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Juillet sanglant en Afghanistan - Comédie d'erreurs

Serge Truffaut   23 juillet 2009  Asie
Le présent mois n'est pas encore terminé qu'il s'avère d'ores et déjà le plus meurtrier depuis qu'une expédition internationale renversait en 2001 le régime des talibans en Afghanistan. Cette remontée en puissance d'islamistes pourtant honnis par la majorité de la population est conséquente à ceci: une comédie d'erreurs.

Ainsi donc, la prévision formulée au printemps dernier par des gradés américains est devenue réalité: les talibans ont attendu l'été pour amorcer une offensive plus musclée, plus ample, que celles observées depuis le début de 2002. Invité à commenter cette résurgence, le nouveau patron du contingent américain en Afghanistan, le général Stanley A. McChrystal, a évoqué un déficit sur le flanc de la coordination et les refuges au Pakistan. Mais il a surtout eu ces mots: «Nous sommes aux prises avec cinq combats régionaux. Nous ne sommes pas impliqués dans une guerre.» À ce que l'on sache, c'est la première fois qu'une personnalité de son rang fait un clin d'oeil appuyé à la variable anthropologique. Un clin d'oeil, une évocation qui mérite, voire qui exige, une analyse rétrospective.

Il était une fois un peuple afghan qui, à la surprise des Américains et de leurs alliés ainsi qu'à celle de ses adversaires talibans, ne s'engagea pas dans la résistance une fois ces derniers condamnés à prendre le chemin de la retraite. Pour la première fois dans l'histoire de ce pays confronté aux ambitions coloniales de plus d'une nation, notamment lors du Grand Jeu mettant aux prises, entre autres, les Russes et les Britanniques, ses citoyens acceptèrent de bonne grâce que des étrangers occupent leur sol. Le moteur de ce changement d'attitude inédit? Entre le départ du dernier soldat soviétique et l'arrivée du premier Américain, les 33 millions d'Afghans avaient subi la dictature des talibans. Toujours est-il que l'obscurantisme de ces derniers, leur comportement féodal, avaient permis aux Américains de bénéficier d'une certaine bienveillance. Or, qu'ont fait ces derniers? Plus précisément qu'ont fait le président Bush, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld et le vice-président Dick Cheney? Ils ont composé une ode à la bêtise militaire, politique et économique.

Après le départ des talibans, Bush et compagnie, plutôt que de s'appliquer à sécuriser une population broyée par trente années de guerre civile, plutôt que d'assurer les services essentiels comme la distribution de l'eau, plutôt que de reconstruire les infrastructures, qu'elles soient routières ou médicales, Bush et les siens donc se sont attelés à construire un nouvel État au forceps. Ils ont donc agi de manière à organiser des élections après avoir supervisé la rédaction d'une Constitution empruntant à celles de 1923 et 1964. Et alors? Ces deux dernières avaient été confectionnées alors que le pays était un royaume. Ce faisant, Hamid Karzaï, vainqueur de l'élection, a hérité comme le roi en son temps du pouvoir de nomination des gouverneurs régionaux comme de la responsabilité des salaires des instituteurs.

Du coup, Karzaï et Bush se sont aliéné en moins de deux les responsables des groupes tribaux. Et d'une. Et de deux, lorsque la Maison-Blanche est partie à l'assaut de l'Irak au printemps 2003 elle a réduit le nombre de soldats en Afghanistan à trois fois rien: 7000. À titre comparatif, mentionnons que lors du conflit en Bosnie en 1996, l'OTAN avait déployé 54 000 soldats alors que la superficie de ce pays est le douzième de l'Afghanistan et sa population, le sixième. Mentionnons également qu'entre les compressions budgétaires pour cause d'engagement en Irak et l'avarice des Européens, l'aide financière accordée à l'Afghan en 2005 avait atteint 66 $, alors qu'elle fut de 237 $ en Serbie et au Monténégro. En un mot, sur tous les flancs Washington s'est contenté de faire le service minimum.

Conscients évidemment de cela, les talibans se sont tout d'abord alliés aux barons de la drogue. On estime que les bons et loyaux services qu'ils allouent aux trafiquants leur permettent d'empocher entre 60 et 100 millions par année. Soit beaucoup plus que tout le budget prévu pour la région de Kandahar et de la vallée d'Helmand. Bref, les fous de Dieu se sont engouffrés en masse dans la brèche béante que l'administration Bush leur a offerte sur un plateau d'argent. Cela étant, on comprendra que l'humeur de l'Afghan soit ces temps-ci à marée basse.






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