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Raz-de-marée démocrate en 2008?

Frédérick Gagnon - Chargé de cours à l'UQAM  28 novembre 2007  États-Unis
Les auteurs sont chercheurs à l'Observatoire sur les États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand, qui présente demain le colloque intitulé «Qui dirigera les États-Unis après George W. Bush? - L'imprévisible course à la Maison-Blanche 2008».

Impossible de connaître l'avenir. Parlez-en au général Tommy Franks qui, en mars 2003, promettait que les États-Unis trouveraient rapidement des armes de destruction massive en Irak. L'élection américaine de 2008 donne pourtant envie de jouer le jeu des prédictions — encore une fois — et d'affirmer que ce cycle électoral sera démocrate. En plus de conserver leur avantage aux postes de gouverneur des États (28 contre 22 pour les républicains), les démocrates risquent effectivement de se retrouver à la tête de la Maison-Blanche et du Congrès pour la première fois en 15 ans. La «révolution conservatrice» de Bush n'est cependant pas terminée: les conservateurs resteront puissants à Washington même si les républicains perdent l'élection.

Pas d'humeur à élire un président républicain...

Depuis quelques semaines, la campagne électorale est régulièrement suivie dans les médias par environ 20 % des Américains, dépassant de peu l'intérêt de la population pour la situation en Irak (17 %). Il faut dire que cette campagne est en marche depuis le début de 2007. À preuve, les annonces publicitaires de Mitt Romney (républicain) et de Hillary Clinton (démocrate) sont abondamment diffusées depuis des mois.

Le financement des candidats va également bon train: les principaux candidats démocrates ont déjà amassé un total de 200 millions de dollars (90 millions pour Clinton, 80 millions pour Barack Obama et

30 millions pour John Edwards) alors que les principaux candidats républicains accusent un léger retard avec un peu plus de 120 millions de dollars (62 millions pour Romney, 47 millions pour Rudy Giuliani et 12 millions pour Fred Thompson).

Ces sommes ne sont pas garantes d'une couverture médiatique positive: chez les démocrates, seul Obama bénéficie d'une couverture médiatique favorable, alors que Clinton et Edwards sont l'objet de reportages essentiellement négatifs. Du côté des républicains, Romney et Thompson sont dépeints de manière généralement positive par les médias, contrairement à Giuliani et John McCain. En fait, les médias ont déjà sélectionné les candidats qui leur apparaissent les plus présidentiables: Clinton, Obama, Giuliani, McCain et Romney se partagent près de 55 % de l'espace médiatique consacré à la course à l'investiture, alors que les 11 autres candidats doivent jouer du coude pour occuper le temps et l'espace restants.

Course serrée chez les démocrates

La nature de la couverture médiatique des principaux candidats démocrates et républicains a cependant peu d'influence sur les préférences du public jusqu'à maintenant. En effet, dans tous les cas de figure, ce sont les candidats démocrates qui obtiennent la majorité des intentions de vote: Clinton l'emporte sur tous ses adversaires républicains, tout comme Obama. Seule exception: une improbable lutte entre Edwards et Giuliani permettrait à ce dernier de devenir le 44e président des États-Unis.

Même si les choses se resserrent dans la course à l'investiture démocrate et que Romney et Mike Huckabee se tirent bien d'affaire dans les intentions de vote en Iowa et au New Hampshire, où se déroulent les deux premières courses des primaires, l'éventualité d'une présidentielle opposant Hillary Clinton et Rudy Giuliani reste la plus probable. L'écart entre ces deux candidats, qui oscille autour de 2 % est trop peu significatif à l'heure actuelle pour permettre une prédiction ferme. Toutefois, à en croire Mark Penn, stratège en chef de la campagne de Clinton, les Américains sont d'humeur à élire la première présidente de l'histoire: celle-ci recueillerait effectivement 360 votes au collègue électoral devant Giuliani ou tout autre républicain, ce qui dépasse largement les 270 votes nécessaires pour remporter l'élection.

Les démocrates ont aussi le vent en poupe pour conserver le pouvoir dans les deux chambres du Congrès. Vainqueurs à l'élection de 2006, ils n'ont pas encore tenu promesse d'infléchir la politique de Bush en Irak, ce pourquoi à peine 20 % des Américains approuvent leur travail!

Malgré cette donnée peu enviable, les démocrates profiteront, en 2008, d'une tendance lourde des élections législatives: plus de 90 % des représentants et des sénateurs sortants sont généralement réélus, notamment parce qu'ils sont mieux financés que leurs adversaires. Il n'y aura donc qu'une quarantaine de courses vraiment compétitives à la Chambre des représentants, sur un total de 435. Pour élire une majorité, les républicains doivent vaincre au moins 16 démocrates sans perdre un siège, ce qui semble impossible pour l'instant: seulement 17 démocrates sont vulnérables alors que 21 républicains le sont aussi.

La mainmise du Sénat

Les républicains font face à une situation similaire au Sénat: ils doivent gagner deux sièges pour reprendre les rênes de cette chambre, mais seulement une démocrate est en danger, soit Mary Landrieu, de la Louisiane. Pendant ce temps, huit sièges républicains risquent de passer aux mains des démocrates: ceux de Trent Lott au Mississippi, John Warner en Virginie, Wayne Allard au Colorado, Pete Domenici au Nouveau-Mexique, John Sununu au New Hampshire, Norm Coleman au Minnesota, Susan Collins dans le Maine et Gordon Smith en Oregon.

Le bât blesse d'autant plus pour le parti de George W. Bush que Christine Gregoire (Washington) est la seule sur la corde raide parmi les gouverneurs démocrates. Sur les dix autres courses aux postes de gouverneur, seulement trois s'annoncent serrées: les républicains pourraient gagner le siège laissé vacant par Mike Easley en Caroline du Nord, mais ils risquent de perdre ceux de Matt Blunt au Missouri et de Mitch Daniels en Indiana.

L'avenir de la «révolution conservatrice»

Même si on assiste ultimement à un raz-de-marée démocrate en 2008, l'élection ne marquera cependant pas la fin de la «révolution conservatrice» de Bush. Les républicains resteront assez nombreux au Sénat pour serrer la bride au parti au pouvoir. Il faut en effet une coalition de 60 sénateurs pour clore les débats en assemblée plénière et passer au vote sur les lois, nominations et budgets. Or, selon le scénario le plus optimiste, les sénateurs démocrates seront seulement 59 après 2008, devant 41 républicains. La minorité aura donc le loisir de recourir à des manoeuvres dilatoires pour exiger des compromis.

Qui plus est, la décision de Hillary Clinton d'adopter des positions plus conservatrices que ce qu'on lui connaissait et l'élection à prévoir de démocrates de centre-droite à la Chambre et au Sénat prouvent que l'idéologie de Bush ne passera pas l'arme à gauche. Dans ses mémoires, l'ex-sénateur républicain Jesse Helms écrivait que les conservateurs du Congrès étaient si peu nombreux à son arrivée au Sénat en 1973 qu'ils pouvaient se réunir dans une cabine téléphonique.

Quarante-cinq ans plus tard, il faudrait plutôt un bateau de croisière pour les rassembler tous, ce qui sera toujours le cas après 2008. En somme, les républicains pourront profiter de l'élection législative de 2010 pour démontrer que ce même bateau conservateur ne fait actuellement qu'une courte escale.
 
 
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