Rice se fait belliqueuse à l'endroit de l'Iran
Condoleezza Rice
Washington — Au lendemain du discours à la nation du président George W. Bush sur la «nouvelle stratégie» américaine en Irak, la secrétaire d'État Condoleezza Rice a placé Téhéran dans le collimateur des États-Unis en prévenant qu'ils ne resteront pas «inactifs» devant l'«agression régionale» à laquelle se livre l'Iran en territoire irakien.
Annonçant mercredi soir l'envoi de plus de 20 000 soldats additionnels en Irak, M. Bush a promis de s'attaquer aux réseaux de soutien — en armes et en entraînement — aux insurgés venus de l'Iran et de la Syrie.
«Ces deux régimes autorisent des terroristes à utiliser leur territoire pour entrer en Irak et en sortir», a-t-il déclaré, faisant savoir que des missiles antimissiles Patriot seront bientôt déployés dans la région pour défendre les «alliés» de Washington et soutenir la stabilité du Moyen-Orient.
Mme Rice a enfoncé le clou hier dans le cadre de la tournée de promotion tous azimuts organisée par la Maison-Blanche pour faire mousser le nouveau plan Bush auprès d'une opinion publique américaine moins que d'accord avec l'idée d'accroître les forces américaines en Irak.
«Vous verrez que les États-Unis ne resteront pas inactifs et ne laisseront pas ces activités se poursuivre», a prévenu la chef de la diplomatie américaine devant les caméras de télévision.
De fait, son avertissement a coïncidé avec une opération américaine à Erbil, dans le Kurdistan irakien, dénoncée par l'Iran comme une attaque contre un de ses consulats. Six personnes ont été arrêtées lors de cette opération, selon le Pentagone, qui a toutefois nié que le bâtiment visé par le raid était «un consulat ou un bâtiment gouvernemental».
«Il nous faut solidifier le consensus des États qui s'inquiètent de ce que fait l'Iran dans la région, qui craignent une agression régionale», a précisé Mme Rice, qui quitte Washington aujourd'hui pour une tournée au Moyen-Orient qui la conduira notamment en Arabie saoudite et au Koweït, deux alliés arabes modérés des États-Unis qui s'inquiètent des ambitions nucléaires de Téhéran.
«Le président ne retire aucune option de la table», a répondu Mme Rice, à qui on demandait si le président Bush avait cherché dans son discours à préparer l'opinion à un affrontement militaire avec l'Iran et la Syrie. «Nous devons reconnaître que l'Iran — l'Iran et la Syrie, mais plus particulièrement l'Iran — sont engagés dans des activités qui mettent nos forces en danger», a-t-elle poursuivi.
Interrogée à ce sujet lors d'une audition au Congrès, Mme Rice a déclaré: «Le président n'exclut évidemment rien pour protéger nos forces, mais le plan est avant tout de démanteler ces réseaux en Irak.»
Le sénateur démocrate Joseph Biden, nouveau président de la commission des Affaires étrangères et candidat déclaré à la présidence, lui a rappelé que M. Bush n'avait pas le droit de poursuivre ces réseaux en territoire syrien ou iranien. «Je pense que l'autorisation accordée au président pour faire usage de la force en Irak ne couvre pas ceci et qu'il doit demander l'autorisation au Congrès pour le faire», a-t-il fait valoir.
Mme Rice a rappelé l'arrestation, le mois dernier à Bagdad, de deux diplomates iraniens accusés d'espionnage en Irak. Ils avaient été libérés quelques heures plus tard. «Nous avons reçu des informations pendant la période des fêtes de Noël sur certains Iraniens engagés dans des activités» contraires aux intérêts américains, a déclaré Mme Rice. «Nous les avons arrêtés. Nous en avons parlé au gouvernement irakien. Ils ont été expulsés du pays, a-t-elle ajouté. «C'était un message aux Iraniens selon lequel de telles activités ne seront pas tolérées.»
Du reste, Washington s'emploie d'évidence à créer un front commun de pays arabes alliés contre l'influence croissante de l'Iran chiite en Irak. Mercredi, M. Bush a appelé les pays arabes alliés de Washington dans la région à «soutenir davantage le gouvernement [...] irakien». Il a averti qu'une défaite américaine en Irak reviendrait à y créer un «nouveau refuge pour les extrémistes» et constituerait «un danger stratégique à [la] survie» des régimes en Arabie saoudite, en Égypte, en Jordanie et dans les monarchies pétrolières du Golfe. Aussi, le roi Abdallah d'Arabie saoudite s'est entretenu hier au téléphone avec M. Bush de la conjoncture au Moyen-Orient.
Pendant ce temps, le nouveau secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, annonçait son intention d'augmenter de 92 000 hommes les effectifs de l'armée de terre et du corps des Marines au cours des cinq prochaines années.
Robert Gates, qui a succédé le mois dernier à Donald Rumsfeld, a également prévenu que la durée de la mission des soldats américains en Irak restait encore indéterminée. «Le président George W. Bush a annoncé la nuit dernière qu'il renforcerait notre armée pour mener la longue guerre contre le terrorisme en autorisant l'augmentation des effectifs de l'armée du terre et du corps des Marines», a rappelé M. Gates au cours d'une conférence de presse conjointe avec Mme Rice.
«Je lui recommande une augmentation totale de 92 000 hommes pour les deux armes sur les cinq prochaines années: 65 000 soldats et 27 000 Marines», a-t-il ajouté. Les effectifs de l'armée de terre seront ainsi portés à 547 000 hommes et ceux des Marines à 202 000.
Scepticisme au Proche-Orient
Au Proche-Orient, c'est avec un profond scepticisme que le projet Bush était accueilli hier parmi les observateurs. La plupart des analystes y jugeaient que l'envoi de 21 000 hommes supplémentaires est une tentative de la dernière chance, qui ne fera rien pour juguler la violence, bien au contraire.
Pour nombre d'entre eux, il s'agit là d'un geste désespéré de la part de Washington qui ne fera qu'aggraver l'échec américain en Irak tout en risquant d'approfondir davantage le fossé entre communautés. Dans un Proche-Orient majoritairement sunnite, les observateurs ont un doute de taille: que les forces américaines ou a fortiori le gouvernement de Bagdad à majorité chiite s'attaquent pour de bon à ce qu'ils considèrent comme la pire menace à la stabilisation de l'Irak, les milices chiites. Et notamment la plus active et la plus dangereuse d'entre elles, l'Armée du Mahdi du jeune imam Moqtada al-Sadr, un des principaux soutiens du gouvernement de Nouri al-Maliki.
Ils mettent donc l'accent sur le principal écueil du plan Bush: sa dépendance envers Nouri al-Maliki et la nécessité de compter sur sa bonne volonté. Alors que jusqu'à présent, al-Maliki a résisté aux pressions américaines pour s'en prendre aux hommes d'al-Sadr.
Dans le monde arabe, la méfiance est généralisée envers ce gouvernement, dont on estime qu'il sert les intérêts iraniens et vise uniquement à établir la domination chiite sur l'Irak, sans égard pour la minorité sunnite aux commandes du temps de Saddam Hussein.
Pour Mustafa al-Ani, analyste militaire du Centre de recherches du Golfe à Dubaï (Émirats arabes unis), Washington échouera si les Américains ne s'en prennent qu'à al-Qaïda et aux insurgés sunnites et n'arrivent pas à se débarrasser des milices chiites. «Vous ne pouvez pas vous en prendre à al-Qaïda et ignorer al-Sadr. Sans désarmement de sa milice, je ne vois aucune possibilité de réussite.»
Pour nombre d'analystes, comme Arib el-Rentaoui, directeur du Centre al-Qods pour les études politiques d'Amman, Bush «n'a pas répondu à la question centrale: que se passera-t-il si al-Maliki ne respecte pas ce nouveau projet? Le gouvernement al-Maliki fait partie du problème, il n'est pas la solution».
Sur le plan diplomatique, l'Europe a elle aussi manifesté un certain scepticisme. «On doit espérer, car nous avons également intérêt à la stabilité dans la région et dans le pays. Mais il y a un certain scepticisme, pas seulement aux États-Unis mais également chez nous, en Allemagne», a déclaré le coordonnateur gouvernemental pour les relations germano-américaines, Karsten Voigt.
À Paris, le chef de la diplomatie française, Philippe Douste-Blazy, a lui aussi réagi de manière critique au discours du président Bush, soulignant que seules une «approche globale» et une «stratégie politique» peuvent permettre à ce pays de retrouver la stabilité.
Le Devoir
Avec l'Agence France-Presse, Reuters et Associated Press
Annonçant mercredi soir l'envoi de plus de 20 000 soldats additionnels en Irak, M. Bush a promis de s'attaquer aux réseaux de soutien — en armes et en entraînement — aux insurgés venus de l'Iran et de la Syrie.
«Ces deux régimes autorisent des terroristes à utiliser leur territoire pour entrer en Irak et en sortir», a-t-il déclaré, faisant savoir que des missiles antimissiles Patriot seront bientôt déployés dans la région pour défendre les «alliés» de Washington et soutenir la stabilité du Moyen-Orient.
Mme Rice a enfoncé le clou hier dans le cadre de la tournée de promotion tous azimuts organisée par la Maison-Blanche pour faire mousser le nouveau plan Bush auprès d'une opinion publique américaine moins que d'accord avec l'idée d'accroître les forces américaines en Irak.
«Vous verrez que les États-Unis ne resteront pas inactifs et ne laisseront pas ces activités se poursuivre», a prévenu la chef de la diplomatie américaine devant les caméras de télévision.
De fait, son avertissement a coïncidé avec une opération américaine à Erbil, dans le Kurdistan irakien, dénoncée par l'Iran comme une attaque contre un de ses consulats. Six personnes ont été arrêtées lors de cette opération, selon le Pentagone, qui a toutefois nié que le bâtiment visé par le raid était «un consulat ou un bâtiment gouvernemental».
«Il nous faut solidifier le consensus des États qui s'inquiètent de ce que fait l'Iran dans la région, qui craignent une agression régionale», a précisé Mme Rice, qui quitte Washington aujourd'hui pour une tournée au Moyen-Orient qui la conduira notamment en Arabie saoudite et au Koweït, deux alliés arabes modérés des États-Unis qui s'inquiètent des ambitions nucléaires de Téhéran.
«Le président ne retire aucune option de la table», a répondu Mme Rice, à qui on demandait si le président Bush avait cherché dans son discours à préparer l'opinion à un affrontement militaire avec l'Iran et la Syrie. «Nous devons reconnaître que l'Iran — l'Iran et la Syrie, mais plus particulièrement l'Iran — sont engagés dans des activités qui mettent nos forces en danger», a-t-elle poursuivi.
Interrogée à ce sujet lors d'une audition au Congrès, Mme Rice a déclaré: «Le président n'exclut évidemment rien pour protéger nos forces, mais le plan est avant tout de démanteler ces réseaux en Irak.»
Le sénateur démocrate Joseph Biden, nouveau président de la commission des Affaires étrangères et candidat déclaré à la présidence, lui a rappelé que M. Bush n'avait pas le droit de poursuivre ces réseaux en territoire syrien ou iranien. «Je pense que l'autorisation accordée au président pour faire usage de la force en Irak ne couvre pas ceci et qu'il doit demander l'autorisation au Congrès pour le faire», a-t-il fait valoir.
Mme Rice a rappelé l'arrestation, le mois dernier à Bagdad, de deux diplomates iraniens accusés d'espionnage en Irak. Ils avaient été libérés quelques heures plus tard. «Nous avons reçu des informations pendant la période des fêtes de Noël sur certains Iraniens engagés dans des activités» contraires aux intérêts américains, a déclaré Mme Rice. «Nous les avons arrêtés. Nous en avons parlé au gouvernement irakien. Ils ont été expulsés du pays, a-t-elle ajouté. «C'était un message aux Iraniens selon lequel de telles activités ne seront pas tolérées.»
Du reste, Washington s'emploie d'évidence à créer un front commun de pays arabes alliés contre l'influence croissante de l'Iran chiite en Irak. Mercredi, M. Bush a appelé les pays arabes alliés de Washington dans la région à «soutenir davantage le gouvernement [...] irakien». Il a averti qu'une défaite américaine en Irak reviendrait à y créer un «nouveau refuge pour les extrémistes» et constituerait «un danger stratégique à [la] survie» des régimes en Arabie saoudite, en Égypte, en Jordanie et dans les monarchies pétrolières du Golfe. Aussi, le roi Abdallah d'Arabie saoudite s'est entretenu hier au téléphone avec M. Bush de la conjoncture au Moyen-Orient.
Pendant ce temps, le nouveau secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, annonçait son intention d'augmenter de 92 000 hommes les effectifs de l'armée de terre et du corps des Marines au cours des cinq prochaines années.
Robert Gates, qui a succédé le mois dernier à Donald Rumsfeld, a également prévenu que la durée de la mission des soldats américains en Irak restait encore indéterminée. «Le président George W. Bush a annoncé la nuit dernière qu'il renforcerait notre armée pour mener la longue guerre contre le terrorisme en autorisant l'augmentation des effectifs de l'armée du terre et du corps des Marines», a rappelé M. Gates au cours d'une conférence de presse conjointe avec Mme Rice.
«Je lui recommande une augmentation totale de 92 000 hommes pour les deux armes sur les cinq prochaines années: 65 000 soldats et 27 000 Marines», a-t-il ajouté. Les effectifs de l'armée de terre seront ainsi portés à 547 000 hommes et ceux des Marines à 202 000.
Scepticisme au Proche-Orient
Au Proche-Orient, c'est avec un profond scepticisme que le projet Bush était accueilli hier parmi les observateurs. La plupart des analystes y jugeaient que l'envoi de 21 000 hommes supplémentaires est une tentative de la dernière chance, qui ne fera rien pour juguler la violence, bien au contraire.
Pour nombre d'entre eux, il s'agit là d'un geste désespéré de la part de Washington qui ne fera qu'aggraver l'échec américain en Irak tout en risquant d'approfondir davantage le fossé entre communautés. Dans un Proche-Orient majoritairement sunnite, les observateurs ont un doute de taille: que les forces américaines ou a fortiori le gouvernement de Bagdad à majorité chiite s'attaquent pour de bon à ce qu'ils considèrent comme la pire menace à la stabilisation de l'Irak, les milices chiites. Et notamment la plus active et la plus dangereuse d'entre elles, l'Armée du Mahdi du jeune imam Moqtada al-Sadr, un des principaux soutiens du gouvernement de Nouri al-Maliki.
Ils mettent donc l'accent sur le principal écueil du plan Bush: sa dépendance envers Nouri al-Maliki et la nécessité de compter sur sa bonne volonté. Alors que jusqu'à présent, al-Maliki a résisté aux pressions américaines pour s'en prendre aux hommes d'al-Sadr.
Dans le monde arabe, la méfiance est généralisée envers ce gouvernement, dont on estime qu'il sert les intérêts iraniens et vise uniquement à établir la domination chiite sur l'Irak, sans égard pour la minorité sunnite aux commandes du temps de Saddam Hussein.
Pour Mustafa al-Ani, analyste militaire du Centre de recherches du Golfe à Dubaï (Émirats arabes unis), Washington échouera si les Américains ne s'en prennent qu'à al-Qaïda et aux insurgés sunnites et n'arrivent pas à se débarrasser des milices chiites. «Vous ne pouvez pas vous en prendre à al-Qaïda et ignorer al-Sadr. Sans désarmement de sa milice, je ne vois aucune possibilité de réussite.»
Pour nombre d'analystes, comme Arib el-Rentaoui, directeur du Centre al-Qods pour les études politiques d'Amman, Bush «n'a pas répondu à la question centrale: que se passera-t-il si al-Maliki ne respecte pas ce nouveau projet? Le gouvernement al-Maliki fait partie du problème, il n'est pas la solution».
Sur le plan diplomatique, l'Europe a elle aussi manifesté un certain scepticisme. «On doit espérer, car nous avons également intérêt à la stabilité dans la région et dans le pays. Mais il y a un certain scepticisme, pas seulement aux États-Unis mais également chez nous, en Allemagne», a déclaré le coordonnateur gouvernemental pour les relations germano-américaines, Karsten Voigt.
À Paris, le chef de la diplomatie française, Philippe Douste-Blazy, a lui aussi réagi de manière critique au discours du président Bush, soulignant que seules une «approche globale» et une «stratégie politique» peuvent permettre à ce pays de retrouver la stabilité.
Le Devoir
Avec l'Agence France-Presse, Reuters et Associated Press
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