Washington avoue être «coincé» avec Guantánamo
Washington — Les États-Unis sont «coincés» avec le centre de détention controversé de Guantánamo, à Cuba, a reconnu hier le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates. L'ancien patron de la CIA voudrait bien fermer le site, mais il avoue ne pas savoir comment le faire.
Interrogé en commission parlementaire sur ses intentions de fermer la prison ouverte après les attentats du 11 septembre 2001 pour regrouper des détenus internationaux soupçonnés de menacer la sécurité des États-Unis, M. Gates a lancé que «la réponse la plus franche et la plus brutale est que nous sommes coincés, et coincés de plusieurs manières».
M. Gates a expliqué que l'incertitude entourant le sort des terroristes présumés qui seraient libérés en cas de fermeture rendait le processus fort complexe.
Quelque 800 terroristes présumés sont passés par le camp de Guantánamo et 270 y sont toujours incarcérés. Le Pentagone affirme que 36 anciens détenus sont «suspectés d'avoir repris leurs activités terroristes». «Nous avons environ 70 détenus que nous sommes prêts à renvoyer chez eux», a laissé entendre Robert Gates. Mais il y a un problème, a-t-il ajouté. «Nous craignons que le gouvernement de leur pays ne les accepte pas ou ne les laisse filer», a dit M. Gates, en rappelant qu'un ancien détenu koweïtien de Guantánamo avait récemment commis un attentat suicide dans la ville irakienne de Mossoul.
«Le deuxième problème, c'est que nous avons du mal à savoir ce que nous devons faire de ces 70 ou 80 [détenus] qu'on ne peut pas libérer mais qui ne seront pas jugés et qui ne seront pas renvoyés chez eux», a-t-il poursuivi.
«Je ne connais personne qui souhaite que ces terroristes soient placés dans une prison de son État», a-t-il dit. «Ces problèmes nous entraînent à ne rien faire pour résoudre le problème», bien que Washington ait répété à plusieurs reprises son intention de fermer cette prison, a aussi lancé M. Gates. Ce dernier avait indiqué qu'il voulait fermer le site lorsqu'il a pris la relève de Donald Rumsfeld au Pentagone à la fin de 2006.
La base de Guantánamo est vigoureusement critiquée par les défenseurs des droits de l'homme comme un endroit où les détenus n'ont pas de droits et où ils sont soumis à des interrogatoires musclés assimilés par certains à de la torture.
Pas le FBI
Sur ce dernier sujet, un rapport gouvernemental publié hier indique que les agents de la police fédérale américaine (FBI) chargés de participer aux interrogatoires des détenus à Guantánamo, en Irak et en Afghanistan se sont opposés aux techniques les plus dures mises en place par l'armée et la CIA.
Après plus de trois ans d'enquête, l'inspecteur général (IG) du ministère de la Justice a conclu que les agents du FBI ont «en général évité de participer aux mauvais traitements» et pour beaucoup dénoncé les actes dont ils ont été témoins.
Entre 2001 et en 2004, le FBI a envoyé plus de 200 agents en Afghanistan, 500 à Guantánamo et 260 en Irak. Le rapport de 370 pages détaille surtout les frictions qui ont opposé le FBI et le Pentagone au sujet des cas d'Abou Zubeida, un proche d'Oussama ben Laden arrêté en mars 2002, et de Mohammed al-Qahtani, un détenu de Guantánamo souvent considéré comme «le 20e pirate de l'air».
Le rapport «confirme que les hauts responsables du FBI savaient dès 2002 que d'autres agences utilisaient des méthodes d'interrogatoire abusives et potentiellement illégales», mais qu'ils n'ont rien fait pour les empêcher, a commenté Jameel Jafer, un responsable de l'organisation de défense des libertés ACLU, qui s'est dit «perturbé» de voir que «la direction du FBI semble s'être plus préoccupée d'éviter toute responsabilité que de faire appliquer la loi».
Abou Zubeida, transféré des prisons secrètes de la CIA à Guantánamo en 2006, a été le premier haut responsable d'al-Qaïda arrêté après le 11-Septembre, et la CIA a reconnu en février qu'il avait été soumis à la simulation de noyade.
Basé sur plusieurs centaines de témoignages et l'examen de 500 000 pages des documents, le rapport explique que, dans les jours qui ont suivi l'arrestation d'Abou Zubeida, les agents du FBI ont pris en charge ses interrogatoires et obtenu des bribes d'information par «construction de relation».
Mais six mois après le 11-Septembre, l'administration redoutait un nouvel attentat et exigeait des informations plus précises et plus rapides. La CIA a pris le relais, et les agents du FBI présents ont rapidement dénoncé ses méthodes.
Le débat est remonté jusqu'aux responsables du FBI, qui ont décidé en août 2002 de ne plus participer aux interrogatoires utilisant des techniques non autorisées dans leurs services, même lorsqu'il s'agissait de suspects sur lesquels ils enquêtaient depuis des années.
Quelques mois plus tard, les mêmes questions se sont présentées à Guantánamo, quand l'armée a commencé à appliquer des techniques dures, tout particulièrement contre M. al-Qahtani.
Selon un compte rendu d'interrogatoire détaillé rendu public en 2005, M. al-Qahtani a subi plusieurs semaines de calvaire: isolement absolu, humiliations, musique assourdissante, températures extrêmes, 20 heures d'interrogatoire par jour...
Certains agents ont exprimé des doutes sur la légalité de ce traitement, mais à Washington le débat a surtout tourné autour du fait que les déclarations recueillies de cette manière n'étaient pas fiables et seraient probablement irrecevables devant un tribunal.
Toutefois, le point de vue du Pentagone l'a emporté, et les agents du FBI ont là aussi renoncé à participer aux interrogatoires les plus musclés, note le rapport.
***
D'après l'Agence France-Presse et Reuters
Interrogé en commission parlementaire sur ses intentions de fermer la prison ouverte après les attentats du 11 septembre 2001 pour regrouper des détenus internationaux soupçonnés de menacer la sécurité des États-Unis, M. Gates a lancé que «la réponse la plus franche et la plus brutale est que nous sommes coincés, et coincés de plusieurs manières».
M. Gates a expliqué que l'incertitude entourant le sort des terroristes présumés qui seraient libérés en cas de fermeture rendait le processus fort complexe.
Quelque 800 terroristes présumés sont passés par le camp de Guantánamo et 270 y sont toujours incarcérés. Le Pentagone affirme que 36 anciens détenus sont «suspectés d'avoir repris leurs activités terroristes». «Nous avons environ 70 détenus que nous sommes prêts à renvoyer chez eux», a laissé entendre Robert Gates. Mais il y a un problème, a-t-il ajouté. «Nous craignons que le gouvernement de leur pays ne les accepte pas ou ne les laisse filer», a dit M. Gates, en rappelant qu'un ancien détenu koweïtien de Guantánamo avait récemment commis un attentat suicide dans la ville irakienne de Mossoul.
«Le deuxième problème, c'est que nous avons du mal à savoir ce que nous devons faire de ces 70 ou 80 [détenus] qu'on ne peut pas libérer mais qui ne seront pas jugés et qui ne seront pas renvoyés chez eux», a-t-il poursuivi.
«Je ne connais personne qui souhaite que ces terroristes soient placés dans une prison de son État», a-t-il dit. «Ces problèmes nous entraînent à ne rien faire pour résoudre le problème», bien que Washington ait répété à plusieurs reprises son intention de fermer cette prison, a aussi lancé M. Gates. Ce dernier avait indiqué qu'il voulait fermer le site lorsqu'il a pris la relève de Donald Rumsfeld au Pentagone à la fin de 2006.
La base de Guantánamo est vigoureusement critiquée par les défenseurs des droits de l'homme comme un endroit où les détenus n'ont pas de droits et où ils sont soumis à des interrogatoires musclés assimilés par certains à de la torture.
Pas le FBI
Sur ce dernier sujet, un rapport gouvernemental publié hier indique que les agents de la police fédérale américaine (FBI) chargés de participer aux interrogatoires des détenus à Guantánamo, en Irak et en Afghanistan se sont opposés aux techniques les plus dures mises en place par l'armée et la CIA.
Après plus de trois ans d'enquête, l'inspecteur général (IG) du ministère de la Justice a conclu que les agents du FBI ont «en général évité de participer aux mauvais traitements» et pour beaucoup dénoncé les actes dont ils ont été témoins.
Entre 2001 et en 2004, le FBI a envoyé plus de 200 agents en Afghanistan, 500 à Guantánamo et 260 en Irak. Le rapport de 370 pages détaille surtout les frictions qui ont opposé le FBI et le Pentagone au sujet des cas d'Abou Zubeida, un proche d'Oussama ben Laden arrêté en mars 2002, et de Mohammed al-Qahtani, un détenu de Guantánamo souvent considéré comme «le 20e pirate de l'air».
Le rapport «confirme que les hauts responsables du FBI savaient dès 2002 que d'autres agences utilisaient des méthodes d'interrogatoire abusives et potentiellement illégales», mais qu'ils n'ont rien fait pour les empêcher, a commenté Jameel Jafer, un responsable de l'organisation de défense des libertés ACLU, qui s'est dit «perturbé» de voir que «la direction du FBI semble s'être plus préoccupée d'éviter toute responsabilité que de faire appliquer la loi».
Abou Zubeida, transféré des prisons secrètes de la CIA à Guantánamo en 2006, a été le premier haut responsable d'al-Qaïda arrêté après le 11-Septembre, et la CIA a reconnu en février qu'il avait été soumis à la simulation de noyade.
Basé sur plusieurs centaines de témoignages et l'examen de 500 000 pages des documents, le rapport explique que, dans les jours qui ont suivi l'arrestation d'Abou Zubeida, les agents du FBI ont pris en charge ses interrogatoires et obtenu des bribes d'information par «construction de relation».
Mais six mois après le 11-Septembre, l'administration redoutait un nouvel attentat et exigeait des informations plus précises et plus rapides. La CIA a pris le relais, et les agents du FBI présents ont rapidement dénoncé ses méthodes.
Le débat est remonté jusqu'aux responsables du FBI, qui ont décidé en août 2002 de ne plus participer aux interrogatoires utilisant des techniques non autorisées dans leurs services, même lorsqu'il s'agissait de suspects sur lesquels ils enquêtaient depuis des années.
Quelques mois plus tard, les mêmes questions se sont présentées à Guantánamo, quand l'armée a commencé à appliquer des techniques dures, tout particulièrement contre M. al-Qahtani.
Selon un compte rendu d'interrogatoire détaillé rendu public en 2005, M. al-Qahtani a subi plusieurs semaines de calvaire: isolement absolu, humiliations, musique assourdissante, températures extrêmes, 20 heures d'interrogatoire par jour...
Certains agents ont exprimé des doutes sur la légalité de ce traitement, mais à Washington le débat a surtout tourné autour du fait que les déclarations recueillies de cette manière n'étaient pas fiables et seraient probablement irrecevables devant un tribunal.
Toutefois, le point de vue du Pentagone l'a emporté, et les agents du FBI ont là aussi renoncé à participer aux interrogatoires les plus musclés, note le rapport.
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D'après l'Agence France-Presse et Reuters
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