Les Jeux s'ouvrent sur fond de contestation
8 août 2008
Asie
Photo : Agence France-Presse
Manifestation pro-Tibet, hier, devant la cathédrale Notre-Dame de Paris.
Ottawa — Les XXIXes Olympiades débutent officiellement ce matin à Pékin, mais c'est la multiplication des manifestations en faveur des droits de la personne en Chine, tenues un peu partout sur la planète, qui a retenu l'attention hier. De Katmandou à Ottawa en passant par Paris, les citoyens ont exprimé leur déception envers un gouvernement chinois ayant trahi sa promesse d'abandonner la répression moyennant l'obtention des Jeux.
Une pléiade de grandes villes européennes ont vu défiler des manifestants hier. À Paris, les autorités se sont attiré les critiques pour avoir interdit les manifestations aux abords de l'ambassade de Chine de crainte que ne se répètent les débordements survenus lors du passage de la flamme olympique, en avril. Les commerces commanditaires des Jeux, dont McDonald's et UPS, ont même reçu la visite de mécontents. En Inde et au Népal, des milliers de personnes ont manifesté en faveur de la libération du Tibet.
Ottawa n'a pas fait exception à cette vague. Environ 200 personnes se sont rendues devant l'ambassade de Chine pour décrier les violations des droits de la personne dans l'empire du Milieu. Non seulement des représentants tibétains et des adeptes du Falun Gong se sont déplacés, mais on trouvait aussi des militants pour la Birmanie ou encore le Darfour, qui estiment que la politique étrangère chinoise d'appui à ces régimes despotiques ou génocidaires contribue à la dégradation des droits de la personne ailleurs dans le monde.
«Chine! Cesse de donner des armes à un gouvernement qui tue ses civils», a lancé Yohannes Sawassi, un représentant du Comité pour le Darfour d'Ottawa. Irwin Cotler, le député libéral et expert international en matière de droits de la personne, était également présent à cette manifestation. Il a profité de la journée pour rendre public un rapport-bilan de la situation en Chine. Le titre est sans équivoque: «Le monde entier regarde: rapport sur les violations des droits de la personne en Chine — trahison de la charte olympique et de la promesse chinoise». Dans ce rapport d'une vingtaine de pages, M. Cotler dénonce, avec de multiples sources à l'appui, la détérioration de la situation.
«La thèse principale du rapport est que le gouvernement chinois avait sept ans pour tenir sa promesse que les Jeux olympiques allaient faire avancer la cause des droits de la personne, écrit M. Cotler. Malheureusement, à la veille de la cérémonie d'ouverture des Jeux, aucun progrès n'a été réalisé à l'égard de la liberté de la presse ni de l'acceptation de normes internationales en matière des droits de la personne en Chine.»
Triste bilan
Le rapport de M. Cotler cite le centre de renseignements Falun Dafa, qui a été averti par des agents de sécurité qu'ils avaient reçu l'ordre, «venant de personnes haut placées», d'augmenter les mesures de répression sur les adeptes à la veille des Jeux.
Amnistie internationale note que les arrestations et procès d'activistes politiques ont augmenté de 20 % en 2006 et atteignent un sommet en 2007. En juin 2008, la police de Shanghai a même envoyé en juin un avis aux activistes connus de la ville leur ordonnant de se rapporter chaque semaine. Ils ne peuvent plus quitter la ville sans permission et n'ont pas le droit de se rendre à Pékin sous peine d'être détenus ou de faire face à des sanctions criminelles.
Pékin s'est engagé à permettre la tenue de manifestations pour peu qu'elles soient signalées aux autorités à l'avance, mais, note le rapport de M. Cotler en citant Amnistie internationale, «cette permission n'est presque jamais accordée en Chine, surtout pour les manifestations critiquant les politiques officielles ou ciblant les questions relatives aux droits de la personne».
D'ailleurs, le quotidien Libération faisait état hier de l'histoire de Ge Yifei, une femme médecin à la retraite de Suzhou (près de Shanghai) qui désirait représenter ses 140 voisins d'une luxueuse résidence en bisbille avec les autorités de la ville pour une histoire de jardins saccagés. Alors qu'elle expliquait son affaire, plusieurs fonctionnaires de Suzhou ont fait irruption dans le bureau de la sécurité publique de Pékin. Ge Yifei a été obligée de reprendre le premier train pour Suzhou. Plusieurs membres d'ONG de Pékin ont également été priés de quitter la capitale pendant les Jeux. Les policiers ont averti une activiste: «Mieux vaut partir. Au moindre problème, on pourrait se retourner contre votre famille», rapporte le quotidien français.
Sur le territoire chinois, quelques incidents ont été rapportés, dont celui de trois chrétiens américains évacués de la place Tiananmen pour avoir réclamé la liberté de culte. «Nous étions sur la place Tiananmen en train de prier pour le peuple de Chine quand la police nous a tirés de force sur la voie publique», a déclaré le révérend Patrick J. Mahoney. La veille, ils avaient proféré des slogans contre la politique de l'enfant unique et les campagnes d'avortement.
Quant aux quatre étrangers qui avaient déroulé des banderoles protibétaines la veille devant le stade national, baptisé le «Nid d'oiseau», ils ont été expulsés du pays hier.
Pékin réplique à Bush
C'est aussi dans ce contexte que les autorités chinoises en ont profité pour répliquer au président américain, George W. Bush. En matinée, le président, en route pour la cérémonie d'ouverture des Jeux de Pékin, avait profité d'une escale en Thaïlande pour dénoncer avec force les abus du régime chinois. «L'Amérique est vivement opposée à la détention par la Chine de dissidents politiques, de défenseurs des droits de l'homme et de militants religieux», avait-il dit.
De manière tout aussi directe, le ministère chinois des Affaires étrangères a souligné que la Chine «s'oppose fermement à tout acte ou parole qui interfère dans les affaires intérieures d'autres pays, en se servant des droits de la personne, de la religion et d'autres questions». «Le gouvernement chinois donne la priorité au peuple et se consacre à maintenir et à promouvoir les droits et libertés fondamentales de ses citoyens. Il s'agit de faits incontestables», a même ajouté le porte-parole du ministère, Qin Gang.
Selon M. Cotler, c'est la première fois qu'un président américain se déplace pour assister à l'ouverture de Jeux olympiques se tenant à l'extérieur du territoire. Le premier ministre canadien, Stephen Harper, a quant à lui refusé d'y assister. C'est le ministre des Affaires étrangères, David Emerson, qui a plutôt été dépêché. Aux journalistes, M. Emerson a nié que le premier ministre «snobait» la Chine. Il a soutenu ne pas avoir entendu de rumeur voulant que les autorités chinoises désapprouvaient son absence.
***
Avec l'Associated Press, la Presse canadienne, l'Agence France-Presse et Libération
Une pléiade de grandes villes européennes ont vu défiler des manifestants hier. À Paris, les autorités se sont attiré les critiques pour avoir interdit les manifestations aux abords de l'ambassade de Chine de crainte que ne se répètent les débordements survenus lors du passage de la flamme olympique, en avril. Les commerces commanditaires des Jeux, dont McDonald's et UPS, ont même reçu la visite de mécontents. En Inde et au Népal, des milliers de personnes ont manifesté en faveur de la libération du Tibet.
Ottawa n'a pas fait exception à cette vague. Environ 200 personnes se sont rendues devant l'ambassade de Chine pour décrier les violations des droits de la personne dans l'empire du Milieu. Non seulement des représentants tibétains et des adeptes du Falun Gong se sont déplacés, mais on trouvait aussi des militants pour la Birmanie ou encore le Darfour, qui estiment que la politique étrangère chinoise d'appui à ces régimes despotiques ou génocidaires contribue à la dégradation des droits de la personne ailleurs dans le monde.
«Chine! Cesse de donner des armes à un gouvernement qui tue ses civils», a lancé Yohannes Sawassi, un représentant du Comité pour le Darfour d'Ottawa. Irwin Cotler, le député libéral et expert international en matière de droits de la personne, était également présent à cette manifestation. Il a profité de la journée pour rendre public un rapport-bilan de la situation en Chine. Le titre est sans équivoque: «Le monde entier regarde: rapport sur les violations des droits de la personne en Chine — trahison de la charte olympique et de la promesse chinoise». Dans ce rapport d'une vingtaine de pages, M. Cotler dénonce, avec de multiples sources à l'appui, la détérioration de la situation.
«La thèse principale du rapport est que le gouvernement chinois avait sept ans pour tenir sa promesse que les Jeux olympiques allaient faire avancer la cause des droits de la personne, écrit M. Cotler. Malheureusement, à la veille de la cérémonie d'ouverture des Jeux, aucun progrès n'a été réalisé à l'égard de la liberté de la presse ni de l'acceptation de normes internationales en matière des droits de la personne en Chine.»
Triste bilan
Le rapport de M. Cotler cite le centre de renseignements Falun Dafa, qui a été averti par des agents de sécurité qu'ils avaient reçu l'ordre, «venant de personnes haut placées», d'augmenter les mesures de répression sur les adeptes à la veille des Jeux.
Amnistie internationale note que les arrestations et procès d'activistes politiques ont augmenté de 20 % en 2006 et atteignent un sommet en 2007. En juin 2008, la police de Shanghai a même envoyé en juin un avis aux activistes connus de la ville leur ordonnant de se rapporter chaque semaine. Ils ne peuvent plus quitter la ville sans permission et n'ont pas le droit de se rendre à Pékin sous peine d'être détenus ou de faire face à des sanctions criminelles.
Pékin s'est engagé à permettre la tenue de manifestations pour peu qu'elles soient signalées aux autorités à l'avance, mais, note le rapport de M. Cotler en citant Amnistie internationale, «cette permission n'est presque jamais accordée en Chine, surtout pour les manifestations critiquant les politiques officielles ou ciblant les questions relatives aux droits de la personne».
D'ailleurs, le quotidien Libération faisait état hier de l'histoire de Ge Yifei, une femme médecin à la retraite de Suzhou (près de Shanghai) qui désirait représenter ses 140 voisins d'une luxueuse résidence en bisbille avec les autorités de la ville pour une histoire de jardins saccagés. Alors qu'elle expliquait son affaire, plusieurs fonctionnaires de Suzhou ont fait irruption dans le bureau de la sécurité publique de Pékin. Ge Yifei a été obligée de reprendre le premier train pour Suzhou. Plusieurs membres d'ONG de Pékin ont également été priés de quitter la capitale pendant les Jeux. Les policiers ont averti une activiste: «Mieux vaut partir. Au moindre problème, on pourrait se retourner contre votre famille», rapporte le quotidien français.
Sur le territoire chinois, quelques incidents ont été rapportés, dont celui de trois chrétiens américains évacués de la place Tiananmen pour avoir réclamé la liberté de culte. «Nous étions sur la place Tiananmen en train de prier pour le peuple de Chine quand la police nous a tirés de force sur la voie publique», a déclaré le révérend Patrick J. Mahoney. La veille, ils avaient proféré des slogans contre la politique de l'enfant unique et les campagnes d'avortement.
Quant aux quatre étrangers qui avaient déroulé des banderoles protibétaines la veille devant le stade national, baptisé le «Nid d'oiseau», ils ont été expulsés du pays hier.
Pékin réplique à Bush
C'est aussi dans ce contexte que les autorités chinoises en ont profité pour répliquer au président américain, George W. Bush. En matinée, le président, en route pour la cérémonie d'ouverture des Jeux de Pékin, avait profité d'une escale en Thaïlande pour dénoncer avec force les abus du régime chinois. «L'Amérique est vivement opposée à la détention par la Chine de dissidents politiques, de défenseurs des droits de l'homme et de militants religieux», avait-il dit.
De manière tout aussi directe, le ministère chinois des Affaires étrangères a souligné que la Chine «s'oppose fermement à tout acte ou parole qui interfère dans les affaires intérieures d'autres pays, en se servant des droits de la personne, de la religion et d'autres questions». «Le gouvernement chinois donne la priorité au peuple et se consacre à maintenir et à promouvoir les droits et libertés fondamentales de ses citoyens. Il s'agit de faits incontestables», a même ajouté le porte-parole du ministère, Qin Gang.
Selon M. Cotler, c'est la première fois qu'un président américain se déplace pour assister à l'ouverture de Jeux olympiques se tenant à l'extérieur du territoire. Le premier ministre canadien, Stephen Harper, a quant à lui refusé d'y assister. C'est le ministre des Affaires étrangères, David Emerson, qui a plutôt été dépêché. Aux journalistes, M. Emerson a nié que le premier ministre «snobait» la Chine. Il a soutenu ne pas avoir entendu de rumeur voulant que les autorités chinoises désapprouvaient son absence.
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Avec l'Associated Press, la Presse canadienne, l'Agence France-Presse et Libération
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