Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    États-Unis - Bush et les affres du second mandat

    59 % des Américains se disent insatisfaits de leur président et de sa politique gouvernementale

    10 avril 2006 |Joël Plouffe - . | États-Unis
    Aux derniers sondages, 59 % des Américains se disent insatisfaits de leur président et de sa politique gouvernementale. Depuis le mois d'août dernier, le lent glissement du gouvernement américain dans les sondages semble inéluctable...

    Désormais, avec une cote de popularité au plus bas dans les sondages, le président George W. Bush enlise son pays dans un bourbier irakien, qui commence à avoir des relents du Vietnam. Le séisme politique qui a secoué les États-Unis à la fin de l'été dernier et à la suite du passage de l'ouragan Katrina ne semble pas vouloir cesser de répercuter ses répliques en cascade de la Maison-Blanche au Capitole, à moins de 10 mois des prochaines élections au Congrès. D'affaires de corruption en scandales politiques, Bush «canard boiteux» s'enlise avec l'affaire Valerie Plame et les dernières révélations de Lewis Libby dans les affres du second mandat.

    La malédiction des seconds mandats

    La tempête politique qui perdure à Washington depuis le passage de l'ouragan Katrina s'inscrit dans la logique récurrente des seconds mandats. Si la réélection d'un président sortant est souvent suivie d'un état de grâce, bien souvent, des scandales viennent entacher les «fins de règnes». Ainsi Richard Nixon constatait, le lendemain de sa réélection en 1972, que «la plupart des seconds mandats sont désastreux» et qu'il ferait l'impossible «pour que le sien ne le soit pas»... Pour autant, il quitte peu de temps après la Maison-Blanche en plein coeur du Watergate, désavoué par la Cour suprême dont il avait nommé quatre des neuf membres, honni par une population qui ne le comprend plus. Avec moins de fracas, les seconds mandats de Ronald Reagan (frappé par l'affaire Iran-Contra) et de Bill Clinton (avec le Monicagate) sont également marqués par le «mauvais oeil» du second mandat.

    En effet, si les seconds mandats sont parfois l'occasion pour un président sortant, peu sujet aux pressions électorales, de marquer l'histoire, leur bilan décisionnel est souvent décevant. Dès lors, le parallèle avec les erreurs décisionnelles de George W. Bush s'impose: son inaptitude à réagir adéquatement (comme en témoignent son mutisme au matin du 11 septembre, son attentisme durant les jours suivant le tsunami du 26 décembre 2004, et son silence durant les heures suivant l'ouragan Katrina) pourrait constituer le fardeau de son second mandat, tandis que les forces américaines semblent s'enliser en Irak.

    Alors que le changement de personnel à la Maison-Blanche ne parvient pas à occulter les affaires de corruption (Delay et Abramoff) ni le ressac de l'affaire Valerie Plame. Son propre parti est également rendu plus frileux, en raison des élections au Congrès, qui se dérouleront le 7 novembre prochain: les évangéliques menacent de retirer leur soutien au parti du président, alors qu'ils mènent une croisade dans le Dakota du Sud pour proscrire l'avortement, et les conservateurs se divisent sur la question de la frontière avec le Mexique et de l'immigration clandestine.

    Le Congrès en période préélectorale

    C'est l'ouragan Katrina qui a amorcé le changement de tendance au Congrès — majoritairement républicain tant à la Chambre des représentants qu'au Sénat. En donnant lieu à une aide financière substantielle aux sinistrés et aux États touchés, l'impact de Katrina s'est fait ressentir à deux titres: d'une part, les diminutions des taux d'imposition paraissent plus hasardeuses et, d'autre part, le projet de réduire l'étendue — et les bénéficiaires — du programme Medicare est devenu moins pertinent, alors même que les victimes des ouragans, déplacées dans les États limitrophes, peinent encore à trouver un logement décent. Pourtant, certains ont vu plus loin que l'ouragan, en faisant le constat des tensions sur le marché pétrolier. En effet et paradoxalement, Katrina pourrait être le prétexte que certains cherchaient pour accélérer l'autorisation législative afin de forer des puits en Alaska et en mer de Beaufort.

    Il est vrai que la crainte que ne soient touchées les plateformes pétrolières au large du Texas, a révélé, si besoin était, la vulnérabilité des États-Unis et particulièrement celle de l'industrie pétrolière nationale: les conséquences économiques d'une pénurie ont paru soudain plus réelles et plus dévastatrices.

    C'est ce constat qui est venu alimenter le projet de l'administration Bush de mettre en oeuvre l'exploitation des champs pétroliers de l'Arctic National Wildlife Refuge (ANWR) en Alaska. Ce sanctuaire écologique unique a été créé en 1960 pour protéger l'un des plus importants sites naturels des États-Unis. Mais devant les risques de rupture d'approvisionnement pétrolier, l'administration Bush cherche, depuis 2001, à mettre en oeuvre un programme d'extraction du pétrole situé dans la partie nord de l'ANWR. Parce qu'il lui faut l'accord du Congrès, le projet est régulièrement porté devant les chambres, et tout aussi régulièrement défait... Mais, depuis que le Sénat s'est prononcé favorablement il y a un an, la question peut à tout moment, au moyen d'un amendement, refaire surface. Or c'est un million de barils par jour que le gouvernement américain espère produire dans cette zone en 2025, peu importe les mises en garde des écologistes, et les dégâts occasionnés il y a plus de quinze jours (en Alaska, et en dehors de l'ANWR) par une fuite de 200 000 gallons de pétrole d'un pipeline de Prudhoe Bay. Pourtant, ce projet insensé — dont l'envergure déstabilisera inévitablement l'écologie arctique — ne sera pas en mesure de garantir l'autosuffisance américaine en pétrole. Tandis que les lobbyistes sont de plus en plus actifs en cette veille électorale, l'administration court de plus en plus le risque de voir son soutien au Congrès s'amenuiser au fur et à mesure que les pressions de l'opinion publique s'accroissent.

    Crises

    Crise humanitaire, crise politique et crise pétrolière: l'Irak et l'ouragan Katrina ont grandement fragilisé le président américain. Avec la multiplication des scandales politiques et des affaires à Washington, le président est désormais coincé entre une opinion publique qui réclame des têtes et un parti en campagne électorale. Désormais, sur toile de fond d'enlisement des forces américaines en Irak, les affaires Delay, Abramoff et Libby entachent, les unes après les autres, le second mandat du président Bush: la présidence impériale pourrait avoir vécu...

    ***
    Les auteurs sont chercheurs à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, ils ont contribué à l'ouvrage La Présidence des États-Unis paru aux Presses de l'Université du Québec, en 2005.












    Envoyer
    Fermer

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.