «déclarer» (on s'occupe encore plus des déclarations que des gestes) Robert Gates, l'ancien patron de la CIA (un autre pauvre innocent!!!), c'est plutôt l'oeuvre de Fernando Botero qu'il faut se souvenir.

    Picasso lorsqu'il a peint Guernica, disait:
    «Je choisis les couleurs dans la mesure où je les entends crier»

    Fernando Botero a su peindre la torture pour que l'humanité se souvienne de ces atrocités commises derrière l'emballage de la "démocratie" et "des droits humains".
    Abou Ghraïb ou Guantanamo, les mêmes techniques inhumaines ont été employées.

    Des scènes de torture, avec du sang qui coule, des cris de suppliciés qui se font entendre dans la profondeur de l'âme, les rires ivres de bourreaux au féminin et au masculin, des êtres humains nus, les pieds et mains liés ou totalement brisés, entassés les uns sur les autres comme de simples loques n'ayant ni coeur, ni esprit, ni sang ni sentiments et le tout pour faire une pyramide en chair humaine vive à la gloire de l'Amérique de Bush, de Rumsfeld, Paul Wolfowitz, Condolezza Rice etc. Comme le dit Noam Chomsky : « Une sélection des éléments les plus extrémistes, les plus arrogants, les plus violents et les plus dangereux de l'Administration Reagan. »

    En mettant les dimensions sans précédent de la terreur américaine sur des toiles de peinture, Fernando Botero a voulu effectivement, comme il le dit lui-même, faire que l'art plastique ne soit pas seulement un témoin de nature morte, mais un « pouvoir capable de vaincre l'oubli. »
    http://www.nawaat.org/portail/2005/06/24/gct-la-nouvelle-franchise-made-in-usa-iii/



    Il faut aussi voir le film "The Road To Guantanamo" réalisé par l'Anglais Michael Winterbottom.

    http://video.google.ca/videosearch?hl=fr&q=
    The%20Road%20to%20Guantanamo%20film
    %20de%20Michael%20Winterbottom&um
    =1&ie=UTF-8&sa=N&tab=wv



    Serge Charbonneau
    Québec »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mercredi 21 mai 2008 08h16
    Rééduquer, voilà la solution passe-partout !
    « La solution, la rééducation des prisonniers comme plusieurs dictatures ont fait dans le passé. On emprisonne les opposants et on les soumet à un brassage d'idées toujours dans le même sens pour influencer fortement afin de les "rééduquer".

    Dans ce cas-ci, faudrait marteler, jours et nuits, certaines phrases aux prisonniers de Guantanamo qu'ils devraient répéter en choeur sous peine d'une légère torture humaine : J'aime W. Bush; Vive les États-Unis !; J'étais un vilain terroriste qui a fait de la peine à sa maman mais je vais m'écraser politiquement, maintenant etc...

    Je m'étonne que les Américains n'y ait pas pensé avant. Après un tel traitement, ces prisonniers de Guantanamo on the beach seraient maintenant prêts à être lâchés en sécurité dans les pays du Moyen-Orient, où ils pourraient aller prêcher la bonne nouvelle aux autres terroristes. BUSH NOUS AIME, LÂCHER VOS ARMES !. Leurs compatriotes se chargeraient d'eux assez rapidement. Ils ne seraient bientôt plus une menace aux Américains.

    Un autre problème grave de réglé si les Américains lisent le DEVOIR. »

  • andré michaud
    Inscrit
    mercredi 21 mai 2008 08h48
    Des procès équitable..la solution!
    « Des procès équitables pour tous les prisonniers semble la seule solution pour en venir à fermer Guantanamo. Les coupables seront répartis dans les prisons américaines, et les reconnus non coupables libérés. »

  • Pascal Bélanger
    Inscrit
    mercredi 21 mai 2008 11h28
    Une date qui devient un nom propre !
    « Quatorzieme paragraphe : "Mais six mois après le 11-Septembre..." Notez bien la façon d'écrire 11-Septembre <Onze, trait d'union, septembre avec une majuscule>.
    Qu'est-ce qui est arrivé pour que cete date devienne un nom propre ? Le changement s'est fait quand ? Qui décide de ça ?
    Même la fête nationale des Français est demeurée le 14 juillet après le bi-centenaire alors comment justifier que cette date-là devienne un nom propre ? Il n'y pas de motif pour l'inscrire dans les dictionnaires de noms propres non plus, sa présence est dans les livres d'histoire. »

  • Claude Archambault
    Inscrit
    mercredi 21 mai 2008 21h17
    @M. Bélanger
    « le 11-Septembre est devenu un nom par sa signification historique pour un et de deux, l'usage courant, dans une langue vivante devient avec le temps la norme et non ce que veulent bien en décider des lois ou des académies »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    mercredi 21 mai 2008 23h13
    Rien qu'a voir les gardes-frontières...
    « et leur air de Rambo il est facile d'imaginer ce qui se passe à Guantánamo. Avez-vous vu le filme "Ce pays n'est pas fait pour le vieil homme"? Si oui, vous vous êtes sûrement demandé pourquoi le tueur n'a pas donné un coup de piston au garde-frontière du Mexique: c'était arrangé avec le gars des vues des États!

    Claude L'Heureux, Québec »

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