De l'optimisme à la réalité
Photo : Agence France-Presse
Plus de 21 000 soldats américains iront appuyer les 130 000 militaires actuellement déployés en Irak au cours des prochains mois.
Washington — Le Pentagone prévoyait en 2002 qu'il n'y aurait plus que 5000 soldats américains en Irak en décembre 2006, un chiffre bien inférieur aux 130 000 soldats actuellement déployés dans ce pays, selon des documents rendus publics cette semaine par un institut de recherche.
Ce chiffre apparaît dans un tableau préparé en août 2002 sous l'autorité du général Tommy Franks, alors chef du Commandement central (Centcom), dans le cadre des plans de guerre contre l'Irak. Ce tableau faisait partie d'une présentation destinée au secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld et au président George W. Bush, précisent les Archives de la sécurité nationale, un institut de recherche de l'université George Washington, à Washington.
L'armée américaine estimait il y a quatre ans que l'essentiel des soldats américains serait hors d'Irak dans les 32 à 45 mois suivant l'invasion du pays, ce qui veut dire au plus tard décembre 2006, d'après ces documents, obtenus grâce à la loi sur la liberté d'information et publiés sur le site Internet de l'institut. «Des suppositions complètement irréalistes sur l'Irak post-Saddam imprègnent ces plans de guerre, estime le directeur de l'institut de recherche, Thomas Blanton. D'abord, ils supposaient qu'un gouvernement provisoire serait en place au jour J, et que les Irakiens resteraient dans leurs garnisons et seraient des partenaires fiables, et finalement que la phase post-conflit serait une question de "mois" seulement», ajoute-t-il.
Loin de l'optimisme affiché par le Pentagone en 2002, les effectifs militaires américains en Irak, au lieu de diminuer dans les mois à venir, vont augmenter après la décision en janvier par le président George W. Bush d'envoyer 21 500 soldats supplémentaires.
L'opération Ordre et Loi, visant à pacifier Bagdad, semblait s'intensifier dans la capitale irakienne régulièrement survolée par des avions de chasse hier, les habitants désertant les rues où les ratissages se multipliaient.
Soldats américains et forces de sécurité irakiennes «ont accru le tempo de leurs opérations dans plusieurs secteurs de la capitale aujourd'hui, a annoncé l'armée américaine. Des fouilles et des opérations de ratissage ont été menées en de multiples endroits», a précisé l'armée, en annonçant avoir arrêté 14 suspects. Elles n'ont pas généré d'affrontements, selon une source militaire irakienne. La ville a également été survolée à basse altitude par des avions de chasse et au moins un bombardier.
Ces manoeuvres s'inscrivent dans le cadre de l'opération Ordre et Loi, nom donné par les Américains au nouveau plan destiné à juguler les violences meurtrières à Bagdad. Ce plan accorde des pouvoirs étendus à la police et l'armée irakiennes et prévoit d'ici mai le déploiement de 85 000 hommes — 50 000 policiers et soldats irakiens, 35 000 soldats américains — dans la ville.
Le président irakien, Jalal Talabani, a annoncé hier soir que plusieurs hauts responsables de la milice du chef radical chiite Moqtada al-Sadr avaient reçu de leur hiérarchie l'ordre de s'exiler pour faciliter le plan de sécurité, qui a pris de l'ampleur dans la journée à Bagdad. «Beaucoup de hauts responsables de l'Armée du Mahdi ont reçu l'ordre de quitter l'Irak pour faciliter l'application du plan de sécurité, selon un communiqué de la présidence. Moqtada al-Sadr tient à stabiliser la situation et à assister à la réussite du plan de sécurité en Irak», a ajouté M. Talabani.
Dans le vaste quartier de Sadr City, à l'est du fleuve Tigre, où vivent quelque deux millions de personnes, les commandos du ministère de l'Intérieur se sont déployés pour sécuriser le site d'un attentat à la voiture piégée.
«Avant, la milice sécurisait le marché et régulait le trafic, mais elle n'est plus là», a affirmé un habitant du quartier, sous couvert de l'anonymat, ajoutant que les habitants s'en plaignaient. «Depuis environ cinq jours, les miliciens sont présents, mais ils ne sont pas actifs. Ils ne veulent pas être considérés comme des hors-la-loi», a poursuivi ce chauffeur, âgé de 22 ans.
Dès mardi, des médias américains ont fait état de son départ pour l'Iran, laissant entendre qu'il s'y était réfugié par crainte pour sa personne. Un conseiller du premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, a confirmé hier ce déplacement, tout en le qualifiant de court séjour.
La milice, qui compte entre 10 000 et 60 000 combattants selon les estimations, a subi des pressions croissantes, avec notamment l'arrestation d'environ 600 de ses membres depuis le mois de décembre.
Le courant politique de Moqtada al-Sadr, qui compte 32 députés sur 275 et six portefeuilles sur 37 au gouvernement, a semblé pour sa part adopter en janvier une position conciliatrice en annonçant coup sur coup la fin de deux mois de boycottage du Parlement, sa réintégration dans le gouvernement et son appui au nouveau plan de sécurité.
Les violences
Les violences ont fait hier de nouvelles victimes: au moins quatre personnes ont été tuées et 20 blessées par l'explosion de deux voitures piégées à Doura (ouest), un quartier majoritairement sunnite, et une autre voiture piégée a tué au moins sept personnes dans Sadr City, le grand quartier populaire chiite situé à l'est du Tigre. Selon une source de sécurité, seulement cinq corps non identifiés ont été retrouvés la veille. Les «escadrons de la mort» qui sèment la terreur dans la ville une fois la nuit tombée ont peut-être adopté un profil bas face au déploiement des forces, a avancé cette source.
Craignant un déplacement de la violence, les autorités de Bassora (550 km au sud de Bagdad) ont intensifié les contrôles des accès de la ville, a indiqué le chef de la police locale, Mohammed al-Moussawi.
Près de 2000 soldats de l'armée britannique, déployée dans cette région, et 1200 soldats irakiens ont bouclé la ville portuaire et fermé un point de passage avec l'Iran.
Pour sa part, le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a assuré hier que Washington ne cherchait pas de prétexte pour lancer une guerre contre l'Iran en accusant Téhéran d'ingérence en Irak. «Nous ne cherchons pas un prétexte pour partir en guerre contre l'Iran. Nous ne préparons pas une guerre contre l'Iran, a déclaré M. Gates. Ce que nous essayons de faire est, à l'intérieur de l'Irak, de casser les réseaux qui mettent ces armes entre les mains de ceux qui tuent nos troupes.»
Ce chiffre apparaît dans un tableau préparé en août 2002 sous l'autorité du général Tommy Franks, alors chef du Commandement central (Centcom), dans le cadre des plans de guerre contre l'Irak. Ce tableau faisait partie d'une présentation destinée au secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld et au président George W. Bush, précisent les Archives de la sécurité nationale, un institut de recherche de l'université George Washington, à Washington.
L'armée américaine estimait il y a quatre ans que l'essentiel des soldats américains serait hors d'Irak dans les 32 à 45 mois suivant l'invasion du pays, ce qui veut dire au plus tard décembre 2006, d'après ces documents, obtenus grâce à la loi sur la liberté d'information et publiés sur le site Internet de l'institut. «Des suppositions complètement irréalistes sur l'Irak post-Saddam imprègnent ces plans de guerre, estime le directeur de l'institut de recherche, Thomas Blanton. D'abord, ils supposaient qu'un gouvernement provisoire serait en place au jour J, et que les Irakiens resteraient dans leurs garnisons et seraient des partenaires fiables, et finalement que la phase post-conflit serait une question de "mois" seulement», ajoute-t-il.
Loin de l'optimisme affiché par le Pentagone en 2002, les effectifs militaires américains en Irak, au lieu de diminuer dans les mois à venir, vont augmenter après la décision en janvier par le président George W. Bush d'envoyer 21 500 soldats supplémentaires.
L'opération Ordre et Loi, visant à pacifier Bagdad, semblait s'intensifier dans la capitale irakienne régulièrement survolée par des avions de chasse hier, les habitants désertant les rues où les ratissages se multipliaient.
Soldats américains et forces de sécurité irakiennes «ont accru le tempo de leurs opérations dans plusieurs secteurs de la capitale aujourd'hui, a annoncé l'armée américaine. Des fouilles et des opérations de ratissage ont été menées en de multiples endroits», a précisé l'armée, en annonçant avoir arrêté 14 suspects. Elles n'ont pas généré d'affrontements, selon une source militaire irakienne. La ville a également été survolée à basse altitude par des avions de chasse et au moins un bombardier.
Ces manoeuvres s'inscrivent dans le cadre de l'opération Ordre et Loi, nom donné par les Américains au nouveau plan destiné à juguler les violences meurtrières à Bagdad. Ce plan accorde des pouvoirs étendus à la police et l'armée irakiennes et prévoit d'ici mai le déploiement de 85 000 hommes — 50 000 policiers et soldats irakiens, 35 000 soldats américains — dans la ville.
Le président irakien, Jalal Talabani, a annoncé hier soir que plusieurs hauts responsables de la milice du chef radical chiite Moqtada al-Sadr avaient reçu de leur hiérarchie l'ordre de s'exiler pour faciliter le plan de sécurité, qui a pris de l'ampleur dans la journée à Bagdad. «Beaucoup de hauts responsables de l'Armée du Mahdi ont reçu l'ordre de quitter l'Irak pour faciliter l'application du plan de sécurité, selon un communiqué de la présidence. Moqtada al-Sadr tient à stabiliser la situation et à assister à la réussite du plan de sécurité en Irak», a ajouté M. Talabani.
Dans le vaste quartier de Sadr City, à l'est du fleuve Tigre, où vivent quelque deux millions de personnes, les commandos du ministère de l'Intérieur se sont déployés pour sécuriser le site d'un attentat à la voiture piégée.
«Avant, la milice sécurisait le marché et régulait le trafic, mais elle n'est plus là», a affirmé un habitant du quartier, sous couvert de l'anonymat, ajoutant que les habitants s'en plaignaient. «Depuis environ cinq jours, les miliciens sont présents, mais ils ne sont pas actifs. Ils ne veulent pas être considérés comme des hors-la-loi», a poursuivi ce chauffeur, âgé de 22 ans.
Dès mardi, des médias américains ont fait état de son départ pour l'Iran, laissant entendre qu'il s'y était réfugié par crainte pour sa personne. Un conseiller du premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, a confirmé hier ce déplacement, tout en le qualifiant de court séjour.
La milice, qui compte entre 10 000 et 60 000 combattants selon les estimations, a subi des pressions croissantes, avec notamment l'arrestation d'environ 600 de ses membres depuis le mois de décembre.
Le courant politique de Moqtada al-Sadr, qui compte 32 députés sur 275 et six portefeuilles sur 37 au gouvernement, a semblé pour sa part adopter en janvier une position conciliatrice en annonçant coup sur coup la fin de deux mois de boycottage du Parlement, sa réintégration dans le gouvernement et son appui au nouveau plan de sécurité.
Les violences
Les violences ont fait hier de nouvelles victimes: au moins quatre personnes ont été tuées et 20 blessées par l'explosion de deux voitures piégées à Doura (ouest), un quartier majoritairement sunnite, et une autre voiture piégée a tué au moins sept personnes dans Sadr City, le grand quartier populaire chiite situé à l'est du Tigre. Selon une source de sécurité, seulement cinq corps non identifiés ont été retrouvés la veille. Les «escadrons de la mort» qui sèment la terreur dans la ville une fois la nuit tombée ont peut-être adopté un profil bas face au déploiement des forces, a avancé cette source.
Craignant un déplacement de la violence, les autorités de Bassora (550 km au sud de Bagdad) ont intensifié les contrôles des accès de la ville, a indiqué le chef de la police locale, Mohammed al-Moussawi.
Près de 2000 soldats de l'armée britannique, déployée dans cette région, et 1200 soldats irakiens ont bouclé la ville portuaire et fermé un point de passage avec l'Iran.
Pour sa part, le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a assuré hier que Washington ne cherchait pas de prétexte pour lancer une guerre contre l'Iran en accusant Téhéran d'ingérence en Irak. «Nous ne cherchons pas un prétexte pour partir en guerre contre l'Iran. Nous ne préparons pas une guerre contre l'Iran, a déclaré M. Gates. Ce que nous essayons de faire est, à l'intérieur de l'Irak, de casser les réseaux qui mettent ces armes entre les mains de ceux qui tuent nos troupes.»
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