Bush à contre-courant
Les démocrates dénoncent le plan du président pour l'Irak
Photo : Agence Reuters
Le président américain George W. Bush a pleuré hier lors d’une cérémonie à la mémoire d’un soldat américain décédé en Irak.
Washington — Les démocrates aux commandes du Congrès s'en sont pris avec virulence hier au plan de renforcement de la présence militaire américaine en Irak présenté mercredi soir par George W. Bush. Ils ont dénoncé une grave erreur et une décision qui passe outre le sentiment du public, tout comme l'avis des chefs militaires et les recommandations de la commission Baker sur l'Irak.
«En choisissant l'escalade dans la guerre, le président est presque tout seul», a jugé le chef de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid. Pour lui, Bush a ignoré le camouflet de la victoire démocrate de novembre, ignoré les conseils du Groupe d'étude sur l'Irak (ISG), qui exhortait notamment à discuter avec la Syrie et l'Iran, et ignoré l'avis d'un «nombre élevé de généraux de haut rang».
Selon un sondage Ipsos pour Associated Press, les Américains, dans leur écrasante majorité (70 % au total et 87 % chez les démocrates) s'opposent à l'envoi de renforts en Irak. Ils sont tout autant à penser que cela n'aidera pas à stabiliser la situation.
Le principal aspect de cette stratégie dessinée par George W. Bush mercredi est l'envoi de 21 500 soldats supplémentaires en Irak. Un «renforcement provisoire, mais je crois que personne n'a une idée vraiment claire de combien de temps cela pourrait durer», notait hier le nouveau secrétaire à la Défense, Robert Gates, candide, rajoutant au malaise à l'heure où les États-Unis rêvent de retrait.
Le nouveau ministre a estimé en tout cas que les États-Unis seraient rapidement fixés sur la bonne volonté des Irakiens à tenir leur rôle dans ce nouveau plan. L'objectif est en effet que Bagdad s'implique plus dans le rétablissement de la sécurité pour permettre, par la suite, un retrait américain.
Hier, l'équipe Bush était mobilisée pour répéter que le plan présidentiel est la dernière chance avant le chaos. «Tous les Américains savent que les enjeux sont énormes. Et nous sommes tous d'accord pour dire que la situation actuelle est inacceptable», déclarait la secrétaire d'État Condoleezza Rice. «Les Irakiens sont aux manettes, nous sommes là en soutien.»
Mais le scepticisme règne. «Nous voyons un président défier l'opinion publique comme cela ne s'est jamais vu dans notre histoire moderne», déclare Bruce Buchanan, politologue à l'Université du Texas.
«Pour lui, et il l'a souvent démontré, diriger, c'est être prêt à défier l'opinion publique. Pour lui, c'est le moyen de montrer que vous êtes un chef.»
Pour le sénateur Barack Obama, étoile montante des démocrates, ce plan équivaut à «faire du baby-sitting pour une guerre civile». S'il note que le Congrès démocrate ne va pas mettre de bâtons dans les roues aux forces déployées, il devra en revanche chercher comment empêcher le président d'aller plus loin.
Des républicains aussi sont mécontents. Pour Ric Keller, autrefois fervent soutien de Bush, «injecter plus de jeunes soldats sous les tirs croisés d'une guerre civile irakienne n'est tout simplement pas la bonne approche; nous n'allons pas régler un problème politique irakien avec une solution militaire américaine».
Mais les options des détracteurs de Bush sont limitées. Ils envisagent une motion de défiance, qui serait non contraignante. Autre idée: poser des conditions à tout déblocage des fonds nécessaires à la guerre.
Si les principaux alliés de Washington ont salué le discours de fermeté, il a été accueilli par le silence assourdissant d'alliés régionaux pourtant appelés à renforcer leur coopération et faire front devant la menace iranienne.
Chez les principaux intéressés, en Irak même, la prudence le disputait au scepticisme. Sadiq al-Ribaki, un des principaux conseillers du premier ministre Nouri al-Maliki, a tout simplement noté que «le plan américain ne peut pas réussir sans nous». Et la pression monte sur le gouvernement majoritairement chiite pour qu'il s'en prenne enfin aux milices entretenant la guerre civile mais aussi partie intégrante de la coalition au pouvoir. Bush a évité d'aborder de front cette délicate question tout en soulignant que la confiance envers l'équipe d'al-Maliki serait de plus en plus conditionnelle.
Pour Hussein al-Falluji, député sunnite, «envoyer plus de troupes ne mettra pas fin au problème, au contraire, il y aura encore plus de sang». Son collègue kurde Mahmoud Othman n'envisageait quant à lui que l'échec, «faute de solution communautaire et politique». Il était en outre totalement opposé à l'idée d'envoyer des troupes kurdes combattre les milices chiites à Bagdad, solution uniquement susceptible, selon lui, de créer de nouveaux conflits et ressentiments.
«En choisissant l'escalade dans la guerre, le président est presque tout seul», a jugé le chef de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid. Pour lui, Bush a ignoré le camouflet de la victoire démocrate de novembre, ignoré les conseils du Groupe d'étude sur l'Irak (ISG), qui exhortait notamment à discuter avec la Syrie et l'Iran, et ignoré l'avis d'un «nombre élevé de généraux de haut rang».
Selon un sondage Ipsos pour Associated Press, les Américains, dans leur écrasante majorité (70 % au total et 87 % chez les démocrates) s'opposent à l'envoi de renforts en Irak. Ils sont tout autant à penser que cela n'aidera pas à stabiliser la situation.
Le principal aspect de cette stratégie dessinée par George W. Bush mercredi est l'envoi de 21 500 soldats supplémentaires en Irak. Un «renforcement provisoire, mais je crois que personne n'a une idée vraiment claire de combien de temps cela pourrait durer», notait hier le nouveau secrétaire à la Défense, Robert Gates, candide, rajoutant au malaise à l'heure où les États-Unis rêvent de retrait.
Le nouveau ministre a estimé en tout cas que les États-Unis seraient rapidement fixés sur la bonne volonté des Irakiens à tenir leur rôle dans ce nouveau plan. L'objectif est en effet que Bagdad s'implique plus dans le rétablissement de la sécurité pour permettre, par la suite, un retrait américain.
Hier, l'équipe Bush était mobilisée pour répéter que le plan présidentiel est la dernière chance avant le chaos. «Tous les Américains savent que les enjeux sont énormes. Et nous sommes tous d'accord pour dire que la situation actuelle est inacceptable», déclarait la secrétaire d'État Condoleezza Rice. «Les Irakiens sont aux manettes, nous sommes là en soutien.»
Mais le scepticisme règne. «Nous voyons un président défier l'opinion publique comme cela ne s'est jamais vu dans notre histoire moderne», déclare Bruce Buchanan, politologue à l'Université du Texas.
«Pour lui, et il l'a souvent démontré, diriger, c'est être prêt à défier l'opinion publique. Pour lui, c'est le moyen de montrer que vous êtes un chef.»
Pour le sénateur Barack Obama, étoile montante des démocrates, ce plan équivaut à «faire du baby-sitting pour une guerre civile». S'il note que le Congrès démocrate ne va pas mettre de bâtons dans les roues aux forces déployées, il devra en revanche chercher comment empêcher le président d'aller plus loin.
Des républicains aussi sont mécontents. Pour Ric Keller, autrefois fervent soutien de Bush, «injecter plus de jeunes soldats sous les tirs croisés d'une guerre civile irakienne n'est tout simplement pas la bonne approche; nous n'allons pas régler un problème politique irakien avec une solution militaire américaine».
Mais les options des détracteurs de Bush sont limitées. Ils envisagent une motion de défiance, qui serait non contraignante. Autre idée: poser des conditions à tout déblocage des fonds nécessaires à la guerre.
Si les principaux alliés de Washington ont salué le discours de fermeté, il a été accueilli par le silence assourdissant d'alliés régionaux pourtant appelés à renforcer leur coopération et faire front devant la menace iranienne.
Chez les principaux intéressés, en Irak même, la prudence le disputait au scepticisme. Sadiq al-Ribaki, un des principaux conseillers du premier ministre Nouri al-Maliki, a tout simplement noté que «le plan américain ne peut pas réussir sans nous». Et la pression monte sur le gouvernement majoritairement chiite pour qu'il s'en prenne enfin aux milices entretenant la guerre civile mais aussi partie intégrante de la coalition au pouvoir. Bush a évité d'aborder de front cette délicate question tout en soulignant que la confiance envers l'équipe d'al-Maliki serait de plus en plus conditionnelle.
Pour Hussein al-Falluji, député sunnite, «envoyer plus de troupes ne mettra pas fin au problème, au contraire, il y aura encore plus de sang». Son collègue kurde Mahmoud Othman n'envisageait quant à lui que l'échec, «faute de solution communautaire et politique». Il était en outre totalement opposé à l'idée d'envoyer des troupes kurdes combattre les milices chiites à Bagdad, solution uniquement susceptible, selon lui, de créer de nouveaux conflits et ressentiments.
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