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Rice se fait belliqueuse à l'endroit de l'Iran

Le Devoir   12 janvier 2007  États-Unis
Condoleezza Rice
Condoleezza Rice
Washington — Au lendemain du discours à la nation du président George W. Bush sur la «nouvelle stratégie» américaine en Irak, la secrétaire d'État Condoleezza Rice a placé Téhéran dans le collimateur des États-Unis en prévenant qu'ils ne resteront pas «inactifs» devant l'«agression régionale» à laquelle se livre l'Iran en territoire irakien.
Annonçant mercredi soir l'envoi de plus de 20 000 soldats additionnels en Irak, M. Bush a promis de s'attaquer aux réseaux de soutien — en armes et en entraînement — aux insurgés venus de l'Iran et de la Syrie.
«Ces deux régimes autorisent des terroristes à utiliser leur territoire pour entrer en Irak et en sortir», a-t-il déclaré, faisant savoir que des missiles antimissiles Patriot seront bientôt déployés dans la région pour défendre les «alliés» de Washington et soutenir la stabilité du Moyen-Orient.

Mme Rice a enfoncé le clou hier dans le cadre de la tournée de promotion tous azimuts organisée par la Maison-Blanche pour faire mousser le nouveau plan Bush auprès d'une opinion publique américaine moins que d'accord avec l'idée d'accroître les forces américaines en Irak.

«Vous verrez que les États-Unis ne resteront pas inactifs et ne laisseront pas ces activités se poursuivre», a prévenu la chef de la diplomatie américaine devant les caméras de télévision.

De fait, son avertissement a coïncidé avec une opération américaine à Erbil, dans le Kurdistan irakien, dénoncée par l'Iran comme une attaque contre un de ses consulats. Six personnes ont été arrêtées lors de cette opération, selon le Pentagone, qui a toutefois nié que le bâtiment visé par le raid était «un consulat ou un bâtiment gouvernemental».

«Il nous faut solidifier le consensus des États qui s'inquiètent de ce que fait l'Iran dans la région, qui craignent une agression régionale», a précisé Mme Rice, qui quitte Washington aujourd'hui pour une tournée au Moyen-Orient qui la conduira notamment en Arabie saoudite et au Koweït, deux alliés arabes modérés des États-Unis qui s'inquiètent des ambitions nucléaires de Téhéran.

«Le président ne retire aucune option de la table», a répondu Mme Rice, à qui on demandait si le président Bush avait cherché dans son discours à préparer l'opinion à un affrontement militaire avec l'Iran et la Syrie. «Nous devons reconnaître que l'Iran — l'Iran et la Syrie, mais plus particulièrement l'Iran — sont engagés dans des activités qui mettent nos forces en danger», a-t-elle poursuivi.

Interrogée à ce sujet lors d'une audition au Congrès, Mme Rice a déclaré: «Le président n'exclut évidemment rien pour protéger nos forces, mais le plan est avant tout de démanteler ces réseaux en Irak.»

Le sénateur démocrate Joseph Biden, nouveau président de la commission des Affaires étrangères et candidat déclaré à la présidence, lui a rappelé que M. Bush n'avait pas le droit de poursuivre ces réseaux en territoire syrien ou iranien. «Je pense que l'autorisation accordée au président pour faire usage de la force en Irak ne couvre pas ceci et qu'il doit demander l'autorisation au Congrès pour le faire», a-t-il fait valoir.

Mme Rice a rappelé l'arrestation, le mois dernier à Bagdad, de deux diplomates iraniens accusés d'espionnage en Irak. Ils avaient été libérés quelques heures plus tard. «Nous avons reçu des informations pendant la période des fêtes de Noël sur certains Iraniens engagés dans des activités» contraires aux intérêts américains, a déclaré Mme Rice. «Nous les avons arrêtés. Nous en avons parlé au gouvernement irakien. Ils ont été expulsés du pays, a-t-elle ajouté. «C'était un message aux Iraniens selon lequel de telles activités ne seront pas tolérées.»

Du reste, Washington s'emploie d'évidence à créer un front commun de pays arabes alliés contre l'influence croissante de l'Iran chiite en Irak. Mercredi, M. Bush a appelé les pays arabes alliés de Washington dans la région à «soutenir davantage le gouvernement [...] irakien». Il a averti qu'une défaite américaine en Irak reviendrait à y créer un «nouveau refuge pour les extrémistes» et constituerait «un danger stratégique à [la] survie» des régimes en Arabie saoudite, en Égypte, en Jordanie et dans les monarchies pétrolières du Golfe. Aussi, le roi Abdallah d'Arabie saoudite s'est entretenu hier au téléphone avec M. Bush de la conjoncture au Moyen-Orient.

Pendant ce temps, le nouveau secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, annonçait son intention d'augmenter de 92 000 hommes les effectifs de l'armée de terre et du corps des Marines au cours des cinq prochaines années.

Robert Gates, qui a succédé le mois dernier à Donald Rumsfeld, a également prévenu que la durée de la mission des soldats américains en Irak restait encore indéterminée. «Le président George W. Bush a annoncé la nuit dernière qu'il renforcerait notre armée pour mener la longue guerre contre le terrorisme en autorisant l'augmentation des effectifs de l'armée du terre et du corps des Marines», a rappelé M. Gates au cours d'une conférence de presse conjointe avec Mme Rice.

«Je lui recommande une augmentation totale de 92 000 hommes pour les deux armes sur les cinq prochaines années: 65 000 soldats et 27 000 Marines», a-t-il ajouté. Les effectifs de l'armée de terre seront ainsi portés à 547 000 hommes et ceux des Marines à 202 000.

Scepticisme au Proche-Orient

Au Proche-Orient, c'est avec un profond scepticisme que le projet Bush était accueilli hier parmi les observateurs. La plupart des analystes y jugeaient que l'envoi de 21 000 hommes supplémentaires est une tentative de la dernière chance, qui ne fera rien pour juguler la violence, bien au contraire.

Pour nombre d'entre eux, il s'agit là d'un geste désespéré de la part de Washington qui ne fera qu'aggraver l'échec américain en Irak tout en risquant d'approfondir davantage le fossé entre communautés. Dans un Proche-Orient majoritairement sunnite, les observateurs ont un doute de taille: que les forces américaines ou a fortiori le gouvernement de Bagdad à majorité chiite s'attaquent pour de bon à ce qu'ils considèrent comme la pire menace à la stabilisation de l'Irak, les milices chiites. Et notamment la plus active et la plus dangereuse d'entre elles, l'Armée du Mahdi du jeune imam Moqtada al-Sadr, un des principaux soutiens du gouvernement de Nouri al-Maliki.

Ils mettent donc l'accent sur le principal écueil du plan Bush: sa dépendance envers Nouri al-Maliki et la nécessité de compter sur sa bonne volonté. Alors que jusqu'à présent, al-Maliki a résisté aux pressions américaines pour s'en prendre aux hommes d'al-Sadr.

Dans le monde arabe, la méfiance est généralisée envers ce gouvernement, dont on estime qu'il sert les intérêts iraniens et vise uniquement à établir la domination chiite sur l'Irak, sans égard pour la minorité sunnite aux commandes du temps de Saddam Hussein.

Pour Mustafa al-Ani, analyste militaire du Centre de recherches du Golfe à Dubaï (Émirats arabes unis), Washington échouera si les Américains ne s'en prennent qu'à al-Qaïda et aux insurgés sunnites et n'arrivent pas à se débarrasser des milices chiites. «Vous ne pouvez pas vous en prendre à al-Qaïda et ignorer al-Sadr. Sans désarmement de sa milice, je ne vois aucune possibilité de réussite.»

Pour nombre d'analystes, comme Arib el-Rentaoui, directeur du Centre al-Qods pour les études politiques d'Amman, Bush «n'a pas répondu à la question centrale: que se passera-t-il si al-Maliki ne respecte pas ce nouveau projet? Le gouvernement al-Maliki fait partie du problème, il n'est pas la solution».

Sur le plan diplomatique, l'Europe a elle aussi manifesté un certain scepticisme. «On doit espérer, car nous avons également intérêt à la stabilité dans la région et dans le pays. Mais il y a un certain scepticisme, pas seulement aux États-Unis mais également chez nous, en Allemagne», a déclaré le coordonnateur gouvernemental pour les relations germano-américaines, Karsten Voigt.

À Paris, le chef de la diplomatie française, Philippe Douste-Blazy, a lui aussi réagi de manière critique au discours du président Bush, soulignant que seules une «approche globale» et une «stratégie politique» peuvent permettre à ce pays de retrouver la stabilité.

Le Devoir

Avec l'Agence France-Presse, Reuters et Associated Press






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  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    vendredi 12 janvier 2007 06h49
    Fuite en avant
    « Les propos de la secrétaire d'État Condoleezza Rice qui a placé Téhéran dans le collimateur des États-Unis en prévenant qu'ils ne resteront pas «inactifs» s'inscrit presque logiquement dans la suite des propos de G.W. Bush. En faisant une courte analyse psychologique, on y retrouve sans peine deux composantes significatives, qui vont dans le sens des propos du président : la fuite en avant et la peur.

    En s'en prenant à l'Iran, d'administration Bush par la bouche de Rice, s'efforce de détourner l'attention de la situation catastrophique de l'Irak, reconnue à demi-mot par Bush lui-même, en désignant un nouvel adversaire, responsable bien évidemment de tous les maux et problèmes en Irak.

    S'en prendre à d'autres lorsque l'on se trouve dans une situation difficile ou désespérée relève d'une tactique archiconnue. Un exemple célèbre est celui du gouvernement de l'Argentine, en grandes difficultés intérieures, qui a décidé d'attaquer les îles britanniques Falklands ou Malouines en avril 1982, en déclenchant une guerre qu'il a perdue.

    On pourrait citer nombre d'exemples de ce genre. Le principe est toujours le même, il s'agit de distraire ou de détourner l'opinion des problèmes internes ou des faiblesses ou des lacunes du système, ce qui est le cas de l'intervention étatsunienne en Irak. Si ça va mal, c'est la faute à Téhéran.
    Si le sujet n'était aussi dramatique, on citerait la célèbre chanson de Gavroche dans les Misérables de Victor Hugo :
    Je suis tombé par terre,
    c'est la faute à Voltaire
    Le nez dans le ruisseau,
    c'est la faute à Rousseau .

    C'est assez dire le ridicule de la manoeuvre, mais aussi sa dangerosité. Gavroche ne finira pas sa chanson, il sera tué avant. L'aventure de l'Argentine, qui a mal fini a montré qu'il ne s'agit pas d'un mythe.

    La peur, c'est la menace que l'Iran ferait courir aux forces armées des États-Unis. «Nous devons reconnaître que l'Iran -- l'Iran et la Syrie, mais plus particulièrement l'Iran -- sont engagés dans des activités qui mettent nos forces en danger.» Avec ces propos. C.

    Rice joue avec une corde qui devrait être sensible dans la population des États-Unis et donc favoriser une approbation de la décision d'envoyer de nouvelles troupes en Irak. En même temps, «il nous faut solidifier le consensus des États qui s'inquiètent de ce que fait l'Iran dans la région, qui craignent une agression régionale», ajoute la secrétaire d'État. C'est la peur que G.W. Bush avait brandi la veille, mais qui pourrait toucher tout aussi bien les citoyens étatsuniens, car si les pays arabes « amis » des États-Unis s'effondrent, le terrorisme va se répandre partout. Et la menace, c'est toujours l'Iran.

    Quel sera le résultat de tels propos sur la psychologie des citoyens, c'est à voir, bien entendu, mais on peut douter de leur succès. Pourront-ils contrecarrer l'effet des 3 000 et quelques cercueils déjà arrivés, surtout si d'autres s'y ajoutent? »

  • jean claude pomerleau
    Inscrit
    vendredi 12 janvier 2007 07h17
    L'Iran et le piège nucléaire
    « La vrais question qui se pose maintenant c est: Est ce que l administration US a donné son feu vert à l'Israël pour le bombardement de l Iran, oui ou non. C est cette question que Le Congrès US devrait poser au Président afin de s'assurer qu il ne tombe pas davantage dans le piège iranien qui n attendrais que le prétexte d'une attaque pour y aller d une réplique...NUCLÉAIRE. Car l Iran aurait la bombe atomique (cadeau du Pakistan) et des missiles longues portées SUNBURN (cadeau de la Russie) capable de frapper TEL AVIV et la flotte US. Ces informations ne viennent pas d'un hurluberlu mais d'un ex agent du renseignement américain qui a 30 ans d'expérience (Robert Steele).Lequel a écrit une lettre ouverte au Congrès pour les alerter du danger potentiel de cette situation. Faire Google: oss Iran nuclea ambush
    Jean Claude Pomerleau »

  • Jean-François Couture
    Inscrit
    vendredi 12 janvier 2007 08h27
    Rationalisation de la guerre préventive
    « Bush Inc. n'a pas envahi l'Irak pour son pétrole, mais il ne partira pas sans !

    Tout le brouhaha actuel autour du redéploiement de GI en Irak, l'Iran et les attaques en Somalie ne servent qu'à camoufler le fait que la passation de la production du pétrole irakien dans les mains des géants américains et anglais est presque consommé...

    Iraqi trade unions attack plans for foreign company control of oil
    http://www.carbonweb.org/showitem.asp?article=223&parent=39

    Oil Pressure / When it comes to oil, the U.S. administration is bypassing democracy in Iraq
    http://www.carbonweb.org/showitem.asp?article=208&parent=39

    Crude Designs : The Rip-Off of Iraq's Oil Wealth
    http://www.globalpolicy.org/security/oil/2005/crudedesigns.htm

    Comme dans toute entreprise néo-con-libérale qui se respecte : On socialise les coûts et privatise les profits !

    Iraq Black Hole / The $2-Trillion War
    http://www.harvardmagazine.com/on-line/050682.html

    « We have become a monster in the eyes of the whole world - a nation of bullies and bastards who would rather kill than live peacefully. We are not just whores for power and oil, but killer whores with hate and fear in our hearts. We are human scum, and that is how history will judge us... No redeeming social value. Just whores. Get out of our way, or we'll kill you. » - Hunter S. Thompson

    R.I.P. AMERICA & DEMOCRACY »

  • André Gingras
    Abonné
    vendredi 12 janvier 2007 12h34
    Réorganiser pour réorganiser
    « Après avoir effectué des changements au sein de son personnel militaire et diplomatique, le président Bush a annoncé une réorganisation des opérations américaines en Irak.

    Ces réorganisations me rappellent le commentaire d'un administrateur romain Pétronius Arbiter (sous le règne de Néron dans les années 60 après Jésus Christ): "Nous tendons à faire face aux nouvelles situations par une réorganisation de nos structures. C'est une merveilleuse façon de créer l'illusion du progrès alors qu'en fait le résultat n'est que confusion, inefficience et démoralisation".

    Le projet Bush n'a pour l'instant produit que de la confusion à cause de son approche simpliste à un problème complexe et ne risque d'apporter que de l'inefficience dans les opérations et démoralisation au sein des troupes sur le terrain face à une tâche quasi insurmontable.

    En résumé, un super gâchis! »

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