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La pagaille

Serge Truffaut   24 octobre 2006  États-Unis
Lorsqu'on s'arrête à l'évolution du dossier irakien au cours des derniers jours, c'est à se demander si la pagaille ne s'est pas emparée de la Maison-Blanche. Entre les propos contradictoires du président Bush, la grogne de généraux américains ainsi que britanniques, la leçon donnée par James Baker, ex-secrétaire d'État, à l'endroit de la haute administration et un mois d'octobre qui s'annonce comme un des plus meurtriers alors qu'il n'est pas encore terminé, la présidence donne l'image du chien qui essaye de se mordre la queue.

Commençons avec l'armée. À mots à peine couverts, le général responsable des forces américaines présentes en Irak a indiqué avoir amorcé ces jours-ci un examen en profondeur de la stratégie arrêtée en la matière. La raison principale de cet examen? L'application du vaste plan conçu plus tôt cette année pour pacifier Bagdad s'est soldée par un échec. Fait à noter, tout au long de cet épisode le concernant au premier chef, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld a adopté un profil bas.

La semaine dernière, on s'en souviendra, Baker est intervenu sur la place publique pour critiquer la manière dont la Maison-Blanche gère le dossier. Depuis lors, grâce aux confidences chuchotées par des républicains classiques comme Baker, on sait que le moment choisi par ce dernier pour formuler son appréciation du sujet n'était évidemment pas innocent. L'objectif? Profiter des revers que prédisent les sondages lors des élections de mi-mandat pour se débarrasser des néoconservateurs et de certains courants religieux. En clair, la vieille garde républicaine veut prendre sa revanche en vue de la présidentielle de 2008.

Ensuite, il y a cette initiative prise vendredi dernier, c'est à souligner, par les dirigeants religieux sunnites et chiites rassemblés au sein de l'Organisation de la conférence islamique. Baptisé le Document de la Mecque, le texte qu'ils ont signé, négocié en l'absence de représentants américains, propose une amnistie qu'ils jugent comme le seul moyen propre à pacifier l'Irak ainsi qu'un retrait daté des troupes de la coalition américano-britannique.

Simultanément au geste effectué par l'Organisation de la conférence islamique, le Times de Londres assurait qu'une délégation d'Américains avaient négocié eux aussi un accord d'amnistie avec des sunnites sans en toucher un mot au gouvernement... irakien! Il faut dire qu'entre Washington et le premier ministre Nouri al-Maliki les relations sont de plus en plus élastiques. La cause? Ce dernier tarde effectivement à réaliser le désarmement des milices chiites. Qui plus est, à la demande du jeune leader chiite Moqtada al-Sadr, il a libéré un cadre de sa garde rapprochée connu pour avoir massacré des sunnites.

Entre le mécontentement affiché de hauts-gradés, les torpilles envoyées par les vieux mandarins républicains en direction de la Maison-Blanche, les initiatives concurrentes des uns et des autres, on ne peut que constater qu'une modification à la fois stratégique et politique est en cours. En attendant d'en connaître la teneur, relevons un abandon de taille: plus personne n'évoque l'instauration de la... démocratie!






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  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    mardi 24 octobre 2006 08h27
    Ignorance est mère de tous les maux (Rabelais)
    « Dans La Cousine Bette, parue en 1846, Honoré de Balzac écrit ceci : « L'ignorance est la mère de tous les crimes. Un crime est, avant tout, un manque de raisonnement. » On ne saurait mieux dire pour caractériser la pagaille actuelle qui saisit les autorités politiques et militaires étatsuniennes au vu de la catastrophique situation en Irak. En effet. G.W. Bush et ses conseillers ignoraient tout de la situation réelle et complexe de l'Irak lorsqu'ils se sont jetés tête la première dans le guêpier irakien. Leur ignorance se paie maintenant au prix fort. Comment sortir d'un guêpier en pleine agitation?
    On a envie de ressortir une vielle rengaine ironique :
    « Ah il fallait pas, il fallait pas qu'y aille
    Ah il fallait pas, il fallait pas y aller
    Mais il a fallu, il fallu qu'y aille
    Mais il a fallu, il fallu y aller. »
    Au lieu d'écouter les avis des Cheney, Rumsfeld, Wolfowitch, G.W. Bush aurait dû étudier soigneusement l'histoire de l'Irak, de ses institutions religieuses et politiques, consulter les conseillers de son père qui lui avaient dit de ne pas envahir Bagdad et de ne pas renverser S. Hussein. Il aurait alors pu réfléchir à la situation. Mais son manque de raisonnement, remplacé par les mensonges que l'on ne connaît que trop bien, l'a conduit à commettre ce que Balzac dénonce comme un crime par ignorance, l'invasion de l'Irak.
    Comme le disait Victor Hugo, « Il y a deux manières d'ignorer les choses : la première, c'est de les ignorer ; la seconde, c'est de les ignorer et de croire qu'on les sait. La seconde est pire que la première. » (Océan, prose)
    L'agitation frénétique des milieux politiques et militaires n'est que le résultat d'une ignorance fondamentale, dont les conséquences se répercutent dans le monde entier. Et G.W. Bush, après avoir mis l'Irak à feu et à sang, maintient la même position, le même manque de jugement objectif. Dommage qu'il ne connaisse pas ce que disait Michel Eyquem de Montaigne: « La reconnaissance de l'ignorance est l'un des plus beaux et plus sûrs témoignages de jugement que je trouve. » (Essais, II, 10) Il retrouverait un peu d'honneur. »

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