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Énigme démocrate

Serge Truffaut   7 février 2008  États-Unis
Le Super Tuesday s'est conclu par une évidence dans le camp républicain et par une incertitude chez les démocrates. À moins d'accidents de parcours, John McCain devrait être sacré champion des républicains bien avant la tenue de la convention. À l'inverse, il est probable que les démocrates vont s'étriper jusqu'à la fin d'août alors qu'ils se rassembleront pour la grande messe avant le combat final pour la présidentielle.

Au terme des primaires d'avant-hier, un nombre appréciable de constats peuvent être mis en relief. Ainsi, sur le plan géographique, les soutiens accordés à Barak Obama sont plus étendus que ceux alloués à Hillary Clinton. Ensuite, puisque les divergences entre les programmes respectifs des deux belligérants ont l'épaisseur du papier à cigarettes, leur guerre s'articule en fonction des sexes, des races et des classes sociales, sans oublier les générations. En résumé, il s'agit d'un combat où les caractéristiques sociologiques des électeurs convoités sont plus appuyées que leurs affections strictement politiques.

Grosso modo, Hillary Clinton séduit une majorité de femmes blanches, de personnes âgées des deux sexes et de gens à revenus bas et élevés ainsi que les hispaniques. À la suite des attaques insidieuses que Bill Clinton a menées sur le flanc racial, Barack Obama a fait le plein des votes des Noirs des deux sexes en plus de bénéficier de la sympathie de la classe moyenne, des jeunes, d'un nombre grandissant de Blancs de sexe mâle et des indépendants.

En fait, dans le cas d'Obama, une réalité doit être soulignée parce qu'elle est quasi exclusive au Super Mardi. De quoi s'agit-il? C'est lors de ce dernier rendez-vous électoral qu'une augmentation de voix d'hommes blancs a été enregistrée. Par exemple, dans l'État du Massachusetts, la montée en puissance du sénateur de l'Illinois auprès de ces derniers s'est soldée comme suit: 50 % d'entre eux ont choisi Obama, à la grande surprise de tous.

La prépondérance qu'ont désormais les facteurs sociologiques a ceci de très singulier qu'elle inquiète un contingent d'éditorialistes ainsi que des mandarins du Parti démocrate. Au regard des échanges malsains qui se sont produits lors de la campagne en Caroline du Sud, tous craignent que les deux finalistes reprennent les gants en espérant se démarquer au maximum.

Certains facteurs sociologiques ayant été confirmés mardi — on pense notamment aux affections politiques des hispaniques —, on s'attend à ce qu'Obama mène une offensive vigoureuse dès à présent et durant plusieurs semaines. Ici et là, on parie qu'il va travailler au corps les catégories sociales qui l'apprécient en dépensant sans compter. Car sur le plan financier, Obama bénéficie d'un avantage indéniable: il dispose d'un coffre mieux garni que celui de Clinton grâce aux énormes dépenses que celle-ci a consenties en vue du Super Tuesday.

Si la logique des primaires des dernières semaines se maintient, il est fort possible que le suspense se termine lors de l'investiture. Si tel est le cas, la décision finale reviendra aux super-délégués, au nombre de 800 et qui représentent... 40 % du total des délégués! Les super-délégués? Il s'agit des gouverneurs, représentants, anciens présidents et vice-présidents, qui font leur choix en fonction d'un critère que tout un chacun devine: le candidat le plus susceptible de battre le républicain lors de la présidentielle. Si on en croit les récentes sondages, Obama aurait plus de chances de faire mordre la poussière à McCain, quasi vainqueur chez les républicains, que Clinton. Sauf...

Sauf qu'on se demande, advenant une longue bataille chez les démocrates, si le champion des démocrates aura assez de temps pour panser les plaies au sein de son camp. Et ce, à cause de Bill Clinton, qui a fait à Obama ce que Bush avait fait à McCain: salir, salir, salir.






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  • Jean-Philippe Michel
    Abonné
    jeudi 7 février 2008 10h02
    Rectificatif
    « 4049 délégués démocrates se rendront à la convention pour élire leur candidat à la présidentielle. Ainsi, les 800 "super-délégués" représentent 20% (et non 40%) du total des délégués.
    L'origine de votre erreur provient peut-être des différences entre les conventions démocrates et républicaines. Chez ces derniers, seulement 2380 délégués iront choisir leur candidat pour l'élection de novembre 2008.
    Même si les super-délégués démocrates détiennent 20% du total des voix exprimées, leur importance est cruciale dans une course aussi serrée et votre commentaire est toujours pertinent.
    Salutations,
    Jean Philippe Michel »

  • Jean Piuze
    Abonné
    vendredi 8 février 2008 01h24
    Le vote des super-délégués démocrates
    « Bonjour monsieur Truffaut,

    J'aimerais apporter une précision concernant les super-délégués du parti démocrate américain en vue de leur convention nationale, qui se tiendra à Denver à la fin d'août. Leur nombre est effectivement proche de 800, soit précisément 796, mais ils représentent non pas 40% du total des délégués démocrates (chiffre mentionné dans votre éditorial du 7 février), mais plutôt 20% (19,7% précisément, soit 796 sur 4049).

    Un article sur les primaires américaines à la page A5 du Devoir du 7 février mentionnait: " Les 796 super-délégués représenteront environ 40 % des voix nécessaires pour obtenir l'investiture du Parti démocrate." Cet énoncé est à peu près correct au plan mathématique, puisque les 796 super-délégués représentent exactement 39.3% des 2025 délégués requis pour l'emporter à la convention nationale démocrate. Par contre, cet énoncé est également quelque peu trompeur en ce sens qu'il est évident que les 796 super-délégués n'iront pas à un seul candidat et que le poids des super-délégués ne sera sûrement pas de 40% des voix pour le candidat gagnant. À preuve, pour l'instant, 193 super-délégués sont acquis à H. Clinton contre 106 à B. Obama.

    Il est intéressant de noter également que cela laisse encore 497 super-délégués qui ne se sont pas engagés pour l'un ou l'autre des candidats. L'on peut penser que plusieurs vont attendre la fin du cycle des primaires et caucus démocrates le 3 juin avant de se prononcer. Des observateurs démocrates soulignent aussi qu'il est improbable que lors de la convention nationale les super-délégués votent de façon à renverser le vote populaire du cycle des primaires et caucus, car cela risquerait de déchirer le parti à la veille des élections présidentielles. On peut donc estimer qu'à moins d'une quasi-égalité dans le nombre de délégués élus (pledged delegates) au soir du 3 juin, les super-délégués (unpledged delegates) n'auront d'autre alternative que de confirmer le choix fait par les électeurs lors des primaires et des caucus de janvier à juin.

    Salutations,

    Jean Piuze
    Québec »

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