Bush sème la controverse
George Bush a confirmé hier la nomination du général de l'armée de l'air Michael Hayden à la tête de la CIA. Ce choix est loin de faire l'unanimité, y compris dans les rangs républicains, notamment parce qu'il s'agit d'un militaire, mais aussi parce qu'il est l'instigateur d'un controversé programme d'écoute électronique de citoyens américains.
«C'est la bonne personne pour diriger la CIA en cette période critique», a assuré le président des États-Unis, s'exprimant aux côté de l'intéressé, dans le bureau ovale de la Maison-Blanche.
Actuellement numéro deux du Renseignement national, organisme qui chapeaute les 16 agences de renseignement américaines et les 100 000 personnes qui y travaillent, Michael Hayden a aussi présidé, entre 1999 et 2005, aux destinées de la National Security Agency (NSA), une agence vouée à l'écoute électronique qui relève du Pentagone. Au cours de son mandat, il a mis sur pied un vaste programme d'écoute électronique, sans mandat judiciaire, qui a fait l'objet d'une vive polémique quand les médias l'ont mis au jour en 2005.
Pour entrer en vigueur, le choix du général Hayden doit encore être confirmé par le Sénat. Si tel est le cas, l'officier âgé de 61 ans succédera à Porter Goss, qui a remis vendredi sa démission sans motiver son geste après moins de 20 mois à cette fonction.
Bush a rappelé que le Sénat avait unanimement approuvé l'an dernier la nomination de Hayden au poste de directeur adjoint du Renseignement national, instance dont dépend désormais la CIA, et il a invité les élus à renouveler cette décision au plus vite.
«Mike connaît notre communauté du renseignement de fond en comble. Il a été à la fois un fournisseur et un consommateur de renseignements», a souligné le président.
Hayden s'est pour sa part dit impatient de se présenter aux dirigeants du Congrès pour «mieux comprendre leurs inquiétudes et coopérer avec eux afin de faire progresser la communauté américaine du renseignement».
Nombre d'élus, jusque dans le camp présidentiel, estiment toutefois qu'il n'est pas le mieux placé pour reprendre la tête de la Central Intelligence Agency. On estime, d'une part, que la nomination d'un militaire déséquilibre les rapports entre l'agence de Langley et le Pentagone et, d'autre part, qu'il traîne dans son sillage la controverse sur les écoutes électroniques. Certains soulignent également qu'il est plus ferré en matière de technologies du renseignement que dans le domaine de la collecte sur le terrain, mission essentielle de la CIA.
«L'essentiel, c'est, je crois, qu'il est la mauvaise personne au mauvais endroit et au mauvais moment», a déclaré sur Fox TV Peter Hoekstra, président républicain de la commission du Renseignement à la Chambre des représentants. Celui-ci n'aura pas à se prononcer sur cette nomination, mais son avis pourrait peser lourd.
La CIA est passée récemment sous le contrôle du Renseignement national, instance créée dans le cadre des réformes entreprises pour remédier aux lacunes mises en lumière par les attentats du 11 septembre 2001.
La transition ne s'est pas effectuée sans résistance et des tensions ont rapidement affecté les relations entre Goss et John Negroponte, directeur de ce Renseignement national, dont Hayden était jusqu'à présent le numéro deux.
Negroponte vante Hayden
Le patron du renseignement national a défendu hier le choix de Michael Hayden pour assumer la direction de la CIA. «Ce qui compte, ce sont les compétences de la personne qui va occuper le poste», a déclaré John Negroponte hier.
Selon lui, Michael Hayden «est une personne très indépendante d'esprit, qui parle franchement» et il n'a pas l'intention de prendre sa retraite de l'armée pour occuper le poste de directeur de la CIA.
Le général Hayden «a occupé une grande variété de postes, notamment dans des institutions civiles», a ajouté M. Negroponte pour rassurer ceux qui critiquent le choix d'un militaire à la tête de la CIA.
«Ayant été directeur de la NSA pendant six ans, il sait comment gérer et transformer de grosses institutions», a-t-il estimé. «Mike est aussi un réformateur» et «l'homme qu'il faut pour s'assurer que la CIA reste, comme son nom l'indique, au centre de la communauté du renseignement», a-t-il ajouté.
M. Negroponte a annoncé que Michael Hayden aurait un nouvel adjoint à la CIA et que Stephen Kappes, un ancien de la CIA parti à la retraite, était sérieusement considéré pour occuper ce poste. Ancien chef des opérations clandestines de la CIA, M. Kappes avait démissionné en 2004 après des conflits répétés avec M. Goss.
Alors que des rumeurs ont circulé à Washington sur la mésentente entre MM. Negroponte et Goss pour expliquer le départ de ce dernier, John Negroponte a souligné que Porter Goss s'était lui-même présenté comme un directeur de transition et que le président Bush avait jugé que c'était le bon moment pour changer de directeur de la CIA.
Selon lui, la CIA a pour priorité dans les années à venir d'accroître le nombre d'espions et de renforcer ses capacités d'analyse.
Concernant les critiques sur le rôle de Michael Hayden dans le programme controversé d'écoutes extrajudiciaires, il a rappelé que le général Hayden avait «déjà expliqué et défendu le programme au Congrès et devant l'opinion publique» et qu'il était «très bien préparé» pour répondre aux questions sur ce sujet lors du processus de confirmation au Sénat.
Des questions, il y en aura certainement. Des sénateurs ont déjà fait savoir qu'ils entendaient mettre son audition à profit pour tenter d'en apprendre davantage sur le programme d'écoute des citoyens américains, que Bush a justifié en le qualifiant d'élément indispensable dans son dispositif antiterroriste.
Son appartenance à l'armée de l'air sera elle aussi discutée. «Pour envoyer un signal d'indépendance envers le Pentagone, le général Hayden pourrait envisager de prendre sa retraite de l'armée de l'air», a déclaré la sénatrice républicaine Susan Collins.
Ancien analyste de la CIA aujourd'hui professeur d'études stratégiques à la National Defense University, Rick Russell doute lui aussi de la pertinence de nommer un militaire à la CIA: «L'un des motifs de la création du directeur du Renseignement national était de renforcer le rôle des civils dans la communauté du renseignement. Et voilà qu'on place un officier [de l'armée de l'air] à la tête du joyau du renseignement civil.»
La CIA est en crise depuis les attentats du 11 septembre 2001 qu'elle n'a pas su empêcher. L'agence de renseignement a également été très critiquée pour avoir affirmé à tort que l'ancien dictateur irakien Saddam Hussein avait des armes de destruction massive.
La commission d'enquête sur le 11 septembre avait reproché à l'agence d'avoir négligé le recrutement d'espions et de s'être appuyée trop largement sur les services de renseignement de gouvernements étrangers.
D'après Reuters et Agence France-Presse
«C'est la bonne personne pour diriger la CIA en cette période critique», a assuré le président des États-Unis, s'exprimant aux côté de l'intéressé, dans le bureau ovale de la Maison-Blanche.
Actuellement numéro deux du Renseignement national, organisme qui chapeaute les 16 agences de renseignement américaines et les 100 000 personnes qui y travaillent, Michael Hayden a aussi présidé, entre 1999 et 2005, aux destinées de la National Security Agency (NSA), une agence vouée à l'écoute électronique qui relève du Pentagone. Au cours de son mandat, il a mis sur pied un vaste programme d'écoute électronique, sans mandat judiciaire, qui a fait l'objet d'une vive polémique quand les médias l'ont mis au jour en 2005.
Pour entrer en vigueur, le choix du général Hayden doit encore être confirmé par le Sénat. Si tel est le cas, l'officier âgé de 61 ans succédera à Porter Goss, qui a remis vendredi sa démission sans motiver son geste après moins de 20 mois à cette fonction.
Bush a rappelé que le Sénat avait unanimement approuvé l'an dernier la nomination de Hayden au poste de directeur adjoint du Renseignement national, instance dont dépend désormais la CIA, et il a invité les élus à renouveler cette décision au plus vite.
«Mike connaît notre communauté du renseignement de fond en comble. Il a été à la fois un fournisseur et un consommateur de renseignements», a souligné le président.
Hayden s'est pour sa part dit impatient de se présenter aux dirigeants du Congrès pour «mieux comprendre leurs inquiétudes et coopérer avec eux afin de faire progresser la communauté américaine du renseignement».
Nombre d'élus, jusque dans le camp présidentiel, estiment toutefois qu'il n'est pas le mieux placé pour reprendre la tête de la Central Intelligence Agency. On estime, d'une part, que la nomination d'un militaire déséquilibre les rapports entre l'agence de Langley et le Pentagone et, d'autre part, qu'il traîne dans son sillage la controverse sur les écoutes électroniques. Certains soulignent également qu'il est plus ferré en matière de technologies du renseignement que dans le domaine de la collecte sur le terrain, mission essentielle de la CIA.
«L'essentiel, c'est, je crois, qu'il est la mauvaise personne au mauvais endroit et au mauvais moment», a déclaré sur Fox TV Peter Hoekstra, président républicain de la commission du Renseignement à la Chambre des représentants. Celui-ci n'aura pas à se prononcer sur cette nomination, mais son avis pourrait peser lourd.
La CIA est passée récemment sous le contrôle du Renseignement national, instance créée dans le cadre des réformes entreprises pour remédier aux lacunes mises en lumière par les attentats du 11 septembre 2001.
La transition ne s'est pas effectuée sans résistance et des tensions ont rapidement affecté les relations entre Goss et John Negroponte, directeur de ce Renseignement national, dont Hayden était jusqu'à présent le numéro deux.
Negroponte vante Hayden
Le patron du renseignement national a défendu hier le choix de Michael Hayden pour assumer la direction de la CIA. «Ce qui compte, ce sont les compétences de la personne qui va occuper le poste», a déclaré John Negroponte hier.
Selon lui, Michael Hayden «est une personne très indépendante d'esprit, qui parle franchement» et il n'a pas l'intention de prendre sa retraite de l'armée pour occuper le poste de directeur de la CIA.
Le général Hayden «a occupé une grande variété de postes, notamment dans des institutions civiles», a ajouté M. Negroponte pour rassurer ceux qui critiquent le choix d'un militaire à la tête de la CIA.
«Ayant été directeur de la NSA pendant six ans, il sait comment gérer et transformer de grosses institutions», a-t-il estimé. «Mike est aussi un réformateur» et «l'homme qu'il faut pour s'assurer que la CIA reste, comme son nom l'indique, au centre de la communauté du renseignement», a-t-il ajouté.
M. Negroponte a annoncé que Michael Hayden aurait un nouvel adjoint à la CIA et que Stephen Kappes, un ancien de la CIA parti à la retraite, était sérieusement considéré pour occuper ce poste. Ancien chef des opérations clandestines de la CIA, M. Kappes avait démissionné en 2004 après des conflits répétés avec M. Goss.
Alors que des rumeurs ont circulé à Washington sur la mésentente entre MM. Negroponte et Goss pour expliquer le départ de ce dernier, John Negroponte a souligné que Porter Goss s'était lui-même présenté comme un directeur de transition et que le président Bush avait jugé que c'était le bon moment pour changer de directeur de la CIA.
Selon lui, la CIA a pour priorité dans les années à venir d'accroître le nombre d'espions et de renforcer ses capacités d'analyse.
Concernant les critiques sur le rôle de Michael Hayden dans le programme controversé d'écoutes extrajudiciaires, il a rappelé que le général Hayden avait «déjà expliqué et défendu le programme au Congrès et devant l'opinion publique» et qu'il était «très bien préparé» pour répondre aux questions sur ce sujet lors du processus de confirmation au Sénat.
Des questions, il y en aura certainement. Des sénateurs ont déjà fait savoir qu'ils entendaient mettre son audition à profit pour tenter d'en apprendre davantage sur le programme d'écoute des citoyens américains, que Bush a justifié en le qualifiant d'élément indispensable dans son dispositif antiterroriste.
Son appartenance à l'armée de l'air sera elle aussi discutée. «Pour envoyer un signal d'indépendance envers le Pentagone, le général Hayden pourrait envisager de prendre sa retraite de l'armée de l'air», a déclaré la sénatrice républicaine Susan Collins.
Ancien analyste de la CIA aujourd'hui professeur d'études stratégiques à la National Defense University, Rick Russell doute lui aussi de la pertinence de nommer un militaire à la CIA: «L'un des motifs de la création du directeur du Renseignement national était de renforcer le rôle des civils dans la communauté du renseignement. Et voilà qu'on place un officier [de l'armée de l'air] à la tête du joyau du renseignement civil.»
La CIA est en crise depuis les attentats du 11 septembre 2001 qu'elle n'a pas su empêcher. L'agence de renseignement a également été très critiquée pour avoir affirmé à tort que l'ancien dictateur irakien Saddam Hussein avait des armes de destruction massive.
La commission d'enquête sur le 11 septembre avait reproché à l'agence d'avoir négligé le recrutement d'espions et de s'être appuyée trop largement sur les services de renseignement de gouvernements étrangers.
D'après Reuters et Agence France-Presse
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