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Irak: Bush dévoilera son nouveau plan demain

L'opposition démocrate exigera des explications dès jeudi

9 janvier 2007  États-Unis
Des soldats américains se préparent à débarquer des cercueils à la base de Dover, sur cette photographie transmise par l’US Air Force. Le président George W. Bush doit annoncer demain sa nouvelle stratégie pour l’Irak qui devrait inclure l’e
Photo : Agence Reuters
Des soldats américains se préparent à débarquer des cercueils à la base de Dover, sur cette photographie transmise par l’US Air Force. Le président George W. Bush doit annoncer demain sa nouvelle stratégie pour l’Irak qui devrait inclure l’e
Washington — Avec la nomination d'un nouvel ambassadeur américain à Bagdad, la table est maintenant mise pour le discours que prononcera demain soir George W. Bush sur sa nouvelle stratégie pour l'Irak, mais l'opposition démocrate a haussé le ton hier et exigera des explications de l'administration dès jeudi. La stratégie de Bush, selon la presse américaine, pourrait inclure des objectifs assignés au gouvernement irakien, un milliard de dollars d'aide économique et, contre l'avis de l'opposition démocrate, un renfort de troupes américaines pouvant aller jusqu'à 20 000 hommes supplémentaires.

Lors d'une rare allocution télévisée au peuple américain, le président détaillera «sa stratégie pour aller de l'avant en Irak et dans la guerre mondiale contre le terrorisme», a annoncé hier le porte-parole de la Maison-Blanche, Tony Snow.

Les États-Unis cherchent depuis plusieurs mois les moyens d'en finir avec le bourbier irakien, dans lequel plus de 3000 militaires américains sont morts depuis l'invasion de mars 2003. Quelque 132 000 militaires américains sont déployés en Irak, un pays désormais en guerre civile. Tony Snow a précisé que la Maison-Blanche avait demandé aux principales chaînes de télévision américaines de réserver au président leur horaire de plus grande écoute demain soir.

Depuis près de quatre ans, les États-Unis ont déjà débloqué plus de 350 milliards pour la guerre en Irak, selon des calculs fondés sur les estimations de deux organismes officiels du Congrès américain.

Tony Snow a refusé de confirmer que des objectifs sur les plans politique, économique et sécuritaire, pourraient être imposés au gouvernement irakien, comme l'a affirmé hier le New York Times.

Citant de hauts responsables, le quotidien américain affirme que ces «objectifs» appelleront à une plus grande participation des sunnites dans le processus politique, à la distribution des revenus provenant du pétrole, qui a été longtemps retardée, et à un assouplissement de la politique gouvernementale à l'égard des anciens membres du parti Baas.

Parmi les autres options du président évoquées par les médias américains, l'envoi en Irak de 20 000 soldats supplémentaires pour stabiliser la situation, notamment à Bagdad, secouée quotidiennement par des violences.

L'opposition démocrate tonne

Les sénateurs et représentants démocrates ont sonné hier le branle-bas de combat contre le projet du président George W. Bush d'envoyer des renforts en Irak. Les questions de politique intérieure ont été brutalement écartées par le Congrès, l'Irak constituant l'urgence: la secrétaire d'État, Condoleezza Rice, le secrétaire à la Défense, Robert Gates et le chef d'état-major Peter Pace seront sommés de s'expliquer devant les sénateurs dès jeudi au lendemain du discours du président.

«Les démocrates s'opposent à l'escalade» et «le président va devoir se justifier», a déclaré la nouvelle présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, hier, tout en confirmant que le Congrès, à majorité démocrate, se garderait de s'opposer au financement de la guerre, bien qu'il en ait théoriquement le pouvoir.

Les trois sénateurs démocrates les plus influents ont tour à tour qualifié le plan Bush de «mauvaise idée» (Harry Reid), et d'«erreur énorme» (Richard Durbin), qui n'a «aucun sens» (Charles Schumer). Au moins deux sénateurs républicains ont publiquement exprimé leur opposition, et beaucoup d'autres ont émis de très fortes réserves. Les seuls élus à le soutenir publiquement sont le républicain John MacCain (qui avait déclaré en 2002 que la victoire serait «assez facile»), et son collègue Joseph Lieberman, un indépendant pro-guerre d'ordinaire aligné sur le camp démocrate.

«Le nombre de soldats américains tués va probablement augmenter», protestait hier le général à la retraite Wesley Clark en s'inquiétant du moral des troupes. Selon un sondage réalisé début janvier par le groupe de presse privé Military Times, il n'y a plus que 35 % des militaires américains en service actif pour approuver la guerre.

«Nos soldats ont fait un excellent travail [en Irak]. Mais à moins qu'une solution politique et diplomatique ne vienne appuyer leurs efforts, ils ont les mains liées derrière le dos», a fait valoir dimanche Nancy Pelosi.

«Le soutien du Congrès est important» pour mettre en application la nouvelle stratégie américaine, a convenu hier Tony Snow. «Il y aura un débat sur certains aspects, comme il se doit, et nous y sommes favorables», a-t-il dit.

Selon le département d'État, Condoleezza Rice devrait effectuer, peu après le discours de George W. Bush, une opération de relations publiques afin d'expliquer ses vues, d'abord lors d'une audition au Congrès, puis ensuite lors de plusieurs interventions.

Remaniement diplomatique et militaire

L'officialisation d'une nouvelle stratégie américaine pour l'Irak intervient après un vaste remaniement diplomatique et militaire en Irak. Le président George W. Bush a choisi Zalmay Khalilzad, ambassadeur américain à Bagdad pour devenir ambassadeur à l'ONU, et Ryan Crocker, en poste au Pakistan, pour représenter les États-Unis en Irak, a annoncé hier Condoleezza Rice.

«L'année qui vient de passer a montré à quel point l'ONU est importante pour les États-Unis et pour le monde, à quel point les États-Unis sont importants pour l'ONU», a déclaré la chef de la diplomatie américaine à la presse.

Si ces nominations sont confirmées par le Congrès, «Ryan et Zal assumeront deux des tâches les plus difficiles et importantes du monde», a ajouté Mme Rice.

Avec ces deux nominations, la valse des responsables américains liés à l'Irak se poursuit. La semaine dernière, M. Bush a annoncé la nomination de John Negroponte au poste de numéro deux du département d'État et son remplacement à la tête des services de renseignement américains par Michael McConnell, un ancien directeur de l'agence de renseignement électronique (NSA).

En outre, l'amiral William Fallon, actuellement commandant des forces armées américaines dans le Pacifique, doit prendre la succession de John Abizaid en tant que responsable du centcom au Proche-Orient et le général George Casey, actuel chef des forces américaines en Irak, doit être remplacé par le général de corps d'armée David Petraeus.

Ce remaniement, entamé avec le limogeage du ministre de la Défense Donald Rumsfeld au lendemain de la large victoire démocrate aux élections parlementaires de novembre, prépare le terrain au discours du président sur l'Irak.

De confession musulmane et d'origine afghane, Zal Khalilzad, 55 ans, remplacera à l'ONU le très controversé John Bolton, poussé à la démission par le refus du Congrès de le confirmer à ce poste. Tout comme John Bolton, M. Khalilzad fait partie des faucons de l'administration Bush, derrière le vice-président Dick Cheney.

La nomination de cette figure de l'administration Bush à l'ONU, annoncée depuis plusieurs jours, a été favorablement accueillie par les experts qui y ont vu le signe que le président américain accordait de l'importance à l'organisation internationale qu'il a longtemps méprisée.

Mais certains craignent que «Zal» ne se concentre trop sur l'Irak et l'Afghanistan, au détriment d'autres dossiers cruciaux comme les programmes nucléaires nord-coréen et iranien ou la crise humanitaire au Darfour.

Pour Edward Luck, un expert des organisations internationale à l'Université de Columbia, les liens de M. Khalilzad avec MM. Bush et Cheney seront un plus pour le nouvel ambassadeur à l'ONU, à condition qu'il ne donne pas l'impression de «ne faire que défendre l'objectif des États-Unis de sortir en douceur» de l'Irak.

Il sera remplacé à Bagdad par Ryan Crocker, ambassadeur des États-Unis à Islamabad depuis 2004, qui parle couramment arabe et a fait quasiment toute sa carrière dans la région, notamment en Irak dans les années 70 puis en 2003, comme premier directeur de l'Autorité provisoire de la Coalition.
 
 
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