Le plan énergétique de George Bush: une illusion?
Mardi soir dernier, George W. Bush, le président des États-Unis, a accaparé la plupart des grands réseaux de télévision américains pour présenter son allocation annuelle sur l'état de l'Union. Un discours portant essentiellement sur trois volets: l'éducation, la santé et, non le moindre, l'énergie.
«Les Américains doivent mettre fin à leur dépendance du pétrole venant de l'OPEP», a-t-il constaté. Pour ce faire, il propose de tout mettre en oeuvre pour réduire, d'ici dix ans, de 20 % la consommation d'essence actuellement projetée des Américains.
Pour y arriver, il entend imposer des paramètres plus sévères de consommation d'essence des véhicules selon leur poids. Et, surtout, il compte sur l'éthanol comme élixir pouvant sevrer les Américains en matière d'énergie. L'élixir qui, mélangé à l'essence, permettra aux Américains de réduire de 20 % leur demande projetée de barils de pétrole devant servir à la production d'essence. Actuellement, il se produit près de sept milliards de gallons d'éthanol par année aux États-Unis. Pour atteindre l'objectif d'une réduction de 20 % de la consommation future de l'essence, la production d'éthanol devra atteindre 30 milliards de gallons par année en 2017.
Toujours dans le but de mettre fin à l'addiction des Américains pour le pétrole du Moyen-Orient, M. Bush a également proposé de doubler les réserves énergétiques stratégiques de pétrole.
Voilà dans les grandes lignes le plan énergétique de M. Bush. Mais qu'en est-il de l'efficacité et du réalisme de ce plan?
On peut en effet se poser la question. Le lendemain de son discours, le prix de l'or noir a en effet grimpé jusqu'à 55 $US le baril, lui qui oscillait autour de 50 $US une semaine plus tôt.
Pourquoi? D'abord, il est assez paradoxal qu'un président qui cherche à réduire la dépendance des Américains au pétrole de l'OPEP, propose d'emblée de doubler les réserves stratégiques de pétrole. Juste la demande accrue de barils que cela implique est susceptible de pousser les prix du brut à la hausse et non à la baisse.
Ensuite, l'éthanol sur lequel mise le président dans son plan énergétique est loin d'être l'élixir miracle capable de régler les problèmes de dépendance énergétique des Américains. Imaginez! Pour produire 30 milliards de gallons d'éthanol par année, il faudrait y consacrer la totalité de la récolte actuelle de maïs aux États-Unis, ce qui est impensable.
De plus, produire de l'éthanol requiert de l'énergie. En matière d'unités énergétiques, certaines études concluent qu'il faut l'équivalent d'une unité d'énergie thermique provenant de la combustion de gaz, de charbon ou de pétrole pour produire près de 1,3 unité thermique d'éthanol. Autrement dit, il faut presque autant de barils de pétrole équivalents pour produire de l'essence ou de l'éthanol.
De surcroît, l'autonomie d'une automobile est moindre avec l'éthanol qu'avec l'essence.
Comme effet secondaire néfaste non négligeable, la production d'éthanol fait déjà grimper le prix du maïs, une denrée de base dans notre chaîne alimentaire.
Le plan Bush compte aussi sur l'apport accru de pétrole provenant de nos sables bitumineux (il espère que l'on pourra quintupler la production de pétrole de nos sables) et de l'Alaska pour réduire la dépendance de son pays au pétrole de l'OPEP.
Encore là, les sables bitumineux ne sont pas une solution miracle. Extirper le pétrole lourd de ces sables requiert beaucoup d'énergie et d'eau. À tel point qu'il faut brûler l'équivalent d'un baril de pétrole pour en produire deux. Autrement dit, il nous faudrait brûler 85 milliards de nos réserves actuelles de pétrole léger (donc de pétrole de qualité) pour extirper les 175 milliards de barils de pétrole composant les réserves estimées de nos sables bitumineux.
Ayant poussé la semaine dernière le prix du pétrole à la hausse, le plan Bush, concluent les investisseurs, comporte une grande part d'illusions. Des solutions magiques pour réduire notre consommation de pétrole, il n'y en a pas. Hormis opter pour de plus petits véhicules et les transports en commun, toutes les autres avenues considérées, dont celles de M. Bush, ne sont guère prometteuses.
Même le véhicule hybride tant encensé par les médias s'avère une solution boiteuse. Un professeur de l'université d'Ottawa démontrait récemment que le rendement énergétique d'une voiture hybride par kilomètre parcouru durant sa vie utile n'était pas meilleur que celui d'un Hummer. La raison: un véhicule hybride requiert beaucoup plus d'unités énergétiques lors de sa construction et destruction qu'un véhicule traditionnel.
Voilà autant de facteurs qui font que le plan énergétique de Bush n'inquiète vraisemblablement pas les producteurs de pétrole. En fait, la plan Bush fait surtout le bonheur des agriculteurs (ces derniers recevront encore plus de subsides) et des grandes sociétés qui produiront l'éthanol au détriment des consommateurs pour qui la note sera particulièrement salée à tous égards.
***
cchiasson@proplacement.qc.ca
Classe Internet: www.proplacement.qc.ca
«Les Américains doivent mettre fin à leur dépendance du pétrole venant de l'OPEP», a-t-il constaté. Pour ce faire, il propose de tout mettre en oeuvre pour réduire, d'ici dix ans, de 20 % la consommation d'essence actuellement projetée des Américains.
Pour y arriver, il entend imposer des paramètres plus sévères de consommation d'essence des véhicules selon leur poids. Et, surtout, il compte sur l'éthanol comme élixir pouvant sevrer les Américains en matière d'énergie. L'élixir qui, mélangé à l'essence, permettra aux Américains de réduire de 20 % leur demande projetée de barils de pétrole devant servir à la production d'essence. Actuellement, il se produit près de sept milliards de gallons d'éthanol par année aux États-Unis. Pour atteindre l'objectif d'une réduction de 20 % de la consommation future de l'essence, la production d'éthanol devra atteindre 30 milliards de gallons par année en 2017.
Toujours dans le but de mettre fin à l'addiction des Américains pour le pétrole du Moyen-Orient, M. Bush a également proposé de doubler les réserves énergétiques stratégiques de pétrole.
Voilà dans les grandes lignes le plan énergétique de M. Bush. Mais qu'en est-il de l'efficacité et du réalisme de ce plan?
On peut en effet se poser la question. Le lendemain de son discours, le prix de l'or noir a en effet grimpé jusqu'à 55 $US le baril, lui qui oscillait autour de 50 $US une semaine plus tôt.
Pourquoi? D'abord, il est assez paradoxal qu'un président qui cherche à réduire la dépendance des Américains au pétrole de l'OPEP, propose d'emblée de doubler les réserves stratégiques de pétrole. Juste la demande accrue de barils que cela implique est susceptible de pousser les prix du brut à la hausse et non à la baisse.
Ensuite, l'éthanol sur lequel mise le président dans son plan énergétique est loin d'être l'élixir miracle capable de régler les problèmes de dépendance énergétique des Américains. Imaginez! Pour produire 30 milliards de gallons d'éthanol par année, il faudrait y consacrer la totalité de la récolte actuelle de maïs aux États-Unis, ce qui est impensable.
De plus, produire de l'éthanol requiert de l'énergie. En matière d'unités énergétiques, certaines études concluent qu'il faut l'équivalent d'une unité d'énergie thermique provenant de la combustion de gaz, de charbon ou de pétrole pour produire près de 1,3 unité thermique d'éthanol. Autrement dit, il faut presque autant de barils de pétrole équivalents pour produire de l'essence ou de l'éthanol.
De surcroît, l'autonomie d'une automobile est moindre avec l'éthanol qu'avec l'essence.
Comme effet secondaire néfaste non négligeable, la production d'éthanol fait déjà grimper le prix du maïs, une denrée de base dans notre chaîne alimentaire.
Le plan Bush compte aussi sur l'apport accru de pétrole provenant de nos sables bitumineux (il espère que l'on pourra quintupler la production de pétrole de nos sables) et de l'Alaska pour réduire la dépendance de son pays au pétrole de l'OPEP.
Encore là, les sables bitumineux ne sont pas une solution miracle. Extirper le pétrole lourd de ces sables requiert beaucoup d'énergie et d'eau. À tel point qu'il faut brûler l'équivalent d'un baril de pétrole pour en produire deux. Autrement dit, il nous faudrait brûler 85 milliards de nos réserves actuelles de pétrole léger (donc de pétrole de qualité) pour extirper les 175 milliards de barils de pétrole composant les réserves estimées de nos sables bitumineux.
Ayant poussé la semaine dernière le prix du pétrole à la hausse, le plan Bush, concluent les investisseurs, comporte une grande part d'illusions. Des solutions magiques pour réduire notre consommation de pétrole, il n'y en a pas. Hormis opter pour de plus petits véhicules et les transports en commun, toutes les autres avenues considérées, dont celles de M. Bush, ne sont guère prometteuses.
Même le véhicule hybride tant encensé par les médias s'avère une solution boiteuse. Un professeur de l'université d'Ottawa démontrait récemment que le rendement énergétique d'une voiture hybride par kilomètre parcouru durant sa vie utile n'était pas meilleur que celui d'un Hummer. La raison: un véhicule hybride requiert beaucoup plus d'unités énergétiques lors de sa construction et destruction qu'un véhicule traditionnel.
Voilà autant de facteurs qui font que le plan énergétique de Bush n'inquiète vraisemblablement pas les producteurs de pétrole. En fait, la plan Bush fait surtout le bonheur des agriculteurs (ces derniers recevront encore plus de subsides) et des grandes sociétés qui produiront l'éthanol au détriment des consommateurs pour qui la note sera particulièrement salée à tous égards.
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