vendredi 27 novembre 2009 Dernière mise à jour 20h25


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Le fantôme de 1929

Serge Truffaut   25 mars 2008  États-Unis
On sait qu'afin d'éviter une réaction en chaîne, la Réserve fédérale a violenté certains de ses principes en orchestrant et en finançant en partie le rachat de la cinquième banque d'affaires américaine Bear Stearns. Depuis l'annonce de cette transaction, beaucoup d'encre a coulé, qui souligne la fine connaissance que l'actuel patron de la Fed, Ben Bernanke, cultive encore et toujours à propos d'un sombre chapitre de l'histoire: la Crise de 1929.

Ici et là, on assure d'ailleurs que l'expertise qu'il détient sur cette catastrophe pas si lointaine a plus que teinté la stratégie qu'il a déployée au cours des dernières semaines. Simultanément à ces analyses, une grosse bouteille d'encre a coulé qui, elle, entache passablement le prédécesseur de Bernanke. Il s'agit évidemment d'Alan Greenspan, sujet non seulement d'articles, mais aussi d'un essai au titre décapant: Greenspan's Bubbles. The Age of Ignorance at the Federal Reserve, édité par la sérieuse maison McGraw-Hill.

Crise de 1929, laxisme supposé de Greenspan: il n'en fallait pas moins pour qu'un débat s'amorce autour de la prémisse suivante: si l'industrie financière est aujourd'hui dans le brouillard, pour rester modéré, c'est que les autorités réglementaires et les politiciens ont permis aux acteurs de cette activité de faire ce que bon leur semblait. Autrement dit, les élus de tout bord tout côté ont trop écouté les sirènes d'intérêts très particuliers, très exclusifs.

Ce faisant, on a oublié les enseignements tirés de la débâcle des années 1930. On a oublié que toute la structure réglementaire, le cloisonnement des institutions financières et l'érection de balises diverses sont pour ainsi dire nés à cause de la Crise. Mais voilà, au fil des ans, lobbys aidant, des verrous conçus pour que la gestion sage des flux financiers soit observée ont sauté les uns après les autres dans les années 1980. En un mot, on a tout permis.

Entre autres phénomènes ahurissants, on retiendra le salaire des p.-d-g. Pour justifier le chambardement imprimé à l'allocation d'un revenu au grand patron, les militants de ce bouleversement avançaient que le tout serait lié à la performance de l'entreprise. Bon. Résultat? En arrimant la paie de monsieur au rendement financier, on a ouvert la porte à une gestion imprudente du risque, encouragée par une trop longue politique, à l'époque, de taux d'intérêt faibles sous l'ère Greenspan. Rétrospectivement, on estime qu'en ayant maintenu le loyer de l'argent aux environs de 1 % pendant un an, Greenspan a favorisé un goût effréné pour l'effet de levier. Bref, on empruntait 1 $ à 1 % en croyant récolter 10 $ au bout du tunnel.

L'odieux dans cette histoire se résume en chiffres. Après avoir radié 14 milliards en un coup et un seul, le patron de Merrill Lynch a démissionné en empochant 161 millions comme prime de départ. Celui de CitiGroup a encaissé 68 millions après avoir perdu 18 milliards. Soit dit en passant, dans le cas de ces deux établissements financiers, on s'attend à d'autres radiations substantielles. Enfin, soulignons que le président de Bear Stearns est parti avec 40 millions après avoir mis cette institution sur la paille.

Il y a quelques années, le financier Warren Buffett avait qualifié les subprimes et toute la ribambelle de produits financiers exotiques d'armes financières de destruction massive. On ne saurait mieux dire.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Dominic Pageau
    Abonné
    mardi 25 mars 2008 00h20
    Greenspan et ses sbires ont bien préparé leur coup!
    « J'espère que personne croit que ça été une surprise pour les grand financiers et ainsi que l'ex no 1 de la FED.

    Ils étaient tous au courant qu'on prêtait de l'argent à des sans le sous à des taux ridicules. Ils étaient tous au courant qu'en montant les taux d'intérêts, les emprunteurs seraient incapable de rencontrer leurs paiements.

    Bref, une catastrophe bien planifiée. Tout le monde sait que lors des crises, il y a plus de concentration parce que ceux qui ont l'argent rachètent à rabais tout ce qui appartient à ceux qui ont pratiquement tout perdu. De plus, j'imagine qu'il y a du avoir un nombre plus élevé de put option sur les banques, ce qui fait gagner de l'argent quand l'action perd de la valeur, mais ça, on ne le sera probablement jamais, parce que ça implique les gurus de la finance.

    La bourse, c'est un moyen que l'élite à trouve pour s'accaparer les ressources des petits sans avoir recours à la violence, c'est un vrai piège à con. »

  • jean claude pomerleau
    Inscrit
    mardi 25 mars 2008 07h15
    La Très Grande Dépression US (2008)
    « http://www.europe2020.org/spip.php?rubrique8&lang=en

    Lire les Bulletins No 21,22,23

    JCPomerleau »

  • Jean-François Couture
    Inscrit
    mardi 25 mars 2008 08h27
    Les desous de l'affaire Spitzer
    « Non je ne parle pas des dessous féminins de la bimbo de luxe qui a mené Eliot "Ness" Spitzer à sa perte. Le moindre scribouilleur et commentateur y est allé de son pablum journalistique, l'un sur l'hypocrisie sexuelle américaine, l'autre sur les aléas de la plus vielle profession mais pas un traître reporter ne semblait en mesure de nous informer à propos du véritable narratif derrière le "scandale" Spitzer.

    Aucun de nos valeureux représentants du supposé 4ième pouvoir n'a été capable de nous donner l'heure juste, autant au Canada, qu'aux states que dans le monde entier !!!???

    "This is not the Mounties who get their man, this is the Mounties who get the political targets for their man ! " - Greg Palast

    Et voilà que se pointe l'intrépide Greg Palast qui nous dévoile, une fois de plus, la véritable histoire, le réel narratif que sous entend tout le hoopla des derniers jours.

    Je résume...

    Spitzer avait l'accord et représentait les 50 atorney general des 50 états américains (autant républicains que démocrates) et allait poursuivre l'administration Bush et la Federal Reserve Bank, les accusant au criminel, pour avoir donné 200 milliards aux banques pour renflouer les prêts usuraires illégaux que des gros joueurs de Wall Street avaient accordés tout en s'appropriant les maisons des 2 millions de familles qui, eux, vont complètement perdre leur mise.

    C'EST ÇA L'HISTOIRE !

    Une jounée on assassine Spitzer, le lendemain, le bail out est passé... Un pur hazard ? Yeah, sure, le Brooklyn bridge avec ça ?

    C'est du cronie capitalisme abjecte tel que brillamment démontré par Naomi Klein dans son brûlot "The Shock Doctrine".

    Il n'y a eu que L'aut' Journal qui a traduit l'article de Palast et qui continue vaillamment à nous faire part du véritable narratif...celui ou l'on court à notre perte sous la férule du crypto-fascisme corporatif néo-con-libéral du complexe-militaro-media-industriel.

    SVP lire l'article...
    Eliot's Mess * The $200 billion bail-out for predator banks and Spitzer charges are intimately linked http://www.gregpalast.com/elliot-spitzer-gets-nailed/#more-1979

    Sexe, prêts hypothécaires et Eliot Spitzer
    http://www.lautjournal.info/default.aspx?page=3&NewsId=706

    Pour une description complète de l'arnaque écoutez l'entrevue de Palast en format MP3 au bas de la page de l'article... Palast on Corporate Watch Radio [28:25m]

    "Le peuple est une masse imbécile faite pour être menée par ceux qui se donnent la peine de le tromper." - Frédéric II de Prusse

    "Plus on est ignorant, moins on s'en aperçoit." - Louis Pasteur »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    mardi 25 mars 2008 10h48
    Les couillons du PPP
    « Les prétentieux qui ne jurent que par l'efficacité du monde des affaires sont loin d'être lucides. Le capital a sa place à la condition expresse que l'État et nos impôts le contrôle. Le grand frère doit veiller à protéger ses petits frères investisseurs et le niveau de nos impôts est l'assurance contre les dérapages de 1929. Qu'on me prouve que les salaires excessifs des chefs d'entreprises sont nécessaires à la fluctuation de mes parts achetées avec de l'argent durement gagné et économisé.

    Claude L'Heureux, Québec »

  • denis legault
    Inscrit
    mardi 25 mars 2008 16h23
    crise financière
    « Ce que je trouve étrange dans cette histoire de crise financière c'est qu'on ne fasse pas référence à ce qui s'est passé au Japon voilà 10 ou 15 ans. Il me semble que les deux crises se ressemblent, n'y a-t'il pas eu une banque japonaise importante qui avait fait faillite et le marché immobilier n'avait-il pas piqué du nez ? Je serais porté à penser que cette crise et les leçons qu'on a tiré de l'expérience japonnaise servent de toilent de fond aux actions des banques centrales aujourd,hui. »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
5 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009