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Onde de choc nucléaire

Le Devoir   10 octobre 2006  États-Unis
Premiers intéressés, les Sud-Coréens se sont arraché les journaux d’hier annonçant la réussite du premier essai nucléaire nord-coréen. Les services de renseignements sud-coréens ont indiqué que l’explosion souterraine avait eu lieu hier pr
Photo : Agence Reuters
Premiers intéressés, les Sud-Coréens se sont arraché les journaux d’hier annonçant la réussite du premier essai nucléaire nord-coréen. Les services de renseignements sud-coréens ont indiqué que l’explosion souterraine avait eu lieu hier pr
L'explosion non confirmée d'une première bombe nucléaire de confection nord-coréenne a suscité hier une levée de boucliers dans le monde, la promesse d'une réponse ferme de l'ONU et une demande immédiate de sanctions de la part des États-Unis.

Si Pyongyang a qualifié l'essai d'«événement historique», les services de renseignements américains ont seulement confirmé, pour l'instant, qu'ils avaient détecté l'explosion d'une puissance de moins d'une kilotonne, ajoutant qu'on devait encore déterminer si elle était d'origine nucléaire. «Cela peut être fait en fin d'après-midi, comme cela peut encore prendre un jour ou deux», a affirmé hier le porte-parole de la Maison-Blanche, Tony Snow.

Il a refusé de dire comment les ...tats-Unis allaient procéder, mais a assuré que le gouvernement américain rendrait ses conclusions publiques. Selon les services de renseignements sud-coréens, qui ont observé une secousse sismique de magnitude 3,5 sur l'échelle de Richter, l'explosion a eu lieu à 10h30 hier sur le site de Hwadaeri, près de Kilju, dans la province septentrionale de Hamgyong, à 385 km au nord-est de Pyongyang.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a d'ores et déjà condamné cet essai nucléaire, effectué en dépit de ses mises en garde, a déclaré l'ambassadeur du Japon, Kenzo Oshima, qui préside le Conseil ce mois-ci, à l'issue de premières consultations d'urgence.

Les 15 membres du Conseil de sécurité ont de nouveau enjoint à la Corée du Nord de «s'abstenir d'effectuer d'autres tests, de retourner aux pourparlers à six et d'abandonner tous ses programmes nucléaires et ses autres programmes liés aux missiles». Les pourparlers à six (Chine, les deux Corée, ...tats-Unis, Japon, Russie), qui visent à faire abandonner à la Corée du Nord son programme nucléaire militaire, sont boycottés par Pyongyang depuis novembre 2005 pour protester contre des sanctions bancaires américaines.

Les membres du Conseil «ont souligné que la réponse du Conseil devait être ferme, rapide et très claire», a ajouté M. Oshima. Une réunion d'experts avait lieu hier après-midi pour discuter d'un projet de résolution présenté par les ...tats-Unis. Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité et le Japon se réunissent à nouveau ce matin pour continuer de discuter de la réponse à donner à l'essai nucléaire nord-coréen, sur la base de propositions américaines de sanctions.

L'ambassadeur américain, John Bolton, a précisé que ce projet prévoyait l'imposition de sanctions à la Corée du Nord aux termes du «chapitre sept» de la Charte de l'ONU, qui donnent au Conseil de larges pouvoirs d'action, y compris militaires, pour traiter les «menaces pour la paix, les infractions à la paix, ou les actes d'agression». Les mesures qui seront prises contre la Corée du Nord devront faire «vraiment mal», a aussi estimé hier le négociateur américain dans le dossier nucléaire nord-coréen, Christopher Hill, sur la chaîne américaine Fox News.

Un premier projet de résolution, mis en circulation par les ...tats-Unis, «condamne le test nucléaire», «exige le retour immédiat et sans conditions préalables de la Corée du Nord aux pourparlers à six» et son «retour au sein du Traité de non-prolifération nucléaire et aux garanties de l'Agence internationale de l'énergie atomique». Il exige également «l'abandon par Pyongyang de son programme d'armement nucléaire et de ses programmes nucléaires».

En matière de sanctions, ce document prévoit l'imposition à la Corée du Nord d'un embargo sur «les armes et matériels connexes», «les matériels liés à la technologie nucléaire ou à celle des missiles», ainsi que sur «les marchandises de luxe». L'embargo couvre également «la formation technique» liée à la production de ces biens, ainsi que «les transactions financières qui soutiennent les activités liées aux missiles, ou liées à des activités illégales telles que la contrefaçon, le blanchiment d'argent, le trafic de drogue».

Le texte prévoit également «le gel des avoirs ou ressources financiers à l'étranger liés à ces activités», ainsi que «l'inspection internationale de toute cargaison à destination ou en provenance de Corée du Nord afin d'assurer l'application des mesures ci-dessus». Le projet prévoit que le Conseil procédera au bout de 30 jours à une évaluation de la façon dont la Corée du Nord se sera acquittée de ses obligations.

Le projet de résolution comporte en annexe des propositions déposées par le Japon et qui sont plus fermes. Le Japon propose ainsi d'interdire totalement aux navires nord-coréens l'accès aux ports des autres pays, et aux avions nord-coréens, l'accès à leurs aéroports. Tokyo propose également un embargo sur tous les biens en provenance de Corée du Nord et l'imposition d'une interdiction de voyager aux hauts dignitaires du gouvernement de ce pays.

Condamnation unanime

Washington est par ailleurs confiant d'en arriver à une action qui recueille l'appui des autres membres du Conseil de sécurité. M. Bolton a souligné hier que la discussion avait été «tout à fait remarquable» et qu'elle avait produit, en 30 minutes seulement, «une condamnation unanime» de l'essai nord-coréen. «Personne ne l'a défendu, loin de là», a-t-il dit. Même la Chine, fidèle alliée du régime communiste nord-coréen, a fait part de «sa ferme opposition» à un essai mené «de manière éhontée». Pour Mohamed el-Baradei, directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique, l'essai «représente un défi sécuritaire grave non seulement pour l'Extrême-Orient, mais aussi pour l'ensemble de la communauté internationale».

Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, s'est quant à lui dit très préoccupé par ce premier essai nucléaire nord-coréen, estimant qu'il allait aggraver les tensions dans la région. M. Annan appelle les parties à «répondre à ce grave défi d'une manière constructive et appelle à la reprise rapide de sérieuses négociations dans le cadre des discussions à six», lit-on aussi dans le communiqué.

L'escalade

Cette première explosion atomique nord-coréenne a été qualifiée d'«événement historique» par le régime totalitaire de Kim Jong Il. Pyongyang avait averti le 3 octobre qu'elle allait procéder à un essai, invoquant «la menace extrême des ...tats-Unis de déclencher une guerre nucléaire» ainsi que les sanctions imposées par le Trésor américain contre des entités nord-coréennes accusées de blanchiment d'argent.

Cet essai nucléaire, effectué en violation notamment de l'Accord intercoréen de dénucléarisation de la péninsule de 1992, est l'aboutissement de l'escalade commencée en octobre 2002, lorsque l'administration Bush a accusé Pyongyang de poursuivre un programme clandestin d'enrichissement d'uranium.

En 2003, Washington s'est tout de même résolu à engager un dialogue par le biais des pourparlers à six. En septembre 2005, un accord de principe appelant au désarmement de la Corée du Nord en échange de garanties de sécurité est signé. Le texte, vague, ne comporte aucun calendrier. Dès le lendemain, Pyongyang précise ses exigences de réciprocité et Washington décide des sanctions financières visant à étrangler le régime de Kim Jong Il, accusé de fabrication de fausse monnaie.

***

Avec l'Agence France-Presse, Associated Press, Le Monde et Reuters
Premiers intéressés, les Sud-Coréens se sont arraché les journaux d’hier annonçant la réussite du premier essai nucléaire nord-coréen. Les services de renseignements sud-coréens ont indiqué que l’explosion souterraine avait eu lieu hier pr Manifestation dénonçant l’essai nucléaire nord-coréen, hier, dans les rues de Séoul, en Corée du Sud.
 






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