vendredi 27 novembre 2009 Dernière mise à jour 09h42


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Moscou refuse de cesser le feu en Géorgie

Alexandre Shields   11 août 2008  Asie
Sous le feu russe, le gouvernement géorgien a annoncé hier le retrait de ses forces en Ossétie du Sud, deux jours après avoir lancé une vaste offensive pour tenter de reprendre le contrôle de la région indépendantiste. Tbilissi a aussi dit vouloir négocier un cessez-le-feu avec Moscou, qui a cependant contesté la réalité du retrait géorgien et poursuivi son offensive, frappant notamment la périphérie de la capitale de la Géorgie.

Le front diplomatique n'a pas non plus connu de répit hier. Le ton est monté entre Américains et Russes lors d'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU consacrée au conflit russo-géorgien, où les Américains ont notamment accusé Moscou de vouloir renverser le gouvernement de Tbilissi, reconnu pour être pro-occidental.

La Russie, qui estime que les affrontements ont causé la mort de 2000 civils et déplacé des milliers d'autres, a effectivement fait savoir qu'elle ne considérait plus le président géorgien, Mikhaïl Saakachvili, comme un partenaire. Elle a toutefois pris soin de préciser que son départ n'est pas une condition sine qua non pour que la crise en Ossétie du Sud soit résolue. «Un homme qui a donné l'ordre de commettre des crimes de guerre ayant abouti à la mort de milliers de civils pacifiques ne peut être considéré par la Russie comme un partenaire», a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, à des journalistes.

Selon l'ambassadeur américain auprès de l'ONU, Zalmay Khalilzad, M. Lavrov aurait aussi dit à son homologue américaine, Condoleezza Rice, que Saakachvili «doit partir». Interrogé sur ce point, il a indiqué qu'il ne fallait pas interpréter de manière erronée une conversation entre ministres et qu'il n'avait pas posé la démission de Saakachvili comme une condition pour un règlement de la crise. «Quand les troupes géorgiennes auront quitté l'Ossétie du Sud et qu'un accord sur le non-usage de la force sera signé, la paix sera rétablie, sans égard pour le sort futur de Saakachvili», a ajouté le chef de la diplomatie russe.

Cessez-le-feu?

Le ministère géorgien des Affaires étrangères s'est dit prêt hier soir à entamer immédiatement des négociations sur un cessez-le-feu et une cessation des hostilités. La Russie a confirmé avoir reçu cette note, mais elle affirme que la Géorgie n'a pas cessé les hostilités. Moscou s'estime donc en droit de poursuivre ses opérations au sol, mais aussi ses frappes aériennes. «Le problème, c'est qu'ils [les Géorgiens] disent toutes sortes de choses, mais ce n'est pas ce qu'on constate sur le terrain», a soutenu M. Lavrov.

L'entrée en jeu de la France pourrait peut-être aider à trouver une façon de faire taire les armes. Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, est arrivé hier soir à Tbilissi. Il doit se rendre à Moscou aujourd'hui pour présenter, au nom de la présidence française de l'Union européenne, un «plan de sortie de crise» fondé sur «trois principes: cessation immédiate des hostilités; retrait des forces sur leurs positions antérieures à celles du 6 août, assorti de formules d'accompagnement international; respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la Géorgie».

L'ambassadeur de la Géorgie à l'ONU, Irakli Alasania, a par contre d'ores et déjà plaidé pour une «intervention diplomatique et humanitaire immédiate» des Nations unies afin de protéger son pays contre «l'agression russe». Il a dit que la Russie avait été formellement avertie du fait que le retrait des troupes géorgiennes de l'Ossétie du Sud était complet.

M. Khalilzad a insisté de son côté sur la nécessité que Moscou retire ses forces de la petite république, accusant la Russie d'empêcher le retrait des forces géorgiennes et l'appelant «à considérer les conséquences de cette agression». «Nous condamnons l'agression russe contre la souveraineté de la Géorgie» et le fait que la Russie «vise des civils et [mène] une campagne de terreur», avait déclaré M. Khalilzad, un peu plus tôt.

Les armes parlent

Ces mises en gardes américaines n'ont pas empêché les Russes de poursuivre leur action et de prendre le contrôle de Tskhinvali, capitale de l'Ossétie du Sud. Pour la première fois depuis le début des combats, l'aviation russe a pris pour cible Tbilissi, bombardant une usine aéronautique située à la périphérie de la capitale géorgienne, où sont construits des avions militaires Sukhoï-25. Les pistes de l'usine ont été endommagées, mais il n'y a pas eu de victimes, selon le ministère de l'Intérieur.

Selon un site Web d'informations, Géorgie civile, qui cite le ministère de l'Intérieur, des appareils russes ont également largué des bombes en secteur inhabité, près de l'aéroport de Tbilissi, en début de soirée. En soirée hier, on ne signalait pas de victimes.

Parallèlement, Tskhinvali a été soumise à un important barrage d'artillerie. Selon des réfugiés qui ont fui les combats, la ville est en ruine et jonchée de cadavres. L'ambassadeur de la Russie auprès de l'OTAN, Dimitri Rogozine, parlait samedi d'un ville détruite à «98 %». Lors des combats, les médecins d'un hôpital local ont transféré les patients dans une cave faiblement éclairée, les bombes ayant creusé de larges trous dans les étages supérieurs. Ils ont indiqué qu'ils n'ont ni eau ni fournitures médicales pour venir en aide à 200 blessés. «Tout est détruit, rien ne fonctionne, même à la morgue, a dit un médecin, Valentina Koutoukhova. Les tirs se poursuivent, il ne nous reste plus rien.»

Au moment d'aller sous presse, la ville géorgienne de Gori était attaquée «massivement» par l'artillerie et l'aviation russes, et des troupes au sol se préparent à un assaut, selon le porte-parole du ministre géorgien de l'Intérieur, Chota Outachvili, en évoquant «des bombardements massifs». Le président géorgien, Mikhaïl Saakachvili, a affirmé pour sa part que des chars russes se trouvaient hier sur le territoire géorgien, hors de la région séparatiste de l'Ossétie du Sud.

Plus tôt dans la journée, la marine russe a par ailleurs coulé un navire géorgien transportant des lanceurs de missiles, après un engagement sur mer, rapportent les agences de presse russes en citant le ministère de la Défense. Selon ce dernier, des bateaux géorgiens ont essayé par deux fois d'attaquer des navires russes, qui «ont répliqué, en conséquence de quoi l'un des navires géorgiens à l'origine de l'attaque a coulé».

Reste qu'il est difficile de départager les diverses informations émanant des différents camps. La Russie s'emploie à convaincre la communauté internationale de son rôle d'honnête intermédiaire, intervenant malgré elle pour contenir un président géorgien incontrôlable, dont les forces auraient entrepris un nettoyage ethnique contre le peuple ossète. La Géorgie se présente quant à elle comme un vaillant petit pays repoussant l'ogre impérialiste et subissant les foudres du Kremlin par suite de sa volonté de devenir une démocratie occidentale et un allié de l'OTAN.

Avec l'AFP, AP et Reuters






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Serge Manzhos
    Inscrit
    lundi 11 août 2008 02h14
    cette article informe mal
    « Géorgie fait parti de la route alternative du transit du pétrole caspien vers l'ouest en plus d'être prêt a stationner des troupes étrangers sur son territoire pour assurer son indépendance de la Russie. On le comprend que cette disposition de Tbilissi était très bien accueilli dans l'ouest toujours inquiet de son approvisionnement en énergie. Dans une article de cette longueur-la on espèrerait que ce contexte soit mentionne. Mais passons...
    Maintenant tout ce beau-monde avec M. Kouchner en tête se précipitent pour poser en grands défenseurs de paix. Pendant ce temps la, dans les média on est bombardé par les images de la dévastation causée par les bombardements russes des villes géorgiennes. Après avoir consulter Spiegel, NYT, Washington poste... je n'ai vu que des photos prises en Géorgie, aucune provenant de l'Ossetie o'u la plupart des victimes civiles se trouvait pourtant.
    Il y en a en Europe qui s'en font du capital politique, France la premiere. On nous dit
    "L'entrée en jeu de la France pourrait peut-être aider à trouver une façon de faire taire les armes".
    Ni la France ni l'Europe dans son ensemble n'ont guère de leviers dans ce conflit-la. Ils aurait mieux se taire et laisser les peuples concernes de négocier une solution. Que cette solution passera ou non par un changement de frontières n'est pas très grave si on considère comment les présentes frontière ont été mises en place en premier lieu. »

  • Jean-Marc Rivest
    Inscrit
    lundi 11 août 2008 07h04
    Poutine, "Libérateur des peuples opprimés"
    « Nul besoin d'être prophète pour deviner ce que tramait le maître du Kremlin. Et inutile de dire que les puissances amies de la Géorgie ne pouvaient ignorer ce que le commun des mortels pouvait aisément voir venir. La revancharde Russie semble s'y entendre à merveille pour martyriser les petit peuple qui ont eu l'impudence de s'affranchir de la maison mère, et de déclencher ce conflit pendant que la planète est occupée à jouer dans la plus peuplé des démocaties planétaires... Peut-être devront nous bientôt agrandir le cimetière ou gisent les bandits Tcétchènes pour y ajouter les méchants terroristes Géorgiens.

    Jean-Marc Rivest »

  • andré michaud
    Inscrit
    lundi 11 août 2008 11h51
    Cul de sac ethnique
    « L'Ossétie veut suivre l'exemple du Kosovo et s'auto proclamer indépendante. La Géorgie refuse. La Russie prétend prendre la part des ossétiens et arrêter la purification ethnique du gouvernement géorgien.Encore une chicane ethnique...(Même bien sur, il a aussi des intérêts économiques en jeu...)

    L'acceptation de l'auto proclamation d'indépendance du Kosovo a ouvert une boite de pandore...Imaginez seulement que les centaines d'ethnies aux Indes auto proclament leur indépendance, ou que toutes les nations amérindiennes du Canada fassent de même...ou que la Corse se sépare unilatéralement de la France etc...ce serait le début de centaines de guerres civiles... Que chaque ethnie veulent un pays serait regresser vers le nombrilisme et entrer dans une ère de suite de guerres sans fin..

    Combien de pays reconnaissent comme le Canada le droit de sécession en autant que le référendum pose une question claire et aie un appuie significatif? J'en connais aucun autre. Donc partout ailleurs une auto proclamation d'indépendence finira toujours dans un bain de sang...

    Il n'est pas sage, à mon avis, de reconnaitre les auto-proclamations d'indépendence, et ouvrir la porte à des bains de sang. Ce qui est sage c'est de combattre les diverses formes de discriminations basées sur des questions ethniques. L'évolution doit aller vers des pays multi ethniques ou chaque individu a les mêmes droits. Unir les humains et non les diviser sur des bases ethniques ou religieuses.. »

  • Karine Brassard et Gabriel Danis
    Inscrit
    lundi 11 août 2008 12h00
    Réponse à M. Rivest
    « Saviez-vous que l'avenue principale de Tbilissi, capitale georgienne, se nomme l'avenue....Georges W. Bush !!!!

    Avant de s'acharner sur le méchant russe oppresseur, faudrait aussi comprendre l'implication énorme des États-Unis et de l'Occident dans leur soutien aux ''révolutions de couleur '' des dernières années (Ukraine, Biélorussie, Georgie) Malheureusement, personne n'en parle dans les médias occidentaux. »

  • Patrick Lépine
    Inscrit
    lundi 11 août 2008 17h19
    Titillez un ours, regardez ce qui se passe ensuite...
    « La Georgie complètement imbue d'elle-même et de ses "soi-disants" supporters, a tenté vainement de reprendre l'Ossétie du Sud, maintenant elle va très probablement se faire envahir, car elle n'aura pas su à l'instar des dirigeants de l'OTAN, conserver la paix. La Russie doit donc prendre les choses en mains, pour le plus grand bien de ses citoyens...
    C'est tout à fait normal, très bon coup de Vlad, mais il faut dire qu'il attendait patiemment que Saakhachvili fasse son numéro. Il n'y a rien de "nouveau" dans cette nouvelle, pas même de quoi verser une larme, sinon lorsqu'on constate l'ébétitude de nos concitoyens ici même. Comment Le Devoir peut-il encore "retransmettre" la propagande de nos voisins? N'importe quel joueur d'échecs qui suit l'actualité, pouvait prédire que la Georgie était finie, du moment qu'elle agressait l'Ossétie du sud. Il paraît qu'il y a des pipelines en construction là aussi? Tiens donc!? Toujours le très onctueux pétrole, qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour lui...

    Remarquez maintenant comme il ne reste plus beaucoup de pions aux américains, ils vont devoir jouer leur "roi" si je ne m'abuse dans les prochains mouvements...

    Oubliez donc le pétrole, investissez dans l'électricité, et autres énergies alternatives...
    Sortez le moteur-roue des boules à mites et produisons des choses constructives pour la planète.

    P.S.:Vous ne trouvez pas l'appellation de "OTAN" périmée vous? Ça existe encore?!
    Réclamez vos impôts!! »

  • Robert DesLauriers
    Inscrit
    lundi 11 août 2008 23h01
    Georgie
    « Je suis d'accord avec le commentaire de M. Manzhos.J'ajouterais que le président georgien est un pion des Etats-Unis et suit les ordres des USA. La Georgie est un zone d'influence russe comme le Canada l'est des USA. Dans les 2 cas il s'agit de pétrole et de pipeline (et un jour l'eau pour nous). Evidemment les russes fomentent le trouble en Ossétie comme les américains l'ont fait au Chile et ailleurs. C'est de bonne guerre et ca sert les intérets géopolitiques. Bien sur le petit peuple écoppe (comme en Iraq)mais que l'on vienne pas nous bassiner avec notre DEMOCRACIE(factice d'ailleurs) et la liberté des peuples de choisir leur destin. Quand les choix des peuples ne conviennent pas aux grandes puissances elles font fi des principes démocratiques (voir l'élection du Hamas a Gaza) RD »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
6 réactions
0 votes
 
Pour en savoir plus
Dépêche
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009