Saint Louis ou comment retrouver la grandeur perdue
Photo : Agence France-Presse
La célèbre arche de Saint Louis, pavoisée à l’occasion de la fête nationale. Dans les dernières années, la priorité de la ville a été de redonner de l’éclat au centre-ville.
Saint Louis, Missouri — L'étranger de passage entendra cent fois la même phrase. «Vous savez, St-Louis a déjà été l'une des quatre plus importantes villes des États-Unis.», lui dira-t-on. Sauf que c'était il y a très longtemps. À l'époque où «la Porte de l'Ouest» pouvait accueillir la même année (1904) les Jeux olympiques et une exposition universelle. C'était avant que ses usines ne se vident et que l'on ne placarde les fenêtres de ses jolies maisons de brique rouge.
La liste des entreprises qui sont parties est longue. Elle va des anciennes manufactures de chaussures au constructeur militaire General Dynamics, en passant par la compagnie de télécommunication SBC et le fabricant de nourriture pour animaux Ralston Purina. Ces entreprises ont déménagé ailleurs au pays ou ont simplement disparu.
Au lendemain de son achat par le concurrent Boeing en 1997, le champion local, McDonnell-Douglas, a brutalement mis à pied 20 000 de ses 40 000 travailleurs dans la région. Quatre ans plus tard, c'était au tour de TWA de se faire avaler par American Airlines, ce qui explique pourquoi l'aéroport de Saint Louis qui lui servait jusque-là de principale plaque tournante a maintenant l'air trop grand. S'est ajouté à cela le phénomène d'étalement urbain comme dans tant d'autres villes nord-américaines.
Un tel déluge de calamités ne pouvait qu'affecter le niveau de population. Celle-ci s'élevait, en 1950, à 860 000 habitants. Elle n'a pas cessé de piquer du nez par la suite, jusqu'en 2005, où une première timide remontée a été enregistrée. La population n'était plus alors que de 350 000 habitants.
«Le comble, ç'a été quand je ne sais plus qui a fait le classement des villes américaines et que l'on a dit que Saint Louis était l'une des plus dangereuses du pays, dit Steve Nagel, directeur à l'organisme de développement local East-West Gateway Council of Governments. J'ignore comment ils sont arrivés à cette conclusion, parce que l'on ne peut pas vraiment dire que l'on a un problème de sécurité en ville, mais, de toute manière, on n'avait vraiment pas besoin de cela», ajoute-t-il, auréolé de la célèbre arche argentée qui brille ce matin-là sous le soleil et que l'on voit par la fenêtre derrière lui.
Saint Louis n'est pas la seule a avoir été victime du déclin du secteur manufacturier et de la réorganisation de l'économie, rappelle le président de la chambre de commerce, Dick Fleming. «Quoi qu'on en dise, elle a conservé plus que sa part de sièges sociaux de grandes entreprises».
Les plus connues sont le brasseur Anheuser-Busch, le géant de l'industrie agroalimentaire Monsanto, la compagnie de location Enterprise Rent-A-Car ou encore la compagnie World Wide Technology qui est une fierté locale, parce qu'elle est l'une des plus grosses aux États-Unis à appartenir à un Noir, David Steward. Saint Louis peut se vanter également d'avoir conservé de grandes institutions liées au domaine de la santé, comme les écoles de médecine de l'Université Washington et de l'Université Saint Louis, ainsi que les hôpitaux Barnes-Jewish Hospital et Saint Louis Children's Hospital.
Redonner vie au centre-ville
La priorité de ces dernières années a été de redonner de l'éclat au centre-ville. Les grandes entreprises qui sont restées ont accepté volontiers de mettre la main à la poche, notamment pour rafraîchir Forest Park, un parc public plus grand encore que Central Park à New York. On a aussi commencé à convertir de vieux bâtiments industriels abandonnés en chics bureaux et en logements branchés. Un nouveau stade de baseball a été inauguré l'année passée. On voudrait profiter des espaces encore vacants pour y établir des centres de recherche et des incubateurs d'entreprises dans des secteurs de pointe, comme les sciences de la vie et les technologies de l'information.
On compte bien, également, à ce que Saint Louis continue de profiter de sa situation géographique. Peu de grandes villes se trouvent à ce point au carrefour des réseaux de communication fluviaux et terrestres du pays. On espère aussi accueillir de plus en plus de touristes qui viendraient visiter les impressionnants vestiges en forme de pyramides de la nation amérindienne disparue des Cahokias; voir où ont débarqué Joliet et Marquette, puis Lewis et Clark; visiter les villages ou encore jouer dans les casinos flottants qui se multiplient sur le Mississippi.
«Pour ça, il faudrait faire un effort, dit Ron Ameln, éditeur du mensuel d'affaire Saint Louis Small Business Monthly. Rien n'a été fait sur le plan touristique depuis la construction de la grande arche. C'était dans les années 60.»
Le principal problème des entreprises de la région, selon le journaliste, est de trouver la main-d'oeuvre qualifiée. On espère que la revitalisation du centre-ville, les faibles coûts de logement et le caractère plus convivial de la ville l'aideront à attirer graduellement plus de gens. Un autre problème pour les entreprises, ajoute Ron Ameln, c'est l'augmentation constante du coût des primes d'assurance santé des employés. «C'est particulièrement lourd à porter pour les PME.»
Il faudrait que Washington investisse un peu moins dans la guerre et peu plus dans l'aide au développement des régions, pense Steve Nagel. Il admet cependant que les pouvoirs locaux ne sont guère mieux, trop empêtrés qu'ils sont dans leurs chicanes de clochers.
Le manque de stratégie commune de développement pour la grande région qui compte quand même 2,6 millions d'habitants fait mal lorsque les entreprises et les travailleurs sont courtisés par tant d'autres endroits aux États-Unis et ailleurs.
«C'est difficile de convaincre tout ce monde de changer de façon de faire», dit-il avant d'ajouter l'autre phrase que l'étranger de passage entendra cent fois à Saint Louis. «Vous savez, les gens sont très conservateurs ici.»
***
Demain: Austin, Texas
La liste des entreprises qui sont parties est longue. Elle va des anciennes manufactures de chaussures au constructeur militaire General Dynamics, en passant par la compagnie de télécommunication SBC et le fabricant de nourriture pour animaux Ralston Purina. Ces entreprises ont déménagé ailleurs au pays ou ont simplement disparu.
Au lendemain de son achat par le concurrent Boeing en 1997, le champion local, McDonnell-Douglas, a brutalement mis à pied 20 000 de ses 40 000 travailleurs dans la région. Quatre ans plus tard, c'était au tour de TWA de se faire avaler par American Airlines, ce qui explique pourquoi l'aéroport de Saint Louis qui lui servait jusque-là de principale plaque tournante a maintenant l'air trop grand. S'est ajouté à cela le phénomène d'étalement urbain comme dans tant d'autres villes nord-américaines.
Un tel déluge de calamités ne pouvait qu'affecter le niveau de population. Celle-ci s'élevait, en 1950, à 860 000 habitants. Elle n'a pas cessé de piquer du nez par la suite, jusqu'en 2005, où une première timide remontée a été enregistrée. La population n'était plus alors que de 350 000 habitants.
«Le comble, ç'a été quand je ne sais plus qui a fait le classement des villes américaines et que l'on a dit que Saint Louis était l'une des plus dangereuses du pays, dit Steve Nagel, directeur à l'organisme de développement local East-West Gateway Council of Governments. J'ignore comment ils sont arrivés à cette conclusion, parce que l'on ne peut pas vraiment dire que l'on a un problème de sécurité en ville, mais, de toute manière, on n'avait vraiment pas besoin de cela», ajoute-t-il, auréolé de la célèbre arche argentée qui brille ce matin-là sous le soleil et que l'on voit par la fenêtre derrière lui.
Saint Louis n'est pas la seule a avoir été victime du déclin du secteur manufacturier et de la réorganisation de l'économie, rappelle le président de la chambre de commerce, Dick Fleming. «Quoi qu'on en dise, elle a conservé plus que sa part de sièges sociaux de grandes entreprises».
Les plus connues sont le brasseur Anheuser-Busch, le géant de l'industrie agroalimentaire Monsanto, la compagnie de location Enterprise Rent-A-Car ou encore la compagnie World Wide Technology qui est une fierté locale, parce qu'elle est l'une des plus grosses aux États-Unis à appartenir à un Noir, David Steward. Saint Louis peut se vanter également d'avoir conservé de grandes institutions liées au domaine de la santé, comme les écoles de médecine de l'Université Washington et de l'Université Saint Louis, ainsi que les hôpitaux Barnes-Jewish Hospital et Saint Louis Children's Hospital.
Redonner vie au centre-ville
La priorité de ces dernières années a été de redonner de l'éclat au centre-ville. Les grandes entreprises qui sont restées ont accepté volontiers de mettre la main à la poche, notamment pour rafraîchir Forest Park, un parc public plus grand encore que Central Park à New York. On a aussi commencé à convertir de vieux bâtiments industriels abandonnés en chics bureaux et en logements branchés. Un nouveau stade de baseball a été inauguré l'année passée. On voudrait profiter des espaces encore vacants pour y établir des centres de recherche et des incubateurs d'entreprises dans des secteurs de pointe, comme les sciences de la vie et les technologies de l'information.
On compte bien, également, à ce que Saint Louis continue de profiter de sa situation géographique. Peu de grandes villes se trouvent à ce point au carrefour des réseaux de communication fluviaux et terrestres du pays. On espère aussi accueillir de plus en plus de touristes qui viendraient visiter les impressionnants vestiges en forme de pyramides de la nation amérindienne disparue des Cahokias; voir où ont débarqué Joliet et Marquette, puis Lewis et Clark; visiter les villages ou encore jouer dans les casinos flottants qui se multiplient sur le Mississippi.
«Pour ça, il faudrait faire un effort, dit Ron Ameln, éditeur du mensuel d'affaire Saint Louis Small Business Monthly. Rien n'a été fait sur le plan touristique depuis la construction de la grande arche. C'était dans les années 60.»
Le principal problème des entreprises de la région, selon le journaliste, est de trouver la main-d'oeuvre qualifiée. On espère que la revitalisation du centre-ville, les faibles coûts de logement et le caractère plus convivial de la ville l'aideront à attirer graduellement plus de gens. Un autre problème pour les entreprises, ajoute Ron Ameln, c'est l'augmentation constante du coût des primes d'assurance santé des employés. «C'est particulièrement lourd à porter pour les PME.»
Il faudrait que Washington investisse un peu moins dans la guerre et peu plus dans l'aide au développement des régions, pense Steve Nagel. Il admet cependant que les pouvoirs locaux ne sont guère mieux, trop empêtrés qu'ils sont dans leurs chicanes de clochers.
Le manque de stratégie commune de développement pour la grande région qui compte quand même 2,6 millions d'habitants fait mal lorsque les entreprises et les travailleurs sont courtisés par tant d'autres endroits aux États-Unis et ailleurs.
«C'est difficile de convaincre tout ce monde de changer de façon de faire», dit-il avant d'ajouter l'autre phrase que l'étranger de passage entendra cent fois à Saint Louis. «Vous savez, les gens sont très conservateurs ici.»
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Demain: Austin, Texas
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