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    Budget américain: 715 milliards pour l'armée

    6 février 2007 | Le Devoir | États-Unis
    Le président George Bush tenait un exemplaire du projet de budget pour l’année 2008 au cours d’une rencontre avec les membres de son cabinet, hier. Le projet comprend des dépenses de 2900 milliards, dont près du quart sera alloué à la défense.
    Photo : Agence Reuters Le président George Bush tenait un exemplaire du projet de budget pour l’année 2008 au cours d’une rencontre avec les membres de son cabinet, hier. Le projet comprend des dépenses de 2900 milliards, dont près du quart sera alloué à la défense.
    Le nouveau projet de budget rendu public hier par le président américain George W. Bush fait la part belle aux militaires, puisqu'il propose de débloquer 715 milliards de dollars pour l'armée américaine d'ici à la fin 2008, avec une rallonge pour la guerre en Irak et en Afghanistan. Le tout se ferait aux dépens des programmes de santé et d'éducation. Le gouvernement fixe du même coup pour objectif de ramener les comptes à l'équilibre à l'horizon 2012, en limitant de façon draconienne la progression des dépenses hors défense.

    Ce budget, qui se chiffre en tout à 2900 milliards de dollars, risque cependant de se heurter à l'opposition de certains parlementaires démocrates, déjà inquiets de la facture des opérations militaires à l'étranger. Avec les demandes présentées hier, la «guerre contre le terrorisme» aura en effet coûté quelque 661,9 milliards aux États-Unis, selon la Maison-Blanche. Une facture qui risque fort de s'alourdir. «Au fur et à mesure que l'activité sur le terrain évolue, le gouvernement pourrait ajuster les montants demandés», au moyen de collectifs budgétaires, souligne le document dévoilé hier.

    Malgré les critiques, le président américain garde le cap en présentant un projet de budget largement axé sur «la guerre contre le terrorisme», pour laquelle il a demandé 235 milliards de dollars au total pour les deux années à venir. En incluant le budget des activités diplomatiques, l'enveloppe pour l'Irak et l'Afghanistan passerait à 245 milliards de dollars. «En tant que chef des armées, ma plus haute priorité est la sécurité du pays. Mon budget consacre des ressources importantes à la guerre contre le terrorisme et assure la protection de notre pays contre ceux qui voudraient nous faire du mal», a justifié M. Bush dans le document de présentation du budget.

    Le président américain a par ailleurs réfuté hier que la diminution des dépenses pour la guerre en Irak inscrites dans ses propositions et ses projections budgétaires jusqu'en 2009 et au-delà révèle l'existence d'un calendrier de retrait. «On ne fixera pas de calendrier. Parce que nous ne voulons pas adresser de signal brouillé à l'ennemi, à une démocratie qui se bat ou à nos soldats», a assuré M. Bush à l'issue d'une réunion de son cabinet sur le projet de budget présenté le même jour.

    Le projet de budget pour l'année fiscale 2008 (1er octobre 2007-30 septembre 2008) prévoit aussi une hausse de 10,7 % du budget courant du Pentagone, à 481 milliards de dollars. Cette enveloppe financera en partie l'augmentation permanente des effectifs de l'armée américaine proposée fin 2006 par le président Bush. Car, au-delà de l'urgence de l'Irak, la Maison-Blanche a en effet inscrit au budget du Pentagone le financement de l'augmentation de la taille de l'armée, avec 92 000 soldats de plus pour l'armée de terre et le corps des marines au cours des cinq prochaines années. Les effectifs de l'armée de terre seront ainsi portés à 547 400 militaires en 2012 et ceux des marines à 202 000 en 2011.

    Le budget du Pentagone finance aussi une augmentation des effectifs des forces spéciales jugées nécessaires dans les opérations de lutte contre le terrorisme. Quelque 3000 agents supplémentaires sont prévus pour 2008 et plus de 10 000 au cours des cinq prochaines années. «Nous sommes en guerre, et notre priorité est de nous assurer que nos troupes ont les ressources nécessaires», souligne le document.

    Dans le cadre des menaces stratégiques, le développement d'un bouclier antimissiles reste une priorité, et le budget présenté par la Maison-Blanche prévoit 8,9 milliards de dollars pour poursuivre le développement de ce système, pour l'instant limité, destiné à protéger le territoire américain. Des missiles supplémentaires doivent également être déployés en 2008 en Alaska pour faire face à la menace nord-coréenne. Quelque 310 millions de dollars sont aussi prévus pour le déploiement d'un bouclier antimissile en Europe, où Washington veut déployer 10 intercepteurs de missiles en Pologne et un radar en République tchèque pour parer à une éventuelle attaque de la Corée du Nord ou de l'Iran.

    Réduire le déficit

    Le gouvernement fixe en outre pour objectif de ramener les comptes à l'équilibre à l'horizon 2012, en limitant considérablement la progression des dépenses — hors défense — et en étalant dans le temps la baisse très décriée des impôts, lancée par le gouvernement Bush. Dès l'année fiscale 2007, le déficit serait ramené à 244 milliards (contre 248 milliards l'année précédente), avant de tomber à 239 milliards en 2008. Pour parvenir à ce résultat, M. Bush compte maintenir la progression des dépenses non obligatoires, c'est-à-dire liées à la défense, sous la barre de 1 %. «Cela demande des choix difficiles», souligne la Maison-Blanche, qui opère des compressions claires dans les programmes jugés inefficaces.

    Le budget prévoit entre autres choses de réaliser des économies dans les dépenses des caisses d'assurance publiques de santé et de retraite (Medicare, Medicaid, Social Security). Bush compte ainsi économiser 66 milliards de dollars en cinq ans sur le programme Medicare, l'assurance santé des personnes âgées, et 12 milliards de dollars sur Medicaid, destiné aux Américains les plus démunis. «Ma recette pour équilibrer le budget reflète les priorités de notre pays à ce moment de son histoire, à savoir protéger le territoire et lutter contre le terrorisme, préserver la vigueur de l'économie avec des impôts faibles et des dépenses toujours maîtrisées», a toutefois déclaré George W. Bush hier, par voie de communiqué.

    Frictions avec les démocrates

    Ces mesures risquent cependant de se heurter à l'opposition des démocrates, qui ont repris le contrôle du Congrès et promettent de ferrailler durement sur le vote du budget. «Le budget du président est plein de dettes et de subterfuges, déconnecté de la réalité, et il continue d'entraîner l'Amérique dans la mauvaise direction», a déclaré le président de la commission budgétaire du Sénat, Kent Conrad, élu démocrate du Dakota du nord. Cette administration a le pire bilan budgétaire de l'histoire, et ce budget ne change aucunement la donne.»

    À titre d'exemple, si l'on exclut le coût des opérations militaires extérieures, le budget de la défense, selon le projet Bush, sera supérieur de 62 % à ce qu'il était en 2001. Les nouvelles demandes promettent ainsi d'alimenter les frictions entre le président républicain et les démocrates. Ces derniers dénoncent sans relâche la politique en Irak et sont déjà majoritairement opposés au projet de M. Bush d'envoyer 21 500 hommes supplémentaires sur le terrain.

    «Nous sommes en train d'appliquer ce plan. Nous aimerions le faire le plus vite possible», a toutefois dit M. Bush hier, à l'occasion d'une réunion de son cabinet sur le projet de budget pour 2008, axé sur la guerre en Irak. «Le succès de ce plan dépendra de la capacité et de la volonté des Irakiens de faire le travail difficile, et nous entendons les aider à faire ce travail», a-t-il ajouté. Le fameux plan est attendu avec impatience par les autorités irakiennes. «Le fait que des responsables du gouvernement disent à présent qu'il est temps d'appliquer ce plan est un bon signe», a d'ailleurs déclaré le président américain.

    La publication du projet de budget donne donc le coup d'envoi de plusieurs semaines d'auditions à Capitol Hill, où les parlementaires vont tenter à leur tour de produire leur propre projet budgétaire d'ici au printemps. «Le président [Bush] joue un jeu politique cynique», s'est insurgée Karen Davenport, du Center for American Progress. «S'il veut des négociations franches avec le Congrès, il ne devrait pas commencer par menacer la couverture santé des familles les plus vulnérables», a-t-elle ajouté.

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    Avec l'AFP, Le Monde et Reuters
     
     
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