«La culture d'impunité se poursuit»
Photo : Jacques Grenier
Sima Samar, ancienne ministre afghane et aujourd’hui présidente de la Commission afghane indépendante des droits de la personne.
Les progrès depuis la chute du régime taliban en Afghanistan au chapitre des droits humains et plus particulièrement en ce qui a trait à la condition féminine demeurent très timides, aux yeux de l'ancienne vice-première ministre et ministre de la Condition féminine de ce pays, Sima Samar, qui préside aujourd'hui la Commission afghane indépendante des droits de la personne.
Certes, des structures ont été mises en place, l'État de droit règne sur une bonne partie du territoire, mais «comparé aux attentes des citoyens afghans, sept ans après la chute du régime taliban, on aurait dû en avoir fait beaucoup plus», estime la médecin, qui a pratiqué son métier en exil au Pakistan pendant plus de dix ans, auprès des réfugiées afghanes.
Aujourd'hui à la tête de la Commission afghane des droits de la personne, qui veille non seulement à l'application des droits économiques et sociaux, mais aussi au bon fonctionnement des mécanismes de sécurité et des élections, Mme Samar considère que justice n'a pas encore été faite. «La culture d'impunité se poursuit. Ceux qui étaient au pouvoir dans le passé, qui ont commis des violations des droits humains, ont encore du pouvoir dans le pays, à différentes positions», fait valoir Mme Samar en entrevue au Devoir.
Cette ardente défenderesse des droits des femmes, qui a siégé au conseil des ministres du gouvernement intérimaire d'Hamid Karzaï à son retour d'exil en 2001, craint que les erreurs du passé ne se répètent. «Pendant l'occupation soviétique, la communauté internationale a choisi les groupes les plus fondamentalistes, les a soutenus financièrement pour combattre les Russes. Ce sont eux qui sont devenus les talibans et al-Qaeda. On doit en tirer des leçons et ne pas faire encore une fois confiance à ces gens», fait valoir l'ex-ministre, qui a démissionné après avoir été victime de menace à sa sécurité.
Pour Mme Samar, il aurait été plus stratégique de s'efforcer de répondre aux besoins de base de la population afghane, qui aspire tout simplement à une réduction de la pauvreté et au développement du pays. «Il y a eu beaucoup de promesses pour l'Afghanistan: la liberté, les droits humains, le développement, l'État de droit... Elles doivent être remplies! Dans n'importe quel État ou régime politique, un gouvernement qui n'est pas appuyé par le peuple ne peut durer. C'est vrai en Afghanistan comme au Canada», clame l'ancienne politicienne, qui se sent aujourd'hui plus à l'aise de s'exprimer en tant que responsable de la Commission des droits de la personne.
Elle rappelle que les soviétiques, en dépit d'une présence militaire de quelque 140 000 soldats, n'ont pas réussi à contrôler le pays dans les années 1980 faute d'appui populaire au gouvernement en place. «Avec 50 000 soldats actuellement, c'est très difficile, à moins d'avoir une coopération de la communauté. Si le gouvernement a la confiance du public, les éléments anti-gouvernementaux deviendront isolés et la population ne les laissera pas venir dans leur village, ne les aidera pas», poursuit Mme Samar.
Favorable à la présence militaire, elle refuse de la voir comme une force «d'occupation» parce qu'elle émane d'une résolution des Nations unies et répond à un besoin impérieux de protection. Cela dit, l'opération n'est, pour ainsi dire, pas un franc succès. «Il y a malheureusement des erreurs. Il n'y a pas assez de coordination entre la communauté internationale et le gouvernement afghan ou les forces de sécurité afghanes. Une meilleure coordination aurait contribué à réduire les erreurs et les pertes de vies civiles», estime Mme Samar.
La formation des forces de l'ordre afghanes par les acteurs de la communauté internationale est essentielle pour la suite des choses. «Ils doivent sentir que ce pays leur appartient, qu'ils doivent en assurer la sécurité».
Si elle prend fait et cause pour tous les droits de la personne, au sens figuré comme au sens propre, à travers la commission indépendante qu'elle dirige et qui emploie 600 personnes dans le pays, Mme Samar est bien consciente que le droit à la sécurité est fondamental dans ce pays meurtri par des décennies de guerre. «Les parents veulent être certains que si leurs enfants vont à l'école, ils ne seront pas kidnappés en chemin ou qu'une bombe n'explosera pas à l'école», illustre la femme, qui est néanmoins convaincue que la solution passe nécessairement par une lutte contre la pauvreté et par le développement économique et social.
L'État afghan et la communauté internationale devront aussi s'atteler à traduire en justice ceux qui ont violé les droits fondamentaux par le passé. «Je ne vois pas de paix sans justice», tranche la présidente de la Commission afghane indépendante des droits de la personne. Elle reconnaît toutefois que le système judiciaire afghan n'est pas outillé actuellement pour traiter de crimes de guerre.
Mme Samar prononçait mercredi une conférence à l'invitation de la Fondation 60 millions de filles, qui fait la promotion de l'éducation des filles et des femmes partout dans le monde.
Elle participait hier au conseil d'administration de Droits et Démocratie. L'organisme international, dont le siège social est basé à Montréal, soutient notamment le processus de réforme du code de la famille en Afghanistan. Droits et démocratie contribue également à des initiatives de promotion des droits des femmes et à la mise en place de cliniques juridiques pour favoriser le recours au contrat de mariage.
Certes, des structures ont été mises en place, l'État de droit règne sur une bonne partie du territoire, mais «comparé aux attentes des citoyens afghans, sept ans après la chute du régime taliban, on aurait dû en avoir fait beaucoup plus», estime la médecin, qui a pratiqué son métier en exil au Pakistan pendant plus de dix ans, auprès des réfugiées afghanes.
Aujourd'hui à la tête de la Commission afghane des droits de la personne, qui veille non seulement à l'application des droits économiques et sociaux, mais aussi au bon fonctionnement des mécanismes de sécurité et des élections, Mme Samar considère que justice n'a pas encore été faite. «La culture d'impunité se poursuit. Ceux qui étaient au pouvoir dans le passé, qui ont commis des violations des droits humains, ont encore du pouvoir dans le pays, à différentes positions», fait valoir Mme Samar en entrevue au Devoir.
Cette ardente défenderesse des droits des femmes, qui a siégé au conseil des ministres du gouvernement intérimaire d'Hamid Karzaï à son retour d'exil en 2001, craint que les erreurs du passé ne se répètent. «Pendant l'occupation soviétique, la communauté internationale a choisi les groupes les plus fondamentalistes, les a soutenus financièrement pour combattre les Russes. Ce sont eux qui sont devenus les talibans et al-Qaeda. On doit en tirer des leçons et ne pas faire encore une fois confiance à ces gens», fait valoir l'ex-ministre, qui a démissionné après avoir été victime de menace à sa sécurité.
Pour Mme Samar, il aurait été plus stratégique de s'efforcer de répondre aux besoins de base de la population afghane, qui aspire tout simplement à une réduction de la pauvreté et au développement du pays. «Il y a eu beaucoup de promesses pour l'Afghanistan: la liberté, les droits humains, le développement, l'État de droit... Elles doivent être remplies! Dans n'importe quel État ou régime politique, un gouvernement qui n'est pas appuyé par le peuple ne peut durer. C'est vrai en Afghanistan comme au Canada», clame l'ancienne politicienne, qui se sent aujourd'hui plus à l'aise de s'exprimer en tant que responsable de la Commission des droits de la personne.
Elle rappelle que les soviétiques, en dépit d'une présence militaire de quelque 140 000 soldats, n'ont pas réussi à contrôler le pays dans les années 1980 faute d'appui populaire au gouvernement en place. «Avec 50 000 soldats actuellement, c'est très difficile, à moins d'avoir une coopération de la communauté. Si le gouvernement a la confiance du public, les éléments anti-gouvernementaux deviendront isolés et la population ne les laissera pas venir dans leur village, ne les aidera pas», poursuit Mme Samar.
Favorable à la présence militaire, elle refuse de la voir comme une force «d'occupation» parce qu'elle émane d'une résolution des Nations unies et répond à un besoin impérieux de protection. Cela dit, l'opération n'est, pour ainsi dire, pas un franc succès. «Il y a malheureusement des erreurs. Il n'y a pas assez de coordination entre la communauté internationale et le gouvernement afghan ou les forces de sécurité afghanes. Une meilleure coordination aurait contribué à réduire les erreurs et les pertes de vies civiles», estime Mme Samar.
La formation des forces de l'ordre afghanes par les acteurs de la communauté internationale est essentielle pour la suite des choses. «Ils doivent sentir que ce pays leur appartient, qu'ils doivent en assurer la sécurité».
Si elle prend fait et cause pour tous les droits de la personne, au sens figuré comme au sens propre, à travers la commission indépendante qu'elle dirige et qui emploie 600 personnes dans le pays, Mme Samar est bien consciente que le droit à la sécurité est fondamental dans ce pays meurtri par des décennies de guerre. «Les parents veulent être certains que si leurs enfants vont à l'école, ils ne seront pas kidnappés en chemin ou qu'une bombe n'explosera pas à l'école», illustre la femme, qui est néanmoins convaincue que la solution passe nécessairement par une lutte contre la pauvreté et par le développement économique et social.
L'État afghan et la communauté internationale devront aussi s'atteler à traduire en justice ceux qui ont violé les droits fondamentaux par le passé. «Je ne vois pas de paix sans justice», tranche la présidente de la Commission afghane indépendante des droits de la personne. Elle reconnaît toutefois que le système judiciaire afghan n'est pas outillé actuellement pour traiter de crimes de guerre.
Mme Samar prononçait mercredi une conférence à l'invitation de la Fondation 60 millions de filles, qui fait la promotion de l'éducation des filles et des femmes partout dans le monde.
Elle participait hier au conseil d'administration de Droits et Démocratie. L'organisme international, dont le siège social est basé à Montréal, soutient notamment le processus de réforme du code de la famille en Afghanistan. Droits et démocratie contribue également à des initiatives de promotion des droits des femmes et à la mise en place de cliniques juridiques pour favoriser le recours au contrat de mariage.
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