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Le Ness plus ultra

Serge Truffaut   12 mars 2008  États-Unis
Cela ne s'invente pas. Gouverneur de l'État de New York, Spitzer a Eliot pour prénom. Le même que l'autre, le Ness, le saint patron des incorruptibles qui pourchassent les truands, les cols blancs comme les cols bleus. C'est d'ailleurs en faisant la vie dure aux voyous portant les cravates à la mode sur les parquets de la Bourse qu'il s'était taillé une réputation de «nouveau incorruptible», voire de «croisé infatigable», pour reprendre les surnoms dont les médias l'avaient affublé lors des scandales WorldCom, Tyco, Enron et d'autres qu'on oublie. Lui-même s'était autoproclamé «le shérif de Wall Street».

Ce vernis construit à la force du poignet sur un paravent de probité morale s'est liquéfié en moins de deux au terme de l'acte de contrition de l'ex-procureur général de l'État de New York. Ce shérif a avoué avoir payé le prix fort pour une histoire de bagatelle. En clair, il a déboursé plus de 4000 $ pour consommer les faveurs d'une péripatéticienne évoluant dans les hôtels chic de la capitale. CQFD: ce réseau de proxénètes proposait des services de call-girls dites de haut vol, aux politiciens en particulier.

En dehors de tout jugement moral, cette histoire a ceci de particulièrement affligeant qu'elle plombe sérieusement le travail que poursuivent l'actuel procureur général et ses collaborateurs. On pense notamment aux enquêtes amorcées alors que Spitzer était encore le patron des justiciers. Chose certaine, lorsque la nouvelle est tombée sur les fils de presse, les courtiers de Wall Street... ont applaudi!

Car l'homme, lorsqu'il pourchassait les escrocs millionnaires, avait opté pour une stratégie «d'agressivité», c'est son mot, de tous les instants. Il avait la dent si dure et des méthodes parfois si brutales que des gens de son camp disent aujourd'hui avoir estimé Spitzer imprudent ou irresponsable. Cette inclination, ou plutôt cette certitude qu'il avait d'être sûr de son fait constamment l'avait amené à démolir sans preuve les individus qui évoluaient sur son radar de procureur. Un exemple? Il avait fait courir et alimenter la rumeur que la secrétaire de Richard Grasso, ex-président de la Bourse de New York, était sa maîtresse. Bref, il brandissait la petite mort, même supposée, pour réduire la réputation d'autrui à un bouillon saumâtre.

Comme c'est toujours le cas avec les dérives du coeur des politiciens, le public a eu droit à un rituel de repentance, pour reprendre un titre du Washington Post. Et, comme d'habitude, le tout a été mis en scène et administré par ces experts en sophismes divers que sont les relationnistes. En clair, on a une fois encore obligé madame à être présente, on a glissé dans la bouche de monsieur les mots clés. Les mots qu'il doit absolument employer par calcul et non pas nécessairement par sincérité. Et ce, pour que cet exercice soit pris en considération lorsque le temps de la peine viendra. À l'instar des précédents, ce spectacle était consternant.
 
 
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  • Claude Tremblay
    Abonné
    mercredi 12 mars 2008 07h00
    Eliot Ness ou Pierre Eliot
    Autre coïncidence, le prénom de monsieur Spitzer se retrouve dans le nom d'un des ex-playboys favoris du Canada! Savoureux, non?

    Mais le nôtre, ce n'est pas dans les boudoirs ou les alcôves qu'il a laissé sa marque, mais plutôt dans les salles de conférence (bedroom vs boardroom) où il a concocté notamment l'incroyable, l'immense désastre socio-économique qu'est l'aéroport de Mirabel.

    Son héritage...

  • Bernard Charier
    Abonné
    mercredi 12 mars 2008 07h21
    CQFD
    CQFD, ce qu'il FALLAIT démontrer, se place APRÈS la démonstation une fois celle-ci faite.
    Bernad Charier

  • Gerry Pagé
    Inscrit
    mercredi 12 mars 2008 09h03
    La confession et le pardon font la paire.
    N'est-ce pas le nouveau swing des experts en sophismes et en nonsenses subliminaux de tous ordres? N'est-ce pas l'étalage des méprises que se permettent les croisés agresseurs qui jouent de l'épée, aux carrefours de l'axe du mal? N'est-ce pas sans rappeler les frasques que le dépendant sexuel Bill Clinton a démenties rageusement, qu'il a fini par avouer candidement, pour lesquelles il s'est confessé à son dieu et demandé larmoyant pardon aux états-uniens, alors que devenu conférencier de l'exemplarisme, il roule sur l'or, alors que son épouse flouée, mais solidaire et obligée, tente de ramener son dénominateur à la Maison Blanche? C'est la preuve par quatre, que le ridicule, quand il est soigneusement mis en scène et très généreusement commandité, ne tue personne. Bien au contraire!

    Mais ce n'est pas qu'aux Etats-Unis de Bush, qu'en Russie de Poutine ou qu'en France de Sarkozy que ces phénomènes prennent et tiennent l'affiche. Ces attitudes et gestes de pontifes qui ne doutent jamais de leurs certitudes, ont eu cours chez tous les extrémistes, allant de Hitler à Spitzer, en passant par le grand épurateur des terriens, Ben Laden, ainsi que tous les autres qui se sont et sont actuellement agrippés à l'échelle du pouvoir suprême et accrochés aux barreaux de leurs ambitieuses ascensions et glorieuses assomptions. C'est depuis toujours que là où il y a des hommes, il y a de l'hommerie. Et, le Québec des purs et durs qui, non seulement sermonnent et admonestent, semoncent et sentencient, mais qui poussent leurs pompes jusqu'à faire la morale à tout le monde, n'y échappe pas.

    Ce n'est pas sans rappeler le package deal des excuses que son Éminence princière le Cardinal Marc Ouellet a prononcées, du bout des lèvres, tentant, tant bien que mal, de cacher sa langue de bois, alors qu'il allait à l'encontre de l'infaillibilité romaine et de ce que peut accepter la suprématie pontificale, en lançant ses pronunciamientos opportunistes à la face de tous les catholiques du passé et précédant l'intronisation de ses pourpres, toutes ces femmes pécheresses et tous ces hommes pécheurs que «ses prédécesseurs» auraient méprisés et déboulonnés, excommuniés et traumatisés à tout jamais; tous ces Québécois dont ils auraient bafoué l'intelligence, torturé la raison, éteint les flammes de l'âme et impunément abusé de toutes les façons.

    Ce n'est pas sans rappeler les tapisseries épaisses que les libéraux fédéraux ont déroulées pour couvrir les murs des crasses hypocrisies qui maculaient les loggias du Scandale des Commandites, le plus scabreux de notre histoire. Scabreux, parce que tout leur a été si béatement pardonné. Ce n'est pas sans nous rappeler les aveux étouffés que Brian Mulroney a consentis, en regard de ses manques de jugement, alors que, braqué de son épouse et de ses enfants, il présentait de très repentantes excuses destinées à le laver de sa dépendance pour le gros cash des enveloppes brunes du fourbe lobbyiste Schreiber. Ce n'est pas d'hier que l'on voit des führers, des exterminateurs, des dominateurs et autres personnages imbus d'eux-mêmes, se laver la conscience sur la place publique, jouer aux souffrants repentants et réussir à s'en sortir par les cheminées de la clandestinité crasse qu'ont empruntées, qu'empruntent et qu'emprunteront les fumistes professionnels de tous les temps.

    Peut-être un jour verra-t-on les drapés de l'OTS (Ordre des Templiers Séparatistes), entourés de leurs proches obligés (payés), jouer aux repentants et s'excuser, devant les écrans de leur théâtre radio canadien, pour tous les abus auxquels ils se sont livrés et pour tous les torts qu'ils ont causés et dont furent et sont encore victimes des millions de Québécois qui n'adhéraient et n'adhèrent toujours pas à leur catéchisme intégriste non plus qu'aux sophismes de leurs diktats fantasmagoriques ainsi que pour tous les reculs historiques que le Québec ne pourra rattraper qu'à son corps défendant.

    Alors que nombre de fourbes et accros tricheurs qui se sont excusés ont été congédiés, ont été mis à la rue, ont été lavés de tous leurs acquis et/ou croupissent en prison, comment se fait-il que, pour certains couronnés, mitrés, cravatés et drapés, les formulations bourrées et l'expression beurrée des excuses passent la rampe de la crédulité bonace et de l'ingénuité imbécilement peinarde? Pourquoi les manoeuvres ensorceleuses et les manèges calculés de certains timbrés omnipotents font-ils en sorte que le pardon coule de source, comme s'il allait de soi? Ne serait-ce pas là, enfin, le CQFD irréfutable d'une justice manuelle à quatre vitesses (minimum) : la justice publique, celle que subit le peuple; la justice privée, celle dont jouissent les riches et les amis des riches; la justice apostolique, celle que s'arrogent par diktats et encycliques les souverains pontifes; la justice politique, celle que commandent les souverains maîtres à leurs employés de la magistrature.

    Gerry Pagé
    Ville de Québec

  • Rino St-Amand
    Inscrit
    mercredi 12 mars 2008 10h39
    Pathétique
    Scandal! Un homme et une femme ont eu du sexe ensemble! Et il paraît qu'ils étaient tous deux concentants. De plus, ils n'auraient pas eu le culot de commettre leurs ébats en public, mais plutôt cachés dans une chambre d'hotel.

    Le vrai scandal, c'est qu'il y a des journalistes pour s'intéresser à ces choses qui ne les regardent pas. C'est inexcusable, même pour les journaux jaunes.

  • Jean-Paul Gosselin
    Inscrit
    mercredi 12 mars 2008 11h06
    Un pur...
    «Un pur trouve toujours un plus pur qui l'épure»

    Lors de sa conférence de presse sur CNN, il semblait désolé... de s'être fait prendre!

    Il était connu comme étant le numéro 9 de cette agence d'escortes. Bon, maintenant, passons aux choses plus sérieuses: Qui est le numéro 1...? Nous voulons savoir!

  • Pierre-Yves Pau
    Inscrit
    mercredi 12 mars 2008 17h34
    La Terreur
    Desmoulins, Danton, Robespierre, Fouquier-Tinville... n'ont ils pas tous fini à la guillotine?

  • ghislaine fortin
    Inscrite
    mercredi 12 mars 2008 21h34
    La nouvelle vertue: l'hypocrisie
    La tristesse de cette Xième saga: une autre pierre dans l'édifice du cynisme populaire....

    Mystère? De quels arguments peut-on se servir pour CONTRAINDRE la conjointe bafouée à s'humilier ainsi et faire la potiche près du conjoint? Les mots me manquent pour décrire le sentiment de dégoût qui m'étreint devant la basesse de ce spectacle.....ARRÊTEZ! personne ne croit plus à ce semblant de repentir.

    Est-ce le nouveau slogan politique: The show must go on....?

    J'ai lu attentivement le commentaire de M. Gerry Pagé: c'est vraiment....j'ai bien apprécié. J'ignore ce que vous faites mais vous maniez très bien la langue et vos expressions sont vraiment savoureuses.

    Beauceronne

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