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Élections afghanes - Le fiasco

Serge Truffaut   4 novembre 2009  Asie
Entachée par une fraude massive, l'élection afghane vient de virer au fiasco. Car à la suite du retrait d'Abdullah Abdullah, la légitimité d'Hamid Karzaï en tant que président a été réduite à trois fois rien. Ce faisant, à la Maison-Blanche, on gomme des objectifs, on soustrait des ambitions.

Il faut le mentionner d'emblée: si Abdullah a jeté l'éponge, c'est bel et bien parce que Karzaï a fait preuve d'une obstination maladive, presque fanatique. On se souviendra que lors du scrutin tenu en août dernier, plus d'un million de bulletins se sont avérés autant de faux. Après qu'il fut décidé qu'un deuxième tour aurait lieu le 7 novembre prochain, le chef de l'opposition avait formulé deux requêtes afin d'imprimer une certaine crédibilité à cet exercice. Un, Abdullah voulait que tous les ministres réputés avoir participé à l'escroquerie de l'été dernier soient suspendus. Deux, il souhaitait que la composition de la Commission électorale soit chamboulée, celle-ci étant noyautée par des proches de Karzaï. Ce dernier ayant répondu par un niet à tout, Abdullah a donc estimé qu'il n'avait pas d'autre choix que de se retirer.

Deuxième épisode? Présidée par un ancien conseiller de Karzaï, la Commission a décrété que celui-ci était reconduit à sa fonction de chef d'État. Cette décision, c'est à retenir, est une entorse aussi énorme que flagrante à la Constitution. En effet, cette dernière stipule que pour occuper le siège de président, il faut avoir récolté au minimum 50 % des suffrages. Or Karzaï a obtenu 48 % lors du vote d'août. Bref, rien dans cette histoire n'est conforme à la loi fondamentale de ce pays.

On s'en doute, dans les palais, celui de Karzaï comme ceux des gouverneurs, sans oublier la Maison-Blanche, on s'agite avec fébrilité à réparer les pots cassés. Plus exactement, on étudie la possibilité de former un gouvernement minoritaire et d'amender la Constitution afin qu'une élection soit organisée au printemps prochain. On planche également sur la possibilité suivante: convoquer une Loya Jirga, soit cette assemblée à laquelle participent uniquement les chefs de clans et de tribus d'Afghanistan, qui pourrait choisir un nouveau chef. C'est lors de la Loya Jirga de 2002 que Karzaï est sorti du lot.

Aux États-Unis, ces récents événements ont eu pour conséquence immédiate un report de la décision que Barack Obama doit prendre à propos de la stratégie militaire à suivre. Avant toute chose, on se rappellera que le commandant des troupes américaines situées en Afghanistan, soit le général Stanley McChrystal, réclame une addition de 44 000 soldats. De ce qui transpire de la Maison-Blanche, personne n'est chaud à l'idée d'augmenter la taille du contingent alors que Karzaï n'a plus de légitimité et que le pays est gangréné par la corruption. C'est un secret de polichinelle qu'Obama a frais en mémoire l'ajout de 22 000 soldats en mars dernier afin d'assurer un déroulement normal des... élections!

Selon les informations obtenues par le New York Times, l'exécutif a apporté une modification très importante au plan élaboré en son temps par George Bush. Il ne serait plus question de transformer l'Afghanistan en une démocratie à l'occidentale, mais bien de faire en sorte qu'al-Qaïda n'ouvre pas des bases d'entraînement et que les talibans ne prennent pas le pouvoir central. Chose certaine, le fiasco électoral rend injustifiable l'envoi de troupes supplémentaires.






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