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Pakistan: agitation à Washington

Alexandre Shields   7 janvier 2008  États-Unis
Convaincus qu'al-Qaïda et les talibans menacent plus que jamais de faire basculer le Pakistan dans le chaos, des responsables américains envisageraient sérieusement d'intensifier les opérations clandestines de la CIA et de l'armée dans les zones tribales situées à la frontière avec l'Afghanistan, réputées pour être un repaire de terroristes islamistes. Une éventualité qui n'a pas été confirmée par Washington hier, mais qui a tout de même fait bondir Islamabad. Selon des informations publiées par le New York Times dans son édition dominicale, certains des plus hauts responsables de l'administration américaine, dont le vice-président, Dick Cheney, la secrétaire d'État, Condoleezza Rice, et les principaux conseillers de George W. Bush en matière de sécurité, se sont rencontrés à ce sujet vendredi à la Maison-Blanche.

À peine quelques jours après l'assassinat de l'ancienne première ministre Benazir Bhutto, plusieurs intervenants ont expliqué que la menace pesant sur le président pakistanais, Pervez Moucharraf, était désormais si élevée que le feu vert d'Islamabad à une intervention accrue des forces spéciales américaines était pratiquement acquis.

«Après des années de priorité accordée à l'Afghanistan, nous pensons que les extrémistes entrevoient désormais la chance de décrocher le gros lot: créer le chaos au Pakistan», a d'ailleurs confié un haut responsable américain au Times. D'après une source citée par le quotidien new-yorkais, les débats ont donc reflété les inquiétudes relatives à la transformation de régions entières du Pakistan en nouveau havre pour al-Qaïda et la nécessité de s'y opposer.

Et parmi les options débattues à Washington, l'accroissement des capacités d'action de la CIA figurerait en tête de liste. En clair, on souhaiterait donner la possibilité à l'agence centrale du renseignement de procéder à des opérations ciblées au Pakistan. Si cette option devait être retenue, toujours selon le New York Times, la CIA pourrait requérir l'assistance militaire du commandement des Opérations spéciales, voire lui déléguer entièrement certaines missions.

Les États-Unis disposent actuellement d'une cinquantaine de soldats au Pakistan. Toute opération nouvelle impliquant des agents de la CIA ou des commandos des Opérations spéciales, comme les Navy Seals, se ferait dans un cadre réduit et «sur mesure», ont indiqué des sources militaires. Pour l'instant, précise le journal, aucune décision n'a encore été prise. Aucun commentaire n'a également pu être obtenu, que ce soit à la Maison-Blanche, au siège de la CIA ou au Pentagone. La nouvelle n'a toutefois pas été démentie.

Réaction pakistanaise

Les autorités pakistanaises ont toutefois vivement réagi à la nouvelle. «Cela ne dépend pas du gouvernement américain, c'est le gouvernement du Pakistan qui est responsable de ce pays», a soutenu hier le général Waheed Arshad, porte-parole de l'armée. «Il n'y a pas d'opérations américaines, ni au grand jour ni clandestines, à l'intérieur du Pakistan. De telles informations sont sans fondement et nous les rejetons», a-t-il ajouté. Pour sa part, le porte-parole du ministère pakistanais des Affaires étrangères, Mohammad Sadiq, a qualifié l'article du Times de «spéculatif». Tout ce qui laisse penser que des forces américaines seraient sur le sol pakistanais est «inacceptable», a-t-il ajouté.

Des diplomates et des officiers américains travailleraient cependant déjà étroitement avec les autorités pakistanaises pour y renforcer les capacités de lutte contre le terrorisme, notamment la traque du chef d'al-Qaïda, Oussama ben Laden. Fait à noter, le président pakistanais, Pervez Moucharraf, a expliqué hier soir, sur les ondes de CBS, qu'il n'y avait «aucune preuve» que le célèbre saoudien se terrait au Pakistan. «Nous ne sommes pas particulièrement à sa recherche, a-t-il ajouté, mais nous opérons contre lui, al-Qaïda et les talibans et dans le processus naturellement combiné, nous le cherchons peut être aussi.»

Le numéro deux d'al-Qaïda, Aïmane al Zaouahri, se cacherait lui aussi dans les zones tribales montagneuses du Pakistan. Le Waziristan du Sud est en outre le fief d'un chef islamiste réputé proche d'al-Qaïda, Baïtullah Mehsud. Islamabad l'a accusé d'avoir orchestré l'assassinat de Benazir Bhutto, ce qu'il a démenti. Dans les districts du Waziristan du Nord et du Sud, 90 000 militaires pakistanais font face à des combattants islamistes proches des talibans et d'al-Qaïda.

Depuis fin 2001, les États-Unis se sont quant à eux, pour l'essentiel, gardés d'intervenir dans les zones tribales qui jouxtent l'Afghanistan par crainte précisément de nuire à Moucharraf. À plusieurs reprises, la CIA a néanmoins procédé à des tirs de missiles avec un succès mitigé. En janvier 2006, le numéro deux d'al-Qaïda, Aïmane al Zaouahri, aurait échappé de peu à une frappe de ce type dans le village de Damadola. De sources proches du renseignement, on estime que le renseignement américain n'a jamais eu depuis lors d'informations fiables concernant les endroits où se cachaient Zaouahri et Oussama ben Laden.

De mal en pis

Des diplomates du département d'État redoutent cependant que des opérations militaires conduites par les États-Unis au Pakistan ne provoquent en retour une aggravation de la situation et ne déstabilisent davantage le pouvoir de Moucharraf. Analyste politique et militaire pakistanais, Hasan Askari Rizvi est du même avis. Selon lui, si les troupes américaines effectuaient des raids dans les zones tribales, cela provoquerait un important mouvement populaire de révolte contre Pervez Moucharraf, mais aussi contre les États-Unis.

Certains estiment que de telles opérations risqueraient de déplaire grandement à l'armée pakistanaise et d'augmenter le soutien aux islamistes. «Je ne dis pas qu'il faut laisser al-Qaïda et les talibans libres de leurs actions, mais je serais très, très prudent dans l'utilisation d'approches qui pourraient tourner en faveur de l'ennemi et être contre-productives», a expliqué au Times un expert en terrorisme de l'Université de Georgetown, Bruce Hoffman.

Déjà, le Pakistan, puissance nucléaire en première ligne de la «guerre contre le terrorisme» déclenchée par Bush après les attentats du 11-Septembre, est plongé dans une crise sans précédent dans son histoire. Benazir Bhutto, principale opposante au président Moucharraf, a été assassinée le 27 décembre à Rawalpindi, les élections législatives du 8 janvier ont été repoussées au 18 février et les territoires jouxtant la frontière afghane risquent plus que jamais de devenir des «zones grises» échappant à tout contrôle.

Par ailleurs, le gouverneur pakistanais qui a l'autorité sur ces zones tribales du nord-ouest du pays a annoncé samedi un responsable gouvernemental. Le général en retraite Ali Muhammad Jan Aurakzaï, un proche du président Pervez Moucharraf, «a invoqué des raisons personnelles pour expliquer cette décision, et le président Moucharraf a accepté sa démission», a indiqué cette source.

M. Aurakzaï avait été nommé gouverneur en 2005 avec pour mission de rétablir la sécurité dans les zones tribales frontalières avec l'Afghanistan. Le gouverneur Aurakzaï avait scellé un «accord de paix» en septembre 2006 avec les talibans pour qu'ils cessent d'attaquer l'Afghanistan depuis le Pakistan et expulsent les militants islamistes étrangers arabes réfugiés dans les zones tribales. Mais l'accord a volé en éclats en juillet après l'assaut sanglant à la Mosquée Rouge d'Islamabad, un repaire de fondamentalistes favorables aux talibans.

Avec l'Agence France-Presse, Associated Press et Reuters






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  • Serge Charbonneau
    Abonné
    lundi 7 janvier 2008 01h35
    Pakistan: agitation en première page!
    « Pakistan: agitation en première page!

    Coup médiatique.
    Les médias emboîtent le pas et nous affirment qu'Al Qaïda et les taliban menacent plus que jamais le Pakistan.

    Dans les jours qui viennent, Scotland Yard, ces réputés limiers, nous démontrera que Benazir Bhutto a bel et bien été assassinée par Al Qaïda.

    Nul besoin d'enquêteurs de l'ONU, les limiers anglais nous feront la démonstration de qui sont les coupables. Comment mettre en doute Scotland Yard! Une réputation à toute épreuve. Les services secrets US sont prêts à leur fournir leur aide, si besoin il y a.

    Bientôt, nous aurons le gros titre: Benazir Bhutto a été la cible d'un complot d'Al Qaïda.
    Benazir le savait et elle s'est elle-même, en quelque sorte, suicidée.
    Le président Musharraf sera lavé de tout soupçon. Les élections pourront avoir lieu et Musharraf se fera élire une fois de plus et ici, on ne parlera pas de présidence à vie

    Les services secrets US et le Pentagone contrôlent le Pakistan depuis longtemps.
    L'annonce de l'intensification des opérations clandestines de la CIA et de l'armée, n'est en fait que la divulgation d'un état de fait. Le "timing" était tout indiqué pour normaliser la perception de l'opinion publique.

    Le Pakistan est la scène de théâtre où se joue une des principales pièces du théâtre de la politique internationale. Le scénario est difficile à prévoir, mais les dénouements sont connus d'avance.
    Musharraf, ce dictateur soutenu par les ÉU, sera maintenu au pouvoir le plus longtemps possible. Il est clair que l'enquête de Sccotland Yard le blanchira totalement.
    Si élection il y a, Musharraf en sortira gagnant.

    Pour berner, il faut distraire. Ce long texte d'analyse (sic) est un ramassis de "on dit", "il a dit", "a déclaré", "on croit", la CIA dit, le Pentagone dit, la Maison Blanche dit.
    Rien n'est vérifiable. On peut nous dire n'importe quoi.
    Tout ce que l'on peut faire, c'est de constater. Le chaos est très utile pour justifier la répression et le contrôle militaire. Musharraf est toujours solidement en poste. L'ISI, la CIA, Musharraf, la Maison Blanche, en savent bien plus long que quiconque. On nous dit ce que l'on veut nous dire pour nous faire croire ce que l'on veut afin de continuer à contrôler la région au détriment de ses habitants.

    On transporte la menace de l'intangible Al Qaïda partout où l'on veut se mettre solidement les pieds. Aujourd'hui on parle du Pakistan, demain sera l'Iran et ensuite ce sera l'Afrique et pourquoi pas Al Qaïda en Amérique du Sud?

    Tout ce que l'on peut conclure, c'est que Musharraf sera lavé de l'assassinat de Benazir Bhutto, et que les services secrets US seront de moins en moins dans l'ombre, car le chaos justifiera leur présence.


    Serge Charbonneau
    Québec »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    lundi 7 janvier 2008 08h00
    La carotte vaut mieux que le bâton
    « À la place de continuer à démolir l'Afghanistan, le Pakistan et l'Irak et de le faire bientôt en Iran, je suggère aux Américains de remplacer ça par la construction d'hôpitaux et d'écoles. Ça coûterait moins cher et ça leur ferait moins de nouveaux terroristes et d'ennemis mais, ceux qui préconisent la force pensent, comme ces maris violents, que, pour conserver l'honneur, faut "fesser l'autre"...grave erreur. »

  • Jean-François Couture
    Inscrit
    lundi 7 janvier 2008 09h20
    Envoyez Blackwater nous régler ça !
    « Ces mercenaires sont déjà sur le payroll du gouvernement canadien...

    Ottawa emploie des mercenaires en Afghanistan
    Alec Castonguay
    Édition du mercredi 24 octobre 2007
    http://www.ledevoir.com/2007/10/24/161709.html

    Ils pourraient travailler avec leurs copains du JTF2 cette unité spéciale d'élite canadienne qui fait mouiller nos élites militaristes qui reçoivent leurs ordres directement du Pentagone.

    Que les démocraties nord-américaines, dont on s'évertue à vouloir exporter les valeurs, se servent de mercenaires pour leurs basses oeuvres et bafouent les valeurs profondes et historiques des canadiens dans le processus ne dérange pas le citoyen. Il n'en est même pas au courant !

    "The Central Intelligence Agency owns everyone of any significance in the major media." - William Colby, former CIA director

    Et pourquoi pas nous en foutre plein la gueule et faire plaisir à Harpeur et compagnie en nous livrant "The Rapture" comme le souhaite les fondamentalistes conservateurs comme notre sinistre de la sécurité Doris Day !

    Vous croyez que je plaisante ?

    BLACKWATER : THE CRUSADE
    http://www.youtube.com/watch?v=-DpRz4CvMqo

    Il est d'un pathétique navrant de constater l'aplaventrisme face au complexe militaro-industriel. Faut dire qu'une bonne partie des médias leur appartiennent et on se bat, bec et ongles, pour joyeusement promouvoir l'industrie de la mort.

    C'est la politique du fait accompli et de la rationalisation du crime par les emplois créés.

    Le 4ième pouvoir continue sa descente dans l'insignifiance. On fait semblant de dormir au gaz...

    Saviez-vous que le Canada est aussi actif en Irak qu'en Afghanistan !

    " Canada was of greater assistance in the US-led war against Iraq "than most of those 46 countries that are fully supporting us." - U.S. Ambassador Paul Cellucci March 2003

    Présentation Power Point : http://coat.ncf.ca/Slides/3in1/001.htm

    Saviez-vous que via les fonds de pension du Canada nous avons investi, au minimum $2.55 milliards, dans 15 des plus grosses des 20 corporations du complexe militaro-industriel. http://coat.openconcept.ca/cpp/

    Saviez-vous que le Canada a les mains tachées du sang des Libanais et Palestiniens. http://coat.ncf.ca/lebanon2006.html

    Le retour d'ascenseur

    L'industrie de la mort finance les conserviteurs comme les libéraux... http://coat.ncf.ca/our_magazine/links/52/52-48-49.pdf

    Le gouvernement, magnanime, subventionne et perdure la funeste industrie... http://coat.ncf.ca/our_magazine/links/52/52-44-45.pdf

    We stand on guard for THE ..."

    Références et explications : http://coat.ncf.ca/our_magazine/links/58/Articles/50-51.pdf

    "We have become a monster in the eyes of the whole world - a nation of bullies and bastards who would rather kill than live peacefully. We are not just whores for power and oil, but killer whores with hate and fear in our hearts. We are human scum, and that is how history will judge us... No redeeming social value. Just whores. Get out of our way, or we'll kill you." - Hunter S. Thompson »

  • andré michaud
    Inscrit
    lundi 7 janvier 2008 10h25
    Sur des oeufs
    « Mme Butho avait annoncé que dès qu'elle serait élue , elle demanderait aux USA d'attaquer les bases terroristes du nord ouest du Pakistan. SI elle avait été élue avec un bon appuie populaire, l'attaque des USA aurait eu aussi un appui populaire. Mais les islamistes ont assassiné Mme Butho, et la situation est très différente.Attendons de voir si son fils sera élu et aura le même courage que sa mère pour débarasser le Pakistan des terroristes d'Al Quaida, et des Talibans qui s'y réfugient entre des attaques en Afghanistan.

    En effet, une attaque des USA maintenant,avant les élections, pourrait déclancher un mouvement nationaliste anti-américain qui serait catastrophique pour la situation mondiale. »

  • Jasette
    Abonné
    lundi 7 janvier 2008 11h20
    Le Pakistan, une toile qu'on dessine aux couleurs des intérêts que certains défendent.
    « Avec l'Agence France-Presse, Associated Press et Reuters dans la mêlée et un discours qui est plus le porte-voix de des gens qui sont à la fois juge et parti, comment peut-on croire vraiment en de l'objectivité de contenu? Les acteurs du scénario de ce film sont dirigés par la propagande minable des intérêts réducteurs de ce que les américains défendent becs et ongles.

    Je ne dis pas que tout ce qui est dit est faux. Je dis simplement que dans le contexte international actuel, il faut douter obligatoirement du thème (pour ne pas dire des "versets") à l'américaine, ceci au nom de l'objectivité envers tout le monde et de la paix mondiale. Monsieur Bush est étroit d'esprit et a des gros sabots made in USA. Il est un peu comme un géant prétentieux qui connaîtrait mal la musique et qui veut tout de même orchestrer sa symphonie planétaire; mais qui se traduit le plus souvent malheureusement comme une cacophonie belliqueuse. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    lundi 7 janvier 2008 13h55
    @ André Michaud
    « La solution de M. Michaud : Que les Américains Attaquent les bases terroristes du nord ouest du Pakistan afin d'y tuer Talibans et autres terroristes.

    Cette méthode du bâton, à la Bush, déjà tentée, ne règlerait pas du tout les choses en Afghanistan. Attaquer, bombarder, tuer, mélnagés, bons et méchants, hommes, femmes et enfants, ne fait que fabriquer de nouveaux terroristes qui ne peuvent déjà plus "endurer" les Américains sur leur sol.

    Les Américains se feraient plus d'amis en Afghanistan et en Irak en réparant les barrages électriques qu'ils ont bombardés. »

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    lundi 7 janvier 2008 16h07
    Précision pour M. Michaud
    « Précision pour M. Michaud

    Le fils de Benazir Bhutto n'a que 19 ans.
    Même s'il a été proclamé à la présidence du Parti Populaire du Pakistan, il ne peut se présenter aux élections avant d'avoir atteint l'âge de 25 ans.

    Et je partage l'avis de M. Bousquet: Les Américains se feraient plus d'amis en Afghanistan et en Irak en réparant les barrages électriques qu'ils ont bombardés. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mardi 8 janvier 2008 07h44
    @ Gilbert Talbot sur les retraits de troupes
    « M. Gilbert Talbot a raison sur l'idée de retirer nos troupes de l'Afghanistan. Les États-Unis pourraient faire en profiter pour faire la même chose en Irak mais avant, faudrait bien qu'ils réparent les dommages causés par leurs bombardements vu que ce n'était pas les Afghans ni les Irakiens qui ont attaqué leurs Tours mais des Saoudiens, entrainés aux États-Unis, à piloter de gros avions qui ont fait le travail. »

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