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Le tueur de Virginia Tech était une bombe à retardement

Brian Myles   18 avril 2007  États-Unis
Plus de 10 000 étudiants et professeurs de l’université Virginia Tech étaient réunis hier sur le terrain de football pour rendre hommage aux victimes.
Photo : Agence Reuters
Plus de 10 000 étudiants et professeurs de l’université Virginia Tech étaient réunis hier sur le terrain de football pour rendre hommage aux victimes.
L'auteur de la fusillade à l'université Virginia Tech, l'étudiant sud-coréen Cho Seung-Hui, était une véritable bombe à retardement. Il s'est fait prendre à mettre le feu dans un dortoir et à traquer les femmes sur le campus, en plus d'avoir été référé à un psychologue tellement ses oeuvres de fiction étaient dérangeantes. Personne n'a cru toutefois que son comportement solitaire et erratique le pousserait à tuer 32 personnes avant de s'enlever la vie.

Seung-Hui, 23 ans, semble le seul et unique responsable de la pire fusillade en milieu scolaire dans l'histoire des États-Unis, qui s'est déroulée en deux temps lundi. Il a d'abord fait deux victimes, vers 7h15, dans une résidence pour étudiants. Deux heures et demie plus tard, alors que la police était persuadée qu'elle enquêtait sur un incident isolé (un crime passionnel), Seung-Hui entrait dans le pavillon de génie mécanique, où il tuait une trentaine de personnes, dont la professeure montréalaise Jocelyne Couture-Nowak, avant de retourner son arme contre lui.

Au moment de mettre sous presse hier, au moins 12 personnes reposaient encore à l'hôpital, toutes dans un état stable.

La police n'écarte toujours pas la possibilité qu'il y ait eu deux tueurs, même si l'examen balistique des armes utilisées démontre le contraire. Les deux pistolets de calibre .22 et un Glock 9 mm ont été retrouvés sur le site de la deuxième fusillade, où Seung-Hui s'est suicidé. Or l'un de ces pistolets avait servi lors de la première tuerie. Les enquêteurs ont retrouvé dans le sac à dos de l'assassin deux couteaux, des balles et le reçu de caisse pour l'achat du Glock. L'autre pistolet aurait été acheté la semaine dernière, selon les informations de la chaîne ABC.

Selon ABC, citant des sources proches de l'enquête, le jeune homme est retourné dans sa chambre, située tout près sur le campus, après avoir commis ses deux premiers meurtres. Il a écrit une dérangeante lettre de suicide avant de repartir pour le pavillon Norris Hall. Dans sa missive, Seung-Hui s'insurge contre «les jeunes riches», «la débauche» et «les charlatans». «Vous m'avez poussé à faire cela», écrit-il. Ses motivations profondes demeurent cependant nébuleuses. «C'était un solitaire, et nous avons beaucoup de mal à trouver des informations sur lui», a précisé un porte-parole de l'université, Larry Hincker.

Cho Seung-Hui a quitté la Corée du Sud avec sa famille en 1992, alors qu'il était âgé de huit ans. Il en était à sa dernière année d'étude en littérature, à Virginia Tech. Ses parents vivent à Centreville, tout près de Washington, et leur domicile a fait l'objet d'une perquisition hier.

Selon les témoignages de plusieurs étudiants, Cho Seung-Hui a fait preuve d'une glaciale minutie dans l'exécution de son plan diabolique. Il a notamment aligné plusieurs personnes contre un mur avant de les exécuter les unes après les autres. Des étudiants l'ont décrit comme un jeune homme grand et silencieux, déterminé, qui tirait pour tuer et revenait sur ses pas s'il entendait des survivants parler.

«Il paraissait très minutieux, il a touché pratiquement tout le monde», a raconté Erin Sheehan, une survivante. Il tirait «dans un silence presque irréel», sans viser personne en particulier mais «en cherchant à toucher le plus de monde possible», a ajouté un autre survivant, Derek O'Dell.

Les auteurs de ce type d'attaque sont souvent des solitaires incapables de faire face à une perte ou à un échec, selon un groupe d'experts consultés par l'AFP. Le profil est souvent le même — «isolé, reclus et asocial» — mais il est impossible de savoir ce qui pousse ces tueurs à l'acte, a précisé Alan Langlieb, directeur de la psychiatrie du travail à la prestigieuse université Johns Hopkins.

Stephanie Derry, qui a étudié en théâtre avec Seung-Hui, a confirmé ce portrait sinistre dans le journal de l'université, le Collegiate Times. Seung-Hui écrivait des pièces «morbides et caricaturales», notamment au sujet d'un fils qui détestait son beau-père. «Dans la pièce, le fils lui jetait une tronçonneuse et des marteaux. Mais la pièce se terminait avec le fils étouffant violemment le père avec une barre de céréales», a déclaré Derry au journal.

Seung-Hui ne disait pas un mot dans ce cours et restait toujours isolé dans son coin, sans exprimer la moindre émotion. Son comportement était si bizarre que les élèves plaisantaient entre eux sur la possibilité qu'il puisse «faire quelque chose», a expliqué Derry. «Quand j'ai appris que c'était Cho qui avait fait ça, j'ai commencé à pleurer, a-t-elle raconté. Nous avons vu tous les signes mais nous n'avons jamais pensé que cela pouvait arriver.»

Lucinda Roy, ancienne doyenne du département d'anglais, a raconté à CNN son inquiétude devant le contenu glaçant d'autres écrits. À l'automne 2005, elle avait même signalé la menace potentielle à la direction et entrepris de donner des cours particuliers au jeune homme pour l'inviter à s'ouvrir. «Profondément inquiète», elle a conseillé à Cho Seung-Hui de consulter un psychologue et pensait qu'il l'avait fait.

Le comportement manifesté par Seung-Hui de même que le laxisme apparent de l'université entre la première et la deuxième fusillade ont continué de soulever bien des interrogations hier. Pour la deuxième fois en autant de jours, les autorités ont expliqué que les premiers tirs apparaissaient comme «une affaire personnelle». Selon les informations préliminaires de la police, il semblait que le tueur avait quitté les lieux après s'en être pris à une ex-copine et à sa nouvelle flamme. En outre, il y avait déjà plus de 20 000 personnes sur le campus, et la direction a estimé qu'il était plus sûr de les laisser dans les bâtiments plutôt que de les forcer à errer aux alentours en décrétant une évacuation massive.

La direction et la police de l'université ont reçu hier l'appui du ministre de la Sécurité publique de l'État de Virginie, John Marshall. Selon lui, ils ont «pris les bonnes décisions en fonction des meilleures informations dont ils disposaient sur le moment».

Journée de deuil mondial

Encore sous le choc, plus de 10 000 étudiants et professeurs de Virginia Tech ont rendu hommage aux victimes hier, en présence du président américain, George W. Bush. «Jamais dans l'histoire américaine un campus universitaire n'avait connu un tel jour de violence. Et pour beaucoup d'entre vous, ç'a été le jour le plus dur de votre existence», a déclaré le président. Ceux dont on a pris la vie n'avaient rien fait pour mériter un tel sort. Ils étaient simplement au mauvais endroit au mauvais moment.» Une veille aux chandelles était prévue en soirée.

La journée de deuil a largement dépassé les frontières de l'Amérique. Des messages de condoléances exprimant «horreur» et «solidarité» sont parvenus de toute la planète. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, de nationalité sud-coréenne, a condamné cette tuerie «totalement inacceptable» et s'est dit «très triste et troublé» d'apprendre que son auteur était un compatriote.

Le ministère sud-coréen des Affaires étrangères a tenu une réunion d'urgence, tard cette nuit, afin de mettre en place des mesures de sécurité pour ses ressortissants vivant aux États-Unis, par crainte de représailles. Environ 460 ressortissants sud-coréens étudient notamment à Virginia Tech.

La National Rifle Association (NRA), le principal groupe de pression américain des détenteurs d'armes à feu, a aussi présenté ses condoléances aux familles des victimes, mais elle s'est abstenue de tout commentaire. L'association des Gun Owners of America, un autre lobby pro-armes, était cependant plus en verve.

Selon l'organisme, la tuerie prouve que l'interdiction de porter des armes en vigueur dans certains lieux pose problème. En d'autres mots, tous les Américains devraient avoir le droit de porter une arme pour se défendre. «Il est irresponsable et dangereux de dire à des citoyens qu'ils ne peuvent avoir aucune arme dans les écoles», a dit Larry Pratt, directeur de l'organisation. La fusillade de Virginia Tech «impose l'abrogation immédiate de la loi sur les zones libres de toute arme qui laisse les écoles du pays à la merci des fous», a-t-il insisté.

***

Avec l'AFP, Reuters, CNN et le New York Times
Plus de 10 000 étudiants et professeurs de l’université Virginia Tech étaient réunis hier sur le terrain de football pour rendre hommage aux victimes. L’étudiant sud-coréen Cho Seung-Hui, 23 ans, auteur de la tuerie de lundi en Virginie.
 






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Vos réactions

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  • Françoise Cécilia
    Abonnée
    mercredi 18 avril 2007 05h49
    condoléances
    « Toutes mes condoléances à toutes les familles de ces jeunes gens et aussi à la Nation. »

  • Servanin JP
    Inscrit
    mercredi 18 avril 2007 06h45
    Se défendre avec une arme ??!
    « Je ne pense pas qu'avoir une arme aurait servi à grand chose à ces pauvres gens, pris au dépourvu. Les étudiants ne porteraient pas forcément leur arme sur eux et combien sauraient s'en servir sans faire de dégats collatéraux ?
    Au contraire c'est l'interdiction totale et stricte des armes qui serait à mon avis recommandable, comme en France.
    Avoir une arme sert surtout à se rassurer, mais peut dériver en abus par des personnes non entrainées techniquement et psychologiquement. Dans une situation de stess extrème comme ce fait divers, combien de personnes armées auraient été capables de gérer corectement le problème ? »

  • jacques noel
    Inscrit
    mercredi 18 avril 2007 08h38
    Où est Jane Wong?
    « Hui est arrivé aux États-Unis à l'age de 8 ans et ne s'est jamais intégré à sa société d'accueil?
    Où est Jane Wong? Où est cette folle qui blâmait la Loi 101 pour les massacres de Garbi, Gill et Fabrikant? »

  • Jasette
    Abonné
    mercredi 18 avril 2007 10h24
    Mes plus sincères sympathies aux personnes éprouvées.
    « On ne met pas le feu dans un dortoir et on ne traque pas les femmes dans un campus non plus quand on est normal.

    Ce type faisait des appels inconscients à son besoin d'aide psychologique, mais il aura été mal entendu. C'était une façon bien maladroite d'attirer l'attention, j'en conviens. Son mal être était comme s'il se trouvait dans le fond d'un puits qui le faisait se débattre dans son quotidien pour ne pas se noyer et à partir duquel le langage inconscient et maladroit de ses actes barbares faisaient écho à notre intention.

    Je ne dis pas ceci pour me porter à la défense de ce type devenu vide de l'héritage de son humanité au départ de sa vie; c'est plutôt pour essayer de comprendre.

    C'est bien peu d'offrir simplement mes plus sincères sympathies aux personnes éprouvées face à un événement aussi révoltant. »

  • Marilyne Léveillé
    Inscrite
    mercredi 18 avril 2007 10h31
    Un test psychologique pour la possession d'une arme à feu
    « Le dernier paragraphe de l'article m'a particulièrement choquée. Comment certaines personnes peuvent croire qu'en autorisant le port d'arme à feu, le nombre de victimes d'armes à feu diminuera?

    Allons! Donnons libres accès aux armes à feu à Monsieur-Madame tout le monde et tant qu'à faire, faites-donc une distribution gratuite d'arme dans les asiles! Car oubliez-vous que Monsieur-Madame tout le monde, c'est aussi la voisine hystérique, l'adolescent frustré, le conducteur enragé? Oubliez-vous que Monsieur-Madame sont des êtres affectés par leur entourage donc menacés de dépressions, de troubles mentaux ou même mieux: assoiffés de vengence?

    Comment se fait-il que Cho Seung-Hui est eu accès si facilement à DEUX armes à feu? Et pourtant, c'est un être considéré comme "fou"!

    La question n'est pas de permettre ou non le port d'armes à feu dans les établissements scolaires et publiques, mais plutôt de savoir si la personne à qui on remet l'arme sera capable de l'utiliser correctement.

    S'il fallait passer des tests psychologiques avant de posséder une armes à feu, je crois que le drame de Virgina Tech aurait été pu évité... »

  • Michel Trahan
    Inscrit
    mercredi 18 avril 2007 11h14
    Pourquoi contrôler les objets?
    « Quand nous savons tous que les tueries sont causer par des problèmes de comportement? Est-ce que les gens s'acharnent sur des objets parce qu'ils ont peur d'admettre qu'ils ont échouer dans leur mission d'inculquer notre système de valeur et moralité à leur enfants?

    L'agression et la violence, c'est un problème de société, pas un problème d'objet. »

  • Roland Berger
    Abonné
    mercredi 18 avril 2007 11h14
    On le savait
    « On le savait mais les bonnes gens, occupées qu'elles sont à surfer sur la réussite scolaire, sociale et financière, n'ont pas le temps ni le coeur de s'occuper de ceux et celles qui, socialement exclus, choississent de compléter l'exclusion jusqu'au meurtre et au suicide.
    Vive l'Amérique !
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Moncef Naji
    Abonné
    mercredi 18 avril 2007 11h58
    Rien à voir avec la mal intégration de l'immigrant
    « Il est déplorable de voir toujours les mêmes personnes apauvrir le débat de leur analyses simplistes et xénophobes.

    Cho n'a pas tué parcequ'il a manqué son intégration dans sa société d'accueil. Cho a tué autant car il était asocial, déséquilibré et avait trop facilement accès à des armes à feu.

    Les solutions à ces tragédies sont multiples et vont de l'encadrement psychologique des personnes manifestement en détresse à la prohibition des armes à feu. »

  • Servanin JP
    Inscrit
    mercredi 18 avril 2007 14h07
    Un test psychologique pour l'achat d'armes...
    « Parfaitement d'accord avec la réaction de M. Léveillé.
    En France on ne peut pas acheter si facilement une arme; il y a de nombreuses conditions à remplir.
    Et si on distribuait des armes à tout le monde, le remède serait désastreux. Chaque fois qu'on aurait une contrariété on dégainerait : ce serait le Far-West !
    Combien de fois avons-nous pensé sous l'effet de la colère : "oh celui-là, je le tuerais...!?" mais ce n'est qu'une pensée ! Non vraiment, répandre plus d'armes reviendrait à inciter les gens à se faire justice eux-mêmes etc. »

  • jacques noel
    Inscrit
    mercredi 18 avril 2007 14h20
    @Moncef Naji
    « Alors pourquoi le Globe and Mail, le plus grand quotidien canadian, ne s'excuse pas pour les propos de sa columunnist qui avait blâmé la Loi 101 pour les 3 tueries de Montréal????

    Rappelons que le quotidien avait refusé de s'excuser, et refuse toujours de le faire, même si Harper et Charest l'avaient demandé. Deux premiers ministres qui demandent des excuses et se heurtent à un éditeur qui s'accroche -et s'accroche encore- à la thèse loufoque de sa journaliste c'est du jamais vu dans l'histoire canadienne. »

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