Discours sur l'état de l'Union - Irak: Bush lance un appel au Congrès
Photo : Agence Reuters
Le président américain, qui pour la première fois s'adressait à un Congrès dominé par ses adversaires démocrates, a pris grand soin de leur tendre la main hier soir dans l'espoir de les convaincre du bien-fondé de sa nouvelle stratégie dans une guerre d'Irak dont les difficultés n'en finissent plus de miner sa popularité.
Dans un évident appel à l'unité, George W. Bush, qui quittera ses fonctions au début de 2009, a commencé par annoncer plusieurs initiatives de politique intérieure, dont un plan visant à réduire la consommation d'essence de ses concitoyens de 20 % en dix ans.
Il a également fait plusieurs propositions en matière de santé, d'immigration, d'éducation et de fiscalité, des domaines où il peut espérer rallier plus facilement des appuis qu'en politique étrangère. C'est d'ailleurs pendant cette première partie de son discours qu'il a été le plus souvent applaudi, y compris par les parlementaires démocrates.
Mais le président a surtout défendu sa décision, annoncée le 10 janvier, d'envoyer prochainement 21 500 soldats américains en renfort en Irak, malgré la forte opposition qu'elle suscite.
Selon son habitude, il a relié son action en Irak à la lutte antiterroriste entreprise en septembre 2001. Contrairement aux années précédentes, cependant, le ton employé fleurait l'ouverture au dialogue bipartisan et, les circonstances de la guerre l'y obligeant, paraissait dénué de tout triomphalisme.
Il a une fois de plus diabolisé les extrémistes sunnites d'al-Qaïda mais, cette fois, il a inclus dans sa nomenclature des ennemis de l'Amérique et de la liberté les extrémistes chiites à l'oeuvre en Irak, qu'il dit téléguidés par l'Iran.
Il a déclaré que les 21 500 militaires qu'il compte envoyer en Irak seraient essentiellement affectés à la sécurisation de Bagdad et à la formation de la nouvelle armée irakienne, précisant que 4000 d'entre eux seraient des marines appelés à pourchasser les terroristes.
Il a quand même enjoint au gouvernement (chiite) irakien du premier ministre Maliki d'en faire plus, précisant que l'engagement américain «n'est pas inconditionnel». «Donnez à cette nouvelle stratégie le temps de réussir», a-t-il demandé aux sénateurs et aux représentants, ajoutant habilement: «Je vous demande d'appuyer les troupes déjà sur le terrain et celles qui sont en route» vers l'Irak.
George W. Bush a en outre proposé la création d'un conseil consultatif spécial sur la guerre composé de membres des deux grands partis.
En politique étrangère, le président a d'autre part annoncé son intention de demander au Congrès de débloquer 1,2 milliard pour lutter contre la malaria.
Sur le front de l'énergie, George W. Bush a proposé l'objectif d'une diminution de la consommation d'essence aux États-Unis de 20 % dans les dix prochaines années, «ce qui permettra de réduire nos importations totales de l'équivalent des trois quarts de tout le pétrole que nous importons actuellement du Moyen Orient».
«Nous devons accélérer la recherche sur les batteries pour les voitures hybrides et développer l'utilisation de véhicules utilisant le diesel propre et le bio-diesel. Nous devons continuer d'investir dans de nouvelles méthodes de production d'éthanol», a-t-il précisé.
Le président veut par ailleurs doubler la réserve stratégique nationale de pétrole, à 1,5 milliard de barils.
Au chapitre de la santé, M. Bush propose de réformer la fiscalité afin de rendre l'assurance médicale privée moins onéreuse pour les Américains qui ne bénéficient pas d'une assurance souscrite par leur employeur.
En matière d'éducation, le président a demandé au Congrès de reconduire le programme No Child Left Behind, qui oblige les États à imposer des normes de qualité aux écoles.
Enfin, le président a demandé au Congrès d'adopter une réforme en profondeur des lois sur l'immigration afin de sécuriser les frontières, de créer un programme d'emplois temporaires, de régler «sans animosité ni amnistie» le statut des sans-papiers et de favoriser l'«assimilation» des nouveaux arrivants.
Les discours sur l'État de l'Union contiennent souvent une longue liste de projets dont plusieurs ne franchissent jamais l'épreuve de la législature, signalait lundi le New York Times.
Hier le réseau ABC a calculé que le président a réussi à mettre en oeuvre seulement le tiers des initiatives proposées dans son discours de l'an dernier.
Il risque de ne pas faire mieux cette année puisque, historiquement, les périodes de «cohabitation», où des partis différents contrôlent la Maison-Blanche et le Congrès, ont été celles où la plus grande rigueur budgétaire a été observée.
Selon un sondage publié lundi par le Washington Post et le réseau de télévision ABC, 66 % des Américains désapprouvent la façon de gouverner du président. Il s'agit du taux d'insatisfaction le plus élevé à être enregistré à la veille d'un discours sur l'état de l'Union depuis celui qu'avait prononcé Richard Nixon en 1974.
Quelque 77 % des Américains pensent que leur pays s'en va dans la mauvaise direction, alors qu'ils n'étaient que 46 % à le penser en avril 2003, un mois après le début de la guerre en Irak.
Au Congrès, des républicains éminents se sont joints aux démocrates cette semaine pour s'opposer au renforcement du contingent irakien, actuellement fort d'environ 130 000 soldats.
Un projet de résolution présenté notamment par John Warner, ex-président de la commission des Forces armées, et Susan Collins, ex-présidente de la commission de la sécurité intérieure, appelle le président à envisager des solutions de rechange pour atteindre les buts stratégiques poursuivis avec des effectifs inférieurs à ce qui est proposé par la Maison-Blanche.
Ce texte se veut une alternative à un projet de résolution plus sévère présenté la semaine dernière par le parti démocrate et qui doit être examiné aujourd'hui par la commission des Affaires étrangères.
Dans la réponse officielle des démocrates au discours sur l'état de l'Union, publiée au Congrès, le nouveau sénateur Jim Webb, dont le fils combat en Irak, a souligné que «la majorité du pays ne soutient plus la guerre, pas plus que la majorité de nos militaires».
Accusant le président Bush d'avoir lancé le pays en guerre «imprudemment», M. Webb a souligné qu'il fallait «une nouvelle direction — non pas un recul de la guerre contre le terrorisme international, non pas un retrait précipité passant sous silence la possibilité d'une aggravation du chaos. Mais un changement immédiat vers une diplomatie forte sur une base régionale, une politique qui retire nos soldats des rues des villes irakiennes, et une formule qui permette à nos forces de combat de quitter l'Irak prochainement.»
***
Avec l'Agence France-Presse
Dans un évident appel à l'unité, George W. Bush, qui quittera ses fonctions au début de 2009, a commencé par annoncer plusieurs initiatives de politique intérieure, dont un plan visant à réduire la consommation d'essence de ses concitoyens de 20 % en dix ans.
Il a également fait plusieurs propositions en matière de santé, d'immigration, d'éducation et de fiscalité, des domaines où il peut espérer rallier plus facilement des appuis qu'en politique étrangère. C'est d'ailleurs pendant cette première partie de son discours qu'il a été le plus souvent applaudi, y compris par les parlementaires démocrates.
Mais le président a surtout défendu sa décision, annoncée le 10 janvier, d'envoyer prochainement 21 500 soldats américains en renfort en Irak, malgré la forte opposition qu'elle suscite.
Selon son habitude, il a relié son action en Irak à la lutte antiterroriste entreprise en septembre 2001. Contrairement aux années précédentes, cependant, le ton employé fleurait l'ouverture au dialogue bipartisan et, les circonstances de la guerre l'y obligeant, paraissait dénué de tout triomphalisme.
Il a une fois de plus diabolisé les extrémistes sunnites d'al-Qaïda mais, cette fois, il a inclus dans sa nomenclature des ennemis de l'Amérique et de la liberté les extrémistes chiites à l'oeuvre en Irak, qu'il dit téléguidés par l'Iran.
Il a déclaré que les 21 500 militaires qu'il compte envoyer en Irak seraient essentiellement affectés à la sécurisation de Bagdad et à la formation de la nouvelle armée irakienne, précisant que 4000 d'entre eux seraient des marines appelés à pourchasser les terroristes.
Il a quand même enjoint au gouvernement (chiite) irakien du premier ministre Maliki d'en faire plus, précisant que l'engagement américain «n'est pas inconditionnel». «Donnez à cette nouvelle stratégie le temps de réussir», a-t-il demandé aux sénateurs et aux représentants, ajoutant habilement: «Je vous demande d'appuyer les troupes déjà sur le terrain et celles qui sont en route» vers l'Irak.
George W. Bush a en outre proposé la création d'un conseil consultatif spécial sur la guerre composé de membres des deux grands partis.
En politique étrangère, le président a d'autre part annoncé son intention de demander au Congrès de débloquer 1,2 milliard pour lutter contre la malaria.
Sur le front de l'énergie, George W. Bush a proposé l'objectif d'une diminution de la consommation d'essence aux États-Unis de 20 % dans les dix prochaines années, «ce qui permettra de réduire nos importations totales de l'équivalent des trois quarts de tout le pétrole que nous importons actuellement du Moyen Orient».
«Nous devons accélérer la recherche sur les batteries pour les voitures hybrides et développer l'utilisation de véhicules utilisant le diesel propre et le bio-diesel. Nous devons continuer d'investir dans de nouvelles méthodes de production d'éthanol», a-t-il précisé.
Le président veut par ailleurs doubler la réserve stratégique nationale de pétrole, à 1,5 milliard de barils.
Au chapitre de la santé, M. Bush propose de réformer la fiscalité afin de rendre l'assurance médicale privée moins onéreuse pour les Américains qui ne bénéficient pas d'une assurance souscrite par leur employeur.
En matière d'éducation, le président a demandé au Congrès de reconduire le programme No Child Left Behind, qui oblige les États à imposer des normes de qualité aux écoles.
Enfin, le président a demandé au Congrès d'adopter une réforme en profondeur des lois sur l'immigration afin de sécuriser les frontières, de créer un programme d'emplois temporaires, de régler «sans animosité ni amnistie» le statut des sans-papiers et de favoriser l'«assimilation» des nouveaux arrivants.
Les discours sur l'État de l'Union contiennent souvent une longue liste de projets dont plusieurs ne franchissent jamais l'épreuve de la législature, signalait lundi le New York Times.
Hier le réseau ABC a calculé que le président a réussi à mettre en oeuvre seulement le tiers des initiatives proposées dans son discours de l'an dernier.
Il risque de ne pas faire mieux cette année puisque, historiquement, les périodes de «cohabitation», où des partis différents contrôlent la Maison-Blanche et le Congrès, ont été celles où la plus grande rigueur budgétaire a été observée.
Selon un sondage publié lundi par le Washington Post et le réseau de télévision ABC, 66 % des Américains désapprouvent la façon de gouverner du président. Il s'agit du taux d'insatisfaction le plus élevé à être enregistré à la veille d'un discours sur l'état de l'Union depuis celui qu'avait prononcé Richard Nixon en 1974.
Quelque 77 % des Américains pensent que leur pays s'en va dans la mauvaise direction, alors qu'ils n'étaient que 46 % à le penser en avril 2003, un mois après le début de la guerre en Irak.
Au Congrès, des républicains éminents se sont joints aux démocrates cette semaine pour s'opposer au renforcement du contingent irakien, actuellement fort d'environ 130 000 soldats.
Un projet de résolution présenté notamment par John Warner, ex-président de la commission des Forces armées, et Susan Collins, ex-présidente de la commission de la sécurité intérieure, appelle le président à envisager des solutions de rechange pour atteindre les buts stratégiques poursuivis avec des effectifs inférieurs à ce qui est proposé par la Maison-Blanche.
Ce texte se veut une alternative à un projet de résolution plus sévère présenté la semaine dernière par le parti démocrate et qui doit être examiné aujourd'hui par la commission des Affaires étrangères.
Dans la réponse officielle des démocrates au discours sur l'état de l'Union, publiée au Congrès, le nouveau sénateur Jim Webb, dont le fils combat en Irak, a souligné que «la majorité du pays ne soutient plus la guerre, pas plus que la majorité de nos militaires».
Accusant le président Bush d'avoir lancé le pays en guerre «imprudemment», M. Webb a souligné qu'il fallait «une nouvelle direction — non pas un recul de la guerre contre le terrorisme international, non pas un retrait précipité passant sous silence la possibilité d'une aggravation du chaos. Mais un changement immédiat vers une diplomatie forte sur une base régionale, une politique qui retire nos soldats des rues des villes irakiennes, et une formule qui permette à nos forces de combat de quitter l'Irak prochainement.»
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Avec l'Agence France-Presse
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