Moscou refuse de cesser le feu en Géorgie
Sous le feu russe, le gouvernement géorgien a annoncé hier le retrait de ses forces en Ossétie du Sud, deux jours après avoir lancé une vaste offensive pour tenter de reprendre le contrôle de la région indépendantiste. Tbilissi a aussi dit vouloir négocier un cessez-le-feu avec Moscou, qui a cependant contesté la réalité du retrait géorgien et poursuivi son offensive, frappant notamment la périphérie de la capitale de la Géorgie.
Le front diplomatique n'a pas non plus connu de répit hier. Le ton est monté entre Américains et Russes lors d'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU consacrée au conflit russo-géorgien, où les Américains ont notamment accusé Moscou de vouloir renverser le gouvernement de Tbilissi, reconnu pour être pro-occidental.
La Russie, qui estime que les affrontements ont causé la mort de 2000 civils et déplacé des milliers d'autres, a effectivement fait savoir qu'elle ne considérait plus le président géorgien, Mikhaïl Saakachvili, comme un partenaire. Elle a toutefois pris soin de préciser que son départ n'est pas une condition sine qua non pour que la crise en Ossétie du Sud soit résolue. «Un homme qui a donné l'ordre de commettre des crimes de guerre ayant abouti à la mort de milliers de civils pacifiques ne peut être considéré par la Russie comme un partenaire», a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, à des journalistes.
Selon l'ambassadeur américain auprès de l'ONU, Zalmay Khalilzad, M. Lavrov aurait aussi dit à son homologue américaine, Condoleezza Rice, que Saakachvili «doit partir». Interrogé sur ce point, il a indiqué qu'il ne fallait pas interpréter de manière erronée une conversation entre ministres et qu'il n'avait pas posé la démission de Saakachvili comme une condition pour un règlement de la crise. «Quand les troupes géorgiennes auront quitté l'Ossétie du Sud et qu'un accord sur le non-usage de la force sera signé, la paix sera rétablie, sans égard pour le sort futur de Saakachvili», a ajouté le chef de la diplomatie russe.
Cessez-le-feu?
Le ministère géorgien des Affaires étrangères s'est dit prêt hier soir à entamer immédiatement des négociations sur un cessez-le-feu et une cessation des hostilités. La Russie a confirmé avoir reçu cette note, mais elle affirme que la Géorgie n'a pas cessé les hostilités. Moscou s'estime donc en droit de poursuivre ses opérations au sol, mais aussi ses frappes aériennes. «Le problème, c'est qu'ils [les Géorgiens] disent toutes sortes de choses, mais ce n'est pas ce qu'on constate sur le terrain», a soutenu M. Lavrov.
L'entrée en jeu de la France pourrait peut-être aider à trouver une façon de faire taire les armes. Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, est arrivé hier soir à Tbilissi. Il doit se rendre à Moscou aujourd'hui pour présenter, au nom de la présidence française de l'Union européenne, un «plan de sortie de crise» fondé sur «trois principes: cessation immédiate des hostilités; retrait des forces sur leurs positions antérieures à celles du 6 août, assorti de formules d'accompagnement international; respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la Géorgie».
L'ambassadeur de la Géorgie à l'ONU, Irakli Alasania, a par contre d'ores et déjà plaidé pour une «intervention diplomatique et humanitaire immédiate» des Nations unies afin de protéger son pays contre «l'agression russe». Il a dit que la Russie avait été formellement avertie du fait que le retrait des troupes géorgiennes de l'Ossétie du Sud était complet.
M. Khalilzad a insisté de son côté sur la nécessité que Moscou retire ses forces de la petite république, accusant la Russie d'empêcher le retrait des forces géorgiennes et l'appelant «à considérer les conséquences de cette agression». «Nous condamnons l'agression russe contre la souveraineté de la Géorgie» et le fait que la Russie «vise des civils et [mène] une campagne de terreur», avait déclaré M. Khalilzad, un peu plus tôt.
Les armes parlent
Ces mises en gardes américaines n'ont pas empêché les Russes de poursuivre leur action et de prendre le contrôle de Tskhinvali, capitale de l'Ossétie du Sud. Pour la première fois depuis le début des combats, l'aviation russe a pris pour cible Tbilissi, bombardant une usine aéronautique située à la périphérie de la capitale géorgienne, où sont construits des avions militaires Sukhoï-25. Les pistes de l'usine ont été endommagées, mais il n'y a pas eu de victimes, selon le ministère de l'Intérieur.
Selon un site Web d'informations, Géorgie civile, qui cite le ministère de l'Intérieur, des appareils russes ont également largué des bombes en secteur inhabité, près de l'aéroport de Tbilissi, en début de soirée. En soirée hier, on ne signalait pas de victimes.
Parallèlement, Tskhinvali a été soumise à un important barrage d'artillerie. Selon des réfugiés qui ont fui les combats, la ville est en ruine et jonchée de cadavres. L'ambassadeur de la Russie auprès de l'OTAN, Dimitri Rogozine, parlait samedi d'un ville détruite à «98 %». Lors des combats, les médecins d'un hôpital local ont transféré les patients dans une cave faiblement éclairée, les bombes ayant creusé de larges trous dans les étages supérieurs. Ils ont indiqué qu'ils n'ont ni eau ni fournitures médicales pour venir en aide à 200 blessés. «Tout est détruit, rien ne fonctionne, même à la morgue, a dit un médecin, Valentina Koutoukhova. Les tirs se poursuivent, il ne nous reste plus rien.»
Au moment d'aller sous presse, la ville géorgienne de Gori était attaquée «massivement» par l'artillerie et l'aviation russes, et des troupes au sol se préparent à un assaut, selon le porte-parole du ministre géorgien de l'Intérieur, Chota Outachvili, en évoquant «des bombardements massifs». Le président géorgien, Mikhaïl Saakachvili, a affirmé pour sa part que des chars russes se trouvaient hier sur le territoire géorgien, hors de la région séparatiste de l'Ossétie du Sud.
Plus tôt dans la journée, la marine russe a par ailleurs coulé un navire géorgien transportant des lanceurs de missiles, après un engagement sur mer, rapportent les agences de presse russes en citant le ministère de la Défense. Selon ce dernier, des bateaux géorgiens ont essayé par deux fois d'attaquer des navires russes, qui «ont répliqué, en conséquence de quoi l'un des navires géorgiens à l'origine de l'attaque a coulé».
Reste qu'il est difficile de départager les diverses informations émanant des différents camps. La Russie s'emploie à convaincre la communauté internationale de son rôle d'honnête intermédiaire, intervenant malgré elle pour contenir un président géorgien incontrôlable, dont les forces auraient entrepris un nettoyage ethnique contre le peuple ossète. La Géorgie se présente quant à elle comme un vaillant petit pays repoussant l'ogre impérialiste et subissant les foudres du Kremlin par suite de sa volonté de devenir une démocratie occidentale et un allié de l'OTAN.
Avec l'AFP, AP et Reuters
Le front diplomatique n'a pas non plus connu de répit hier. Le ton est monté entre Américains et Russes lors d'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU consacrée au conflit russo-géorgien, où les Américains ont notamment accusé Moscou de vouloir renverser le gouvernement de Tbilissi, reconnu pour être pro-occidental.
La Russie, qui estime que les affrontements ont causé la mort de 2000 civils et déplacé des milliers d'autres, a effectivement fait savoir qu'elle ne considérait plus le président géorgien, Mikhaïl Saakachvili, comme un partenaire. Elle a toutefois pris soin de préciser que son départ n'est pas une condition sine qua non pour que la crise en Ossétie du Sud soit résolue. «Un homme qui a donné l'ordre de commettre des crimes de guerre ayant abouti à la mort de milliers de civils pacifiques ne peut être considéré par la Russie comme un partenaire», a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, à des journalistes.
Selon l'ambassadeur américain auprès de l'ONU, Zalmay Khalilzad, M. Lavrov aurait aussi dit à son homologue américaine, Condoleezza Rice, que Saakachvili «doit partir». Interrogé sur ce point, il a indiqué qu'il ne fallait pas interpréter de manière erronée une conversation entre ministres et qu'il n'avait pas posé la démission de Saakachvili comme une condition pour un règlement de la crise. «Quand les troupes géorgiennes auront quitté l'Ossétie du Sud et qu'un accord sur le non-usage de la force sera signé, la paix sera rétablie, sans égard pour le sort futur de Saakachvili», a ajouté le chef de la diplomatie russe.
Cessez-le-feu?
Le ministère géorgien des Affaires étrangères s'est dit prêt hier soir à entamer immédiatement des négociations sur un cessez-le-feu et une cessation des hostilités. La Russie a confirmé avoir reçu cette note, mais elle affirme que la Géorgie n'a pas cessé les hostilités. Moscou s'estime donc en droit de poursuivre ses opérations au sol, mais aussi ses frappes aériennes. «Le problème, c'est qu'ils [les Géorgiens] disent toutes sortes de choses, mais ce n'est pas ce qu'on constate sur le terrain», a soutenu M. Lavrov.
L'entrée en jeu de la France pourrait peut-être aider à trouver une façon de faire taire les armes. Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, est arrivé hier soir à Tbilissi. Il doit se rendre à Moscou aujourd'hui pour présenter, au nom de la présidence française de l'Union européenne, un «plan de sortie de crise» fondé sur «trois principes: cessation immédiate des hostilités; retrait des forces sur leurs positions antérieures à celles du 6 août, assorti de formules d'accompagnement international; respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la Géorgie».
L'ambassadeur de la Géorgie à l'ONU, Irakli Alasania, a par contre d'ores et déjà plaidé pour une «intervention diplomatique et humanitaire immédiate» des Nations unies afin de protéger son pays contre «l'agression russe». Il a dit que la Russie avait été formellement avertie du fait que le retrait des troupes géorgiennes de l'Ossétie du Sud était complet.
M. Khalilzad a insisté de son côté sur la nécessité que Moscou retire ses forces de la petite république, accusant la Russie d'empêcher le retrait des forces géorgiennes et l'appelant «à considérer les conséquences de cette agression». «Nous condamnons l'agression russe contre la souveraineté de la Géorgie» et le fait que la Russie «vise des civils et [mène] une campagne de terreur», avait déclaré M. Khalilzad, un peu plus tôt.
Les armes parlent
Ces mises en gardes américaines n'ont pas empêché les Russes de poursuivre leur action et de prendre le contrôle de Tskhinvali, capitale de l'Ossétie du Sud. Pour la première fois depuis le début des combats, l'aviation russe a pris pour cible Tbilissi, bombardant une usine aéronautique située à la périphérie de la capitale géorgienne, où sont construits des avions militaires Sukhoï-25. Les pistes de l'usine ont été endommagées, mais il n'y a pas eu de victimes, selon le ministère de l'Intérieur.
Selon un site Web d'informations, Géorgie civile, qui cite le ministère de l'Intérieur, des appareils russes ont également largué des bombes en secteur inhabité, près de l'aéroport de Tbilissi, en début de soirée. En soirée hier, on ne signalait pas de victimes.
Parallèlement, Tskhinvali a été soumise à un important barrage d'artillerie. Selon des réfugiés qui ont fui les combats, la ville est en ruine et jonchée de cadavres. L'ambassadeur de la Russie auprès de l'OTAN, Dimitri Rogozine, parlait samedi d'un ville détruite à «98 %». Lors des combats, les médecins d'un hôpital local ont transféré les patients dans une cave faiblement éclairée, les bombes ayant creusé de larges trous dans les étages supérieurs. Ils ont indiqué qu'ils n'ont ni eau ni fournitures médicales pour venir en aide à 200 blessés. «Tout est détruit, rien ne fonctionne, même à la morgue, a dit un médecin, Valentina Koutoukhova. Les tirs se poursuivent, il ne nous reste plus rien.»
Au moment d'aller sous presse, la ville géorgienne de Gori était attaquée «massivement» par l'artillerie et l'aviation russes, et des troupes au sol se préparent à un assaut, selon le porte-parole du ministre géorgien de l'Intérieur, Chota Outachvili, en évoquant «des bombardements massifs». Le président géorgien, Mikhaïl Saakachvili, a affirmé pour sa part que des chars russes se trouvaient hier sur le territoire géorgien, hors de la région séparatiste de l'Ossétie du Sud.
Plus tôt dans la journée, la marine russe a par ailleurs coulé un navire géorgien transportant des lanceurs de missiles, après un engagement sur mer, rapportent les agences de presse russes en citant le ministère de la Défense. Selon ce dernier, des bateaux géorgiens ont essayé par deux fois d'attaquer des navires russes, qui «ont répliqué, en conséquence de quoi l'un des navires géorgiens à l'origine de l'attaque a coulé».
Reste qu'il est difficile de départager les diverses informations émanant des différents camps. La Russie s'emploie à convaincre la communauté internationale de son rôle d'honnête intermédiaire, intervenant malgré elle pour contenir un président géorgien incontrôlable, dont les forces auraient entrepris un nettoyage ethnique contre le peuple ossète. La Géorgie se présente quant à elle comme un vaillant petit pays repoussant l'ogre impérialiste et subissant les foudres du Kremlin par suite de sa volonté de devenir une démocratie occidentale et un allié de l'OTAN.
Avec l'AFP, AP et Reuters
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