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Retour à l'expéditeur

Guy Taillefer   9 mars 2007  États-Unis
Photo : Agence France-Presse
Intensification radicale de la lutte contre l'immigration illégale aux États-Unis depuis le début de 2006, signalant un durcissement notable de la Maison-Blanche devant cet épineux problème. Des clandestins ont été appréhendés en nombre sans précédent depuis le printemps dernier dans des entreprises qui les embauchaient illégalement pendant qu'à la frontière avec le Mexique, l'augmentation massive de patrouilleurs commence, avancent les autorités, à ralentir le flot des illégaux.

L'écheveau de l'immigration illégale peut-il être démêlé par de stricts moyens policiers? La question hante depuis au moins dix ans la classe politique aux États-Unis, où on évalue aujourd'hui le nombre de clandestins, en majorité des latinos, à 12 millions de personnes.

Le secrétaire américain à la Sécurité intérieure, Michael Chertoff, veut croire que oui. Comparaissant fin février devant le Comité judiciaire du Sénat, il a fait état d'un nombre record d'arrestations d'immigrants (plus de 4300) en 2006, épinglés sur les lieux de leur travail alors qu'ils étaient en situation irrégulière. Une augmentation de 75 % par rapport à l'année précédente... «Mais nous avons été sérieusement handicapés par le manque de moyens», s'est-il plaint.

La comparution de M. Chertoff survenait après une série de rafles spectaculaires. En avril dernier, une compagnie de Houston était accusée d'abriter des illégaux: 1187 clandestins présumés ont été arrêtés. En décembre, un raid mené contre Swift & Co., une entreprise de transformation de viande qui a des succursales dans plusieurs États, a débouché sur l'arrestation de près de 1300 travailleurs en situation illégale.

Le mois dernier, des descentes effectuées dans 17 États dans des restaurants comme Hard Rock Cafe et Planet Hollywood ont donné lieu à l'arrestation de près de 200 clandestins à l'emploi d'une entreprise d'entretien basée en Floride. Trois dirigeants de l'entreprise ont été accusés d'évasion fiscale à hauteur de 18 millions $US — une somme, accuse la poursuite, avec laquelle ils se sont acheté des maisons, des bateaux et des chevaux de course — et d'avoir fourni de faux visas à des équipes d'entretien dans un hôtel du Michigan.

Ces rafles ont, par la bande, mis en exergue le phénomène croissant du vol d'identité, fondé sur l'utilisation frauduleuse de numéros d'assurance sociale. À Phoenix, des policiers en civil ont récemment été estomaqués de la facilité avec laquelle ils ont pu faire l'achat de plus d'un millier de faux documents. Sur la rue, on peut apparemment, pour la somme de 160 $, se procurer un «trio»: permis de conduire, cartes d'assurance sociale et de résident permanent.

Mais les coups de filet ont surtout mis en évidence un important revirement dans la politique du président George W. Bush depuis son arrivée au pouvoir, en 2001. Comme ses prédécesseurs, il aura eu tendance à fermer les yeux sur les entreprises qui confient des emplois à des illégaux, ceux-ci formant une main-d'oeuvre aussi abondante et essentielle que bon marché dans des secteurs de prédilection comme l'agriculture, les services et la construction.

Le poids économique des travailleurs clandestins est double: ils comblent aux États-Unis des emplois dont les Américains de souche ne veulent pas en même temps qu'ils renvoient à leurs familles restées au Mexique et en Amérique centrale une somme évaluée à quelque 20 milliards $US par année.

Le débat ne concerne pas que des États comme la Californie, l'Arizona et le Texas, relevait récemment l'hebdomadaire vermontois Seven Days. Au Vermont, on évalue que 2000 sans-papiers travaillent dans l'industrie laitière de l'État et que leur expulsion porterait un dur coup aux producteurs.

Frontière étanche?

La radicalisation de la Maison-Blanche a beau donner froid dans le dos à certains patrons, inquiets pour leur marge de profit, et semer la peur et la frustration au sein de la communauté hispanique, qui s'est répandue début 2006 en d'immenses manifestations devant le sort réservé depuis toujours aux illégaux qui vont faire tourner l'économie américaine, M. Chertoff était heureux de signaler, le mois dernier devant le Comité du Sénat, que l'ICE (U.S. Immigration and Customs Enforcement) avait battu «un record de tous les temps» en déportant l'année dernière 192 171 illégaux, «y compris 88 217 criminels», soit 13 % de plus que l'année précédente.

Une des principales opérations, baptisée «Retour à l'expéditeur», a été menée en juin dernier: en trois semaines, des agents fédéraux ont déporté plus de 2000 illégaux arrêtés dans 35 États. Parmi eux, disent les autorités, se trouvaient des centaines de membres de gangs.

Début 2006, le Congrès à majorité républicaine s'est déchiré autour d'une énième tentative de réforme de l'immigration, qui jouxtait pour la première fois un processus à long terme de régularisation du statut des travailleurs illégaux à un renforcement des contrôles frontaliers. Mais n'avaient été retenues, dans la version finale de la loi, que les mesures coercitives. Le débat sur l'immigration doit bientôt reprendre au Congrès, où les démocrates, plus enclins à trouver une façon de régulariser la situation des sans-papiers, détiennent maintenant la majorité.

Les organisations de défense des droits de la personne, qui désapprouvent la ligne dure du gouvernement américain, font état d'un autre record, établi en 2005: cette année-là, 473 migrants sont morts de soif ou de froid, voire parfois tués par les passeurs, en tentant de traverser la frontière.

Washington veut croire que la nouvelle addition de 6000 agents américains le long de la frontière (ils sont presque 15 000 à la patrouiller à l'heure actuelle), l'installation de systèmes hi-tech de détection de mouvements et l'ajout de centaines de kilomètres de clôtures vont durablement décourager les gens de passer. L'organisme gouvernemental dit en voir déjà certains signes.

Le nombre de passages illégaux est difficile à mesurer, pour d'évidentes raisons. Mais puisque le nombre de migrants interceptés a chuté de 27 % au cours des quatre derniers mois par rapport à la même période un an plus tôt, Homeland Security en déduit que moins d'illégaux tentent de traverser la frontière.

«Nous avons fait des progrès au chapitre du contrôle frontalier», se félicite M. Chertoff. Encore qu'il se faisait prudent lors d'une récente visite à Mexico: «Il faut aussi s'attendre à ce que les passeurs se tiennent plus tranquilles en attendant de voir si nous allons maintenir la pression.»

Mise en garde normale: traditionnellement, la fermeture d'un point de passage pousse les immigrants illégaux à emprunter de nouveaux itinéraires, plus dangereux. On ne peut pas non plus exclure que l'hiver relativement froid dans la région ralentisse provisoirement le nombre de passages.

Certains parmi les autorités policières et judiciaires américaines, notait The New York Times dans un reportage signé, fin février, depuis San Luis Río Colorado, dans le nord du Mexique, n'en commencent pas moins à penser qu'il n'est peut-être pas aussi impossible qu'on le dit de bloquer la frontière et d'endiguer l'immigration illégale.

Ainsi, le gouvernement fédéral a commencé à punir de prison les migrants dès la première fois qu'ils entrent illégalement aux États-Unis. Dans le cas des Mexicains, la règle consistait généralement à les ramener à la frontière et à les libérer. Le changement aurait eu un effet dissuasif immédiat






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  • jacques noel
    Inscrit
    vendredi 9 mars 2007 06h57
    LE QUÉBEC COMPTE PLUS D'IMMIGRANTS (12%) QUE LES USA (11,7%)
    « C'est l'un des secrets les mieux gardés au Québec.
    Les immigrants font maintenant 12% de la population québécoise, plus que les Etats-Unis d'Amérique qui sont à 11,7%! C'est plus que dans 38 États américains. Le Michigan et l'Utah n'ont que 6% d'immigrants, le New Hampshire et le Wisconsin en ont 5%, la Pennsylvanie et l'Oklahoma 4% , l'Ohio, l'Indiana, le Vermont et le Maine 3%, le Wyoming 2%

    http://www.gcir.org/about_immigration/usmap.htm

    http://www.census.gov/prod/2004pubs/p20-551.pdf



    En 2004, les USA ont accueilli 373,972 immigrants légaux. Avec une population 40 fois moindre le Québec en accueilli 46,000. Per capita, c'est 5 fois plus que LE pays du melting pot.

    Le taux de chômage est de 5% aux USA (le plein emploi) alors qu'il est toujours jammé ici à 8,2%.

    http://www.migrationpolicy.org/pubs/FS13_immigration_US_2006.pdf

    Pourquoi le Québec qui n'a aucun problème démographique (150 naissances pour 100 décès en 2006) , qui compte une population jeune (à peine 14% de personnes âgées contre 20% au Japon) et un taux de chomage élevé, accueille-t-il 5 fois plus d'immigrants per capita qu'aux USA??? »

  • Gaétane Gascon
    Abonnée
    vendredi 9 mars 2007 09h42
    Le Ruanda
    « Il importe de sortir la question ruandaise de la politique partisane. La situation de ce pays est trop complexe pour être traitée à la légère. La "une" de La Presse en tant d'élection n'apporte aucune nouvelle perspective sur ce sujet et paraît davantage comme un moyen de servir une position partisane. De grâce, respecter les citoyens de l'Afrique et n'utilisez pas le drame comme celui du Ruanda pour des résultats à court terme. »

  • Christian Tallon
    Inscrit
    vendredi 9 mars 2007 14h02
    Les clandestins, phénomène planétaire
    « Qu'est-ce que "jammé" veut dire en québécois :-)

    J'ai été très intéressé par la concordance entre ce qui se passe en Amérique du Nord et En Europe. Deux blocs riches mais à taux de chômage assez élevés n'arrivent pas vraiment à contenir la pression de la misère de gens qui rèvent d'un avenir meilleur.

    On retrouve un peu les thèses de Toynbee sur les prolétariats intérieur et extérieur cause selon lui de la ruine finale des civilisations.

    En ce qui concerne l'Empire romain, ces murs étaient tellement gigantesques qu'on les retrouve en Ecosse et à la frontière entre la Roumanie et la Moldavie. La grande muraille de Chine est du même style.

    L'Histoire n'est pas la même mais les murs n'ont qu'exceptionnellement empêché la marée humaine affamée de déferler. Seul un plan Marshal mondial très généreux pour les pays du Sud financé par les pays du Nord en échange de la police faite par les pays de départ pourraît arrêter à mon avis de nombreux départs. Le gros baton tout seul a peu de chances de marcher. Il faut une très grosse carotte aussi. »

  • Barthélémy Ludwikowski
    Abonné
    vendredi 9 mars 2007 14h46
    Encore le vieil adage d'extrême-droite : chômage = immigration. En rép. à J. Noel
    « Encore le vieil adage d'extrême-droite : chômage = immigration. Comme si les licenciements massifs et les délocalisations étaient la faute des immigrants.

    par Tomasz Panasewicz »

  • jacques noel
    Inscrit
    vendredi 9 mars 2007 15h41
    725,000 sans-emplois au Québec pour 70,000 jobs. Rép à Ludwikowski
    « On fait venir des immigrants pour occuper les postes que les employeurs ne peuvent combler sur le marché interne. Le Québec compte 350,000 chômeurs dont 70,000 immigrants, et 375,000 assistés sociaux, dont 70,000 immigrants, pour à peine 70,000 emplois disponibles. Il est où le problème?

    En novembre 2006, les listes de prestataires de l'assistance-emploi comptaient 70 430 " adultes nés à l'extérieur du Canada " soit 18,9% de tous les BS. Une aberration lorsqu'on sait, qu'en théorie du moins, les immigrants constituent une population choisie, triée sur le volet, donc sans déficients, pauvres, drogués, délinquants, handicapés et poqués de la vie, comme dans la population normale. Hors justement, plus de 40% des nouveaux arrivants ne sont pas sélectionnés, d'où l'échec du système.

    En novembre 2006, il avait plus d'immigrants sur le Bs (70 430) qu'il y a d'assistés sociaux dans tout l'Outaouais (15 804), l'Abitibi-Témiscamingue (7403) , l'Estrie (15 611) , le Saguenay-Lac-St-Jean (14,448) , la Cote-Nord (3725) , le Bas-St-Laurent (10 882) , la Gaspésie et les Iles-de-la-Madeleine (7066) et le Nord du Québec (1237) RÉUNIS!!!!!!

    http://www.mess.gouv.qc.ca/statistiques/prestataires-assistance-emploi/clienteles.asp »

  • Roland Berger
    Abonné
    vendredi 9 mars 2007 17h04
    Plus besoin de « cheap labor »
    « L'administration républicaine répond aux doléances des riches qu'ils l'ont placée au pouvoir. Ces derniers ont de moins en moins besoin de « cheap labor ». Fermons donc la frontière. On la réouvrira au besoin.
    Roland Berger
    London, Ontario »

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