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«Nous avons survécu»

N/A ZZZN/A   28 août 2006  États-Unis
Dans une église de La Nouvelle-Orléans, hier: prier pour que cela n’arrive plus.
Photo : Agence Reuters
Dans une église de La Nouvelle-Orléans, hier: prier pour que cela n’arrive plus.
La Nouvelle-Orléans — Habitants dépressifs, quartiers dévastés, réfugiés éparpillés dans tout le pays... Un an après le passage de Katrina sur la côte sud des États-Unis, la région reste traumatisée par un ouragan qui a fait plus de 1500 morts et des centaines de milliers de déplacés, révélant la profondeur des fractures sociales et l'incompétence des autorités jusqu'au plus haut niveau.

Le 28 août 2005, alors que Katrina arrive, le maire de La Nouvelle-Orléans, Ray Nagin, ordonne l'évacuation de la ville. Seule une partie de la population peut s'enfuir, créant des embouteillages monstres sur les routes, tandis que nombre des 60 % d'habitants noirs, trop pauvres pour partir, gagnent les abris prévus par les autorités, dont le complexe sportif du Superdome et le palais des congrès.

Le 29 août, Katrina, ouragan de catégorie 4, touche terre en Louisiane. Le 30, les digues qui retenaient les eaux du lac Pontchartrain se rompent, et l'eau commence à envahir la ville. La gouverneure de Louisiane, Kathleen Blanco, ordonne l'évacuation des 50 000 à 100 000 habitants restants d'après les estimations, mais les opérations seront lentes et mal organisées.

Les États-Unis et le reste du monde découvrent une super puissance encore plus démunie face à une catastrophe naturelle qu'elle ne l'a été, confrontée au terrorisme, le 11 septembre 2001, ou au même titre que l'Asie face au tsunami de décembre 2004.

Les images sont terribles: quartiers entiers inondés, habitants abandonnés à eux-mêmes, sans vivres ni eau, coincés sur les toits, scènes de pillage et de violence, sauvetages difficiles de personnes âgées, comme le musicien Fats Domino, 77 ans... Au 1er septembre, on recensait 30 000 réfugiés au Superdome, 25 000 au palais des congrès et 76 000 dans les abris de la Croix-Rouge. Dans le Superdome où s'entassent souvent les plus pauvres, noirs dans leur immense majorité, la situation devient vite insupportable: chaleur, promiscuité, puanteur, rumeurs d'agressions, le toit arraché par la tempête, l'eau qui s'infiltre, les sanitaires hors d'usage, l'électricité et l'eau potable coupées... «Nous étions terrifiés», se souvient l'un des réfugiés, Buzz Leininger, les forces de l'ordre «avaient peur d'une émeute». Onze personnes, âgées pour la plupart, sont mortes au Superdome.

Comme des milliers d'autres, Buzz Leininger vit désormais dans une caravane de la FEMA, devant sa maison inondée. Les plus démunis de la région — environ 350 000 personnes vivaient en dessous du seuil de pauvreté avant Katrina — ont basculé dans l'extrême pauvreté. La diaspora des sinistrés, au total quelque 1,5 million de personnes, s'est éparpillée dans tout le pays, au Canada ou à Porto Rico. Une flopée de rapports officiels ou indépendants l'ont montré: les autorités régionales et locales n'étaient pas préparées à une telle catastrophe, pas plus que l'Agence fédérale des situations d'urgence (FEMA), dont le patron Michael Brown, qui a minimisé la catastrophe, a été limogé. Toute la chaîne de commandement a réagi trop lentement et a été prise en défaut. Résultat, les secours fédéraux ont mis des jours à arriver.

Située sous le niveau de la mer, La Nouvelle-Orléans était censée être protégée des eaux du lac Pontchartrain et du fleuve Mississippi, mais les digues n'étaient pas construites pour résister à des ouragans de la force de Katrina. Les quatre cinquièmes de la ville ont été inondés, certains quartiers le restant pendant des mois. Au total, la tempête qui a frappé le golfe du Mexique a fait plus de 1500 morts en Louisiane, dans le Mississippi et l'Alabama, des centaines de milliers de sans-abri et des dizaines de milliards de dollars de dégâts.

«La reconstruction prendra du temps», souligne-t-on à la Maison-Blanche. Le président George Bush avait promis de «faire ce qu'il faut» et «rapidement», mais un an après, le nettoyage des débris laissés par la tempête et les inondations n'est pas terminé, des dizaines de milliers de familles vivent dans le provisoire, caravanes ou chambres d'hôtel, sans espoir proche d'obtenir un logement permanent, d'importantes décisions concernant la reconstruction et l'amélioration de la prévention des inondations ont été reportées, et très peu sinon rien n'a été fait pour améliorer la condition des pauvres dans cette nouvelle Nouvelle-Orléans.

La ville, qui comptait quelque 485 000 habitants avant Katrina, n'en a vu revenir qu'environ 250 000. Ray Nagin, réélu en mai, impute la lenteur du redressement à la bureaucratie et au racisme, estimant que «si cela s'était passé en Californie ou à Miami, la réaction aurait été différente». Autant dire que l'accueil risque d'être frais pour George Bush demain à La Nouvelle-Orléans. Selon un sondage Associated Press-Ipsos réalisé du 7 au 9 août, 67 % des personnes interrogées, et 83 % parmi les minorités, désapprouvent la gestion de la crise Katrina par le président. Et les démocrates ne vont pas manquer l'occasion pour critiquer le pouvoir républicain à l'approche des élections législatives de mi-mandat, en novembre.

Quant au maire Ray Nagin, renonçant à toute dépense inutile pour sa ville exsangue, il a choisi la sobriété pour cette première commémoration, destinée uniquement à «célébrer le fait que nous avons survécu, un an après Katrina».






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