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Bâtir la démocratie est un travail de longue haleine

Claude Lévesque   6 novembre 2009  Asie
Le président de la Commission des plaintes électorales d'Afghanistan, le Canadien Grant Kippen, croit toujours à l'avènement d'une véritable démocratie dans ce pays, à condition d'y consacrer le temps et l'énergie nécessaires.

Le suspense électoral qui durait depuis le 20 août a pris fin lundi, quand les autorités afghanes ont déclaré Hamid KarzaÏ réélu à la présidence même s'il n'a pas recueilli la majorité absolue des voix au premier tour, parce que son principal adversaire venait de jeter l'éponge. Survenant après la révélation de fraudes massives, ce dénouement est d'autant plus décevant que le scrutin de cette année avait des allures de test, étant donné que son organisation était pour l'essentiel assumée par les Afghans eux-mêmes, et non plus par les Nations unies.

«Je ne dirais pas que l'Afghanistan a échoué au test de la démocratie, a affirmé M. Kippen dans un échange de courriels. Il ne faut pas oublier que la construction d'une démocratie représentative durable requiert du temps et de l'énergie, aussi bien de la part des Afghans que de la communauté internationale. C'est un travail de longue haleine qui n'exclut pas que des erreurs soient commises.»

M. Kippen a refusé de se prononcer sur la légitimité qu'auront le président Karzaï et son gouvernement dans les circonstances actuelles. En revanche, il a dit croire que «la communauté internationale va continuer à appuyer le peuple afghan et ses élus», ce que laissent d'ailleurs présager les déclarations de plusieurs responsables politiques étrangers depuis quelques jours.

Grant Kippen n'est pas un néophyte en matière d'élections afghanes ou de démocratie électorale. Ce diplômé des universités Western et d'Ottawa a déjà travaillé pour Élections Canada; à l'étranger, il a oeuvré pour diverses organisations en Algérie, au Cambodge, au Pakistan et au Timor-Oriental, entre autres. En Afghanistan, il a dirigé le bureau de Kaboul du National Democratic Institute en 2003 et 2004.

Saisie des nombreuses allégations de fraude lors du scrutin du 20 août, la Commission des plaintes électorales a ordonné quelques semaines plus tard le recomptage d'un large échantillon de bulletins de vote, une opération qui a révélé des fraudes massives ayant surtout profité au président sortant.

«Il y a plusieurs leçons à tirer [de l'expérience]. Je dirais que la principale leçon, c'est qu'il faut former les responsables électoraux et les fonctionnaires afin qu'ils jouent leur rôle et qu'ils s'acquittent de leurs responsabilités dans un environnement libre d'intimidation», a affirmé Grant Kippen.

«Nous savions qu'il y aurait des irrégularités au cours du vote et du dépouillement, mais nous n'avions pas idée de l'ampleur des problèmes que nous allions découvrir après avoir ordonné un recomptage», a-t-il ajouté.

La Commission des plaintes électorales est un organisme indépendant prévu par la loi électorale afghane. Elle est constituée de deux membres afghans et de trois membres étrangers nommés par les Nations unies.






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