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Bush et l'environnement - Mélange d'intérêt et de scepticisme chez les écolos

Louis-Gilles Francoeur   25 janvier 2007  États-Unis
Les grands groupes écologistes états-uniens et d'ici ont accueilli avec autant d'intérêt que de scepticisme les objectifs de réduction de la consommation de pétrole formulés mardi soir par le président George W. Bush dans son discours sur l'état de l'Union.

Le président Bush a proposé de réduire de 20 % en dix ans l'utilisation des combustibles fossiles dans le domaine des transports, un objectif qui exigera une refonte des objectifs de consommation du parc automobile et la multiplication par cinq des objectifs du programme états-unien de production de biocarburants, la haussant à 35 milliards de gallons par année en 2017 (un gallon américain équivaut à près de quatre litres). Enfin, pour apaiser les critiques sur son inaction dans le dossier des changements climatiques, le président Bush a mis en avant l'idée de stopper la hausse des émissions de gaz à effet de serre (GES) du parc automobile des États-Unis d'ici 2017.

La réaction la plus enthousiaste à son discours est venue de l'Union of Concerned Scientists (UCS), pour laquelle «c'est peut-être la percée que nous attendions depuis des années en matière d'économies d'essence», a expliqué à Washington son porte-parole, Aaron Huertas. Celui-ci a souligné comme une énorme avancée le fait que la proposition présidentielle porterait à 34 milles au gallon (6,9 litres aux 100 km) la consommation moyenne du parc nord-américain, qui se situe actuellement autour de 10 litres aux 100 km.

«Cela équivaut à une amélioration de 4 % par année, ce qui est énorme, a expliqué M. Huertas. Mais il faudra voir si cela demeurera au stade des voeux pieux ou si cette norme sera définie dans une loi qui rendra son atteinte obligatoire, en évitant de l'assortir de trous béants comme par le passé, ce qui a permis aux VUS et aux gros camions d'échapper aux normes.»

Si ces objectifs sont véritablement atteints, a ajouté le porte-parole de l'UCS, cela retrancherait 550 000 barils par jour à la consommation du parc automobile, l'équivalent de 14 millions de voitures et camions légers: «Si, en plus, l'administration fédérale entend remplacer 1,5 million de barils par jour de pétrole par des biocarburants, nous réduirions notre dépendance au pétrole de 6,5 %.» Pour remplacer 18 des 35 milliards de gallons de pétrole ciblés par le président Bush, il faudrait produire en 2017 quelque 18 milliards de gallons d'éthanol à partir de maïs-grain, ce qui exigerait de produire aussi 17 milliards de gallons avec d'autres fibres de cellulose, provenant notamment de la biomasse forestière ou de déchets agricoles.

Voilà des objectifs irréalistes, a ajouté de son côté le porte-parole de Greenpeace US, Chris Miller, à Washington. À son avis, le président Bush veut bien davantage sauver son parti, en déroute devant les démocrates, que la planète.

«Si les objectifs de conversion en biocarburants devaient être atteints, a-t-il dit, il ne resterait plus de maïs pour les animaux et les humains, car il faudrait le consacrer entre 75 et 100 % aux transports. Le président feint d'avancer dans ce dossier mais c'est un leurre car il ne propose pas d'intégrer les États-Unis dans la lutte contre les changements climatiques à l'échelle internationale. Ses objectifs dépassent de loin les échéanciers du protocole de Kyoto et les mesures qu'il annonce ne touchent en rien les principales sources d'émissions ici, soit les centrales thermiques. Pire, pour réduire notre dépendance envers le pétrole du Moyen-Orient, il propose de passer au charbon propre ou gazéifié, ce qui réduirait notre dépendance mais doublerait les émissions des utilisateurs de cette énergie vraiment pas propre. Le discours du président Bush nous dévoile plutôt un président déconnecté de l'arène politique, où les principaux candidats à sa succession et les leaders du Congrès avancent tous des propositions visant à réorienter les États-Unis dans l'effort international de réduction des émissions de GES dans tous les secteurs.»

Pour André Bélisle, de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), même si on peut avoir des doutes sur la volonté du président Bush de vraiment changer les choses en matière d'émissions de GES, ses propositions vont néanmoins plus loin que tout ce que les derniers gouvernements du Canada ont osé mettre en avant, eux qui prétendent désormais dépasser les États-Unis en matière de lutte contre les changements climatiques. Le Canada, a dit M. Bélisle, risque encore une fois de se retrouver à la remorque de son voisin dans ce domaine.
 
 
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  • André Loiseau - Abonné
    25 janvier 2007 11 h 57
    Au jeu!
    Qu'attend-t-on pour mettre quelques écologistes vrais aux commandes des ministères concernés, autant aux États-unis qu'au Canada? On en a soupé de l'hypocrisie et de la manipulation électorale! Le monde joue à la roulette russe.
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  • Yvon Dionne - Inscrit
    25 janvier 2007 20 h 01
    Le Québec missionnaire kyotiste
    Après Nairobi, c'est Davos. J'ai lu à la page A4 du Devoir d'aujourd'hui (25 janvier) que Jean Charest veut donner des leçons à George W. Bush à Davos. Mais M. Charest critique George W. Bush pour les mauvaises raisons. Il devrait louanger Bush pour être réticent face à Kyoto et au contraire le critiquer pour une des mesures les plus discutables annoncées mardi soir, soit d'atteindre une production d'éthanol d'ici 2017 de 35 milliards de gallons, réduisant ainsi, selon les estimés, la consommation de carburant fossile de 15%.

    Or, dans le plan vert du ministre Béchard, il y a aussi un objectif de 5% d'éthanol d'ici 2012, production non économique et qui en est encore au stade expérimental. Sans compter les grands... projets, à coup de centaines de millions de $, du gouvernement fédéral.

    Même les activistes kyotistes ont maintenant des doutes, comme le mentionne Louis-Gilles Francoeur dans son article à la même page du Devoir. C'est donc que les groupes dits conservateurs ou plutôt du gros bon sens, tel le Cato Institute aux États-Unis, ne sont pas si à côté de la «track» que ça. Hier, le Cato Institute (www.cato.org) écrivait : «If all the corn produced in America last year were dedicated to ethanol production (and only 14.3 percent of it was so dedicated), U.S. gasoline consumption would drop by only 12 percent. For corn ethanol to completely displace gasoline consumption in this country, we would need to appropriate all cropland in the United States, turn it completely over to corn-ethanol production, and then find 20 percent more land on top of that for cultivation. If ethanol has commercial merit, it will not need government subsidies. If it doesn't, no amount of subsidies will help.»

    Ou encore : «Even after 30 years of lavish federal subsidy, ethanol (defined as fuel that is nine parts gasoline and one part ethanol) has only managed to capture a bit more than 3 percent of the automotive fuels market, and even industry participants concede if the subsidies and consumption mandates were removed today, the entire industry would collapse».

    Autrement dit le carburant de source fossile, même à 80$ le baril, demeure notre source la moins coûteuse d'énergie pour le transport.

    Yvon Dionne
    596, Pinguet
    St-Damase-de-L'Islet (Québec)
    G0R 2X0
    (418) 598-3630
    http://pages.globetrotter.net/yvon_dionne
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  • Lfa - Abonné
    26 janvier 2007 01 h 02
    Économie d'essence sans réduction des émissions de GES
    Que l'on le veuille ou non, ce qui se décide aux États-Unis en matière de politique énergétique et environnementale influe grandement la politique au Canada.

    La substitution de l'essence par des biocarburants tels que l'éthanol dans les véhicules automobiles quoi que louable au niveau de l'indépendance envers les pays exportateurs de pétrole outre-mer, aura peu d'effet sur les émissions nettes de GES (gaz à effet de serre) si l'on considère les émissions des infrastructures de production de biocarburant et d'engrais.

    Ce qu'il faut pour réduire les GES provenant des véhicules automobiles, ce sont des incitatifs à réduire la consommation totale de carburants (fossiles et biocarburants). Ceci peut être atteint si les gouvernements incitent par des réduction fiscales les consommateurs à acheter des véhicules plus efficaces (électriques ou hybrides) et si les gouvernements incitent les fabricants d'automobiles à produire des véhicules moins énergivores et moins polluants par de l'écofiscalité.

    Bush et les républicains semblent davantage intéressés à conserver le pouvoir et à réduire la dépendance envers le pétrole étranger en provenance d'outre-mer qu'à réduire les émissions de GES. Ils ont d'ailleurs de grandes attentes envers le pétrole en provenance de l'Alberta et de l'Alaska. Comme dirait George Bush "America is addicted to oil"...
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