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La Chine: un nouveau péril jaune?

19 octobre 2005  Asie
L'essor économique de la Chine serait-il une menace pour les économies occidentales ou provoque-t-il simplement un repli nationaliste et protectionniste de ces pays, mettant du coup à nu un double discours à l'endroit du commerce international?

Lorsque la Chine s'éveillera, la Terre tremblera, a affirmé un jour Napoléon Bonaparte. Comme nous le savons tous maintenant, l'économie de l'Empire du Milieu tourne à plein régime. Avec un taux de croissance qui oscille aux alentours de 9 % depuis plusieurs années, la perception des succès des Chinois chez les dirigeants occidentaux a vite tourné de l'émerveillement à l'appréhension.

La Chine, une menace?

Celle qu'on qualifie désormais d'usine du monde a récemment fait la manchette plus souvent qu'à son tour dans les médias occidentaux. La pléthore d'articles non seulement décrit l'émergence économique du géant asiatique mais le dépeint aussi comme une menace.

À ce propos, sur les ondes de la populaire chaîne américaine Fox News, le présentateur Neil Cavuto déclarait qu'«après avoir eu peur que tout soit fabriqué en Chine, nous craignons maintenant que ce pays nous achète morceau par morceau». Ainsi, dans les médias, la Chine semble responsable des déboires des économies occidentales, de la perte des emplois dans l'industrie du textile jusqu'à la flambée des prix du pétrole.

En plus des médias, la classe politique occidentale est de plus en plus préoccupée par la place grandissante de cet État dans l'économie internationale. À ce titre, nous pouvons citer deux exemples criants.

Premièrement, le 1er janvier 2005, avec la fin de l'Accord multifibre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) permettant aux États membres d'imposer des quotas aux importations de textiles chinois, tant les États-Unis que l'Union européenne ont vivement réagi pour freiner l'arrivé massive du textile chinois à bas prix sur leurs marchés. À ce propos, en avril dernier, le commissaire européen au commerce, Peter Mandelson, affirmait qu'«il y a des raisons d'être préoccupé. L'Europe ne peut pas rester sans rien faire».

Le deuxième exemple est la tentative infructueuse d'achat, cet été, de la pétrolière américaine Unocal par la société étatique chinoise China National Offshore Oil Corporation (CNOOC). Cette offre d'achat a provoqué une levée massive de boucliers au Congrès américain afin de contrer cette transaction. On a alors sorti l'épouvantail du communisme et du budget militaire chinois et affirmé l'importance du pétrole dans la sécurité énergétique américaine. Malgré une offre de 18,5 milliards $US de la part de la CNOOC, la compagnie américaine Chevron Texaco mettra vraisemblablement la main sur Unocal pour une somme moindre de 17,1 milliards.

Somme toute, en plus du déferlement des produits chinois en Occident, les entreprises chinoises convoitent aussi les symboles de l'économie américaine. Nos voisins du Sud ont accusé le premier choc, suivi de plaintes du Congrès, lorsque l'entreprise informatique chinoise Lenovo Group a acheté la division PC d'IBM en 2004. La même situation s'est produite lorsque Haier Group, le numéro un de l'électroménager chinois, a fait une offre pour acquérir l'entreprise américaine Maytag, abandonnée en juillet 2005.

Malgré ces faits, cette appréhension est discutable. À titre d'exemple, peu importe qu'en 2000 la Chine ait investi moins de 400 millions $US aux États-Unis, comparativement à plus de 230 milliards de dollars pour la Grande-Bretagne et 159 milliards pour le Japon, c'est l'Empire du Milieu qui, selon les Américains, mettrait en péril leur économie.

Outre le débat sur la véracité de cette menace, cette situation permet de mettre à nu un double discours de la part des gouvernements occidentaux, chantres du libre-échange absolu. Elle découvre deux poids et deux mesures à l'endroit du commerce international et du développement.

L'empereur est nu

En effet, il est étonnant de voir une certaine fièvre protectionniste de la part de gouvernements affirmant que le libre-échange est la planche de salut pour le développement des États du Sud. Lorsque des multinationales européennes, américaines ou canadiennes parviennent à percer le marché chinois, ce sont de bonnes nouvelles pour les économies occidentales. Toutefois, le contraire apparaît comme un danger, une menace pour l'économie.

Par conséquent, le double discours crève les yeux. D'une part, le libre-échange, réduisant l'intervention gouvernementale et éliminant les barrières tarifaires et non tarifaires aux commerces, est promu sur toutes les tribunes, des négociations pour une zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) à la promotion des investissements directs étrangers des multinationales, sans oublier les pressions des institutions internationales sur les pays en développement pour libéraliser leur économie et les ouvrir au commerce international.

D'autre part, dans les faits, les États développés, tout en prônant un libre-échange quasi total, pratiquent un libre-échange partiel selon leurs intérêts nationaux. La question des subventions agricoles est un excellent exemple de ce double discours.

Comme le rapportait en avril dernier un article du quotidien français Libération, un fonctionnaire européen ironisait en affirmant qu'«[o]n ne peut pas souhaiter durant des décennies le développement de pays comme la Chine ou l'Inde et, dès qu'ils deviennent compétitifs dans un secteur, leur fermer nos marchés».

Tout bien considéré, à l'instar du conte d'Anderson, les habits de l'empereur ne sont pas aussi flamboyants qu'on ose l'affirmer. Le discours ne colle pas à la réalité. De toute évidence, l'empereur est nu, mais peu sont ceux qui osent le dire ouvertement.






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