Karzaï menace le Pakistan
Photo : Agence Reuters
Le président afghan, Hamid Karzaï, a adressé une mise en garde sévère au Pakistan, hier, à Kaboul.
Oeil pour oeil, dent pour dent. Au nom de la légitime défense, le président afghan, Hamid Karzaï, a menacé hier d'envoyer des troupes en territoire pakistanais pour pourchasser les talibans qui s'y terrent. «L'Afghanistan a le droit d'aller détruire les repaires de terroristes», a soutenu le président afghan, en conférence de presse à Kaboul.
«Nous allons les pourchasser et venger tout le mal qu'ils ont accompli en Afghanistan ces dernières années. Il en va de la défense de notre sol, de notre peuple, de nos écoles et de nos enfants», a-t-il ajouté.
Devant la violence perpétrée par les insurgés qui disposent de bases arrière au Pakistan, Hamid Karzaï perd patience. Voilà longtemps qu'il demande aux autorités pakistanaises et aux forces internationales de combattre la présence de terroristes tolérée dans ce pays voisin de l'Afghanistan, fort de 160 millions d'habitants et doté de la puissance nucléaire. Mais il n'avait encore jamais dit qu'il enverrait des troupes afghanes de l'autre côté de la frontière.
L'attentat de vendredi contre la principale prison de Kandahar qui a provoqué l'évasion de quelque 1150 prisonniers, parmi lesquels 400 talibans, a certes été la goutte qui a fait déborder le vase. Craignant que le contrôle et la sécurité de son pays ne lui échappent, le président de l'Afghanistan a décidé de hausser le ton, notamment à l'égard du chef taliban Baitullah Mehsud, basé au Pakistan. Il l'a averti que «[les forces afghanes] vont aller le chercher et le frapper dans sa maison». Hamid Karzaï a lancé le même avertissement au mollah Omar.
«Lorsqu'ils entrent sur notre sol en provenance du Pakistan pour tuer des Afghans et des soldats de la coalition, cela nous donne exactement le droit de faire de même», a martelé M. Karzaï. «C'est le devoir de l'Afghanistan de sauver les pachtounes du Pakistan de la tyrannie et de la terreur, c'est le devoir de l'Afghanistan de se défendre et de défendre ses frères de l'autre côté.»
Non à l'ingérence
Accusant le coup de cette menace, le premier ministre pakistanais, Yousuf Raza Gilani, a aussitôt répondu qu'il ne tolérerait «aucune ingérence».
«De même que nous n'intervenons pas dans les affaires intérieures d'un autre pays, nous ne tolérons aucune ingérence dans les nôtres», a-t-il déclaré, dans un entretien télévisé.
«Le Pakistan est un État souverain qui cherche à avoir des relations amicales avec l'Afghanistan. De telles déclarations n'aident pas à l'amélioration des relations entre les deux pays.»
Les relations entre les deux pays sont tendues depuis des années, les autorités afghanes accusant Islamabad de ne pas faire suffisamment d'efforts pour empêcher des talibans afghans et des combattants d'al-Qaïda de passer en Afghanistan.
Le Pakistan, de son côté, estime que Kaboul et les forces internationales ne sont pas en mesure de vaincre les talibans en Afghanistan et sont donc à l'origine de leur repli en territoire pakistanais et des violences qui ensanglantent le pays.
Les autorités pakistanaises, qui redoutent l'effet d'une telle intervention sur les tribus pachtounes qui vivent dans les zones frontalières, excluent que des armées étrangères opèrent sur son territoire.
L'armée américaine a procédé toutefois à plusieurs raids aériens au Pakistan contre des membres d'al-Qaïda ou des talibans. La semaine passée, onze soldats pakistanais ont été victimes d'un de ces raids.
Islamabad admet que des activistes se servent de son territoire, mais réclame du gouvernement Karzaï et des forces étrangères présentes en Afghanistan un renforcement du contrôle de la frontière côté afghan.
Appel au calme
Ainsi, alors que la Pakistan durcit le ton, le ministre canadien de la Défense, Peter MacKay, a appelé au «calme» et au dialogue. Il est d'avis que discussions diplomatiques au plus haut niveau sont nécessaires. «Nous devons appeler au calme actuellement», a-t-il affirmé lors d'une entrevue à la chaîne CTV. «Cela signifie parler avec le président Karzaï ainsi qu'avec des responsables au Pakistan», a précisé le ministre canadien.
Il a fait valoir qu'Ottawa a toujours été «très franc» sur la nécessité de «travailler avec les pays voisins et en particulier avec le Pakistan» pour mettre fin aux infiltrations d'insurgés talibans venant de ce pays voisin de l'Afghanistan.
«Les autorités pakistanaises sont très conscientes du fait que, particulièrement dans le sud, des insurgés passent du Pakistan en Afghanistan et que c'est un problème qui doit être abordé», a-t-il poursuivi.
Le ministre canadien de la Défense a également jugé «très regrettable» et «grave» l'évasion d'un millier de prisonniers de la prison de Kandahar à la suite de l'attaque de vendredi. Même si depuis 27 insurgés ont été tués et 20 prisonniers repris, à la suite d'une vaste chasse à l'homme, M. MacKay a tenu à se faire rassurant. Il a rappelé que des troupes supplémentaires de l'OTAN avaient été déployées dans la ville, soit des soldats canadiens — le Canada a un contingent de quelque 2500 hommes stationné à Kandahar et dans la région — et d'autres de la Force internationale d'assistance à la sécurité).
Peter MacKay a insisté sur le fait que la prison était sous la responsabilité de l'Afghanistan. «Ce n'est pas une prison gérée par le Canada», a-t-il dit, ajoutant qu'une enquête aurait lieu et que les responsables de la prison seraient interrogés.
Interrogé sur d'éventuelles complicités de la part de gardiens, M. MacKay a dit qu'il était «trop tôt pour se prononcer». Mais il a ajouté que «le directeur de la prison devra s'expliquer».
«Il y a eu deux brèches, l'une à la porte d'entrée, l'autre à l'arrière dans un mur en terre. Nous pensions que c'était une prison sûre, et ce n'était clairement pas le cas», a-t-il dit.
Sentiment d'insécurité
L'état-major canadien est demeuré bref dans ses commentaires quant à un éventuel impact de cette évasion de talibans sur le terrain. «À court terme, non, je ne crois pas. L'impact viendra peut-être sur le terrain», a déclaré le brigadier-général Denis Thompson, commandant des Forces canadiennes en Afghanistan.
Malgré les propos rassurants du Canada et des autorités afghanes, la population s'inquiète. Pour plusieurs, l'incapacité de la police à avoir pu prévenir l'attentat perpétré par des talibans contre la prison de Kandahar ne laisse rien présager de bon. Mal entraînées et mal équipées, les forces policières afghanes ne pourront pas, selon eux, faire face à des talibans qui sont prêts à tout.
Tant les militaires canadiens que l'OTAN ont toutefois reconnu que cette attaque était un coup dur à leur mission. Et le brigadier-général a reconnu qu'il reste encore un bon bout de chemin à faire. «On est en train d'entraîner les force afghanes, mais on n'a pas encore fini», a-t-il affirmé.
«C'est une affaire grave. [...] Mais n'oublions pas que cela montre la nature diabolique des talibans et jusqu'où ils sont prêts à aller. Cela montre que nous faisons face à une situation très difficile en Afghanistan», a fait valoir pour sa part Peter MacKay.
***
avec l'Agence France-Presse, Reuters et La Presse canadienne
«Nous allons les pourchasser et venger tout le mal qu'ils ont accompli en Afghanistan ces dernières années. Il en va de la défense de notre sol, de notre peuple, de nos écoles et de nos enfants», a-t-il ajouté.
Devant la violence perpétrée par les insurgés qui disposent de bases arrière au Pakistan, Hamid Karzaï perd patience. Voilà longtemps qu'il demande aux autorités pakistanaises et aux forces internationales de combattre la présence de terroristes tolérée dans ce pays voisin de l'Afghanistan, fort de 160 millions d'habitants et doté de la puissance nucléaire. Mais il n'avait encore jamais dit qu'il enverrait des troupes afghanes de l'autre côté de la frontière.
L'attentat de vendredi contre la principale prison de Kandahar qui a provoqué l'évasion de quelque 1150 prisonniers, parmi lesquels 400 talibans, a certes été la goutte qui a fait déborder le vase. Craignant que le contrôle et la sécurité de son pays ne lui échappent, le président de l'Afghanistan a décidé de hausser le ton, notamment à l'égard du chef taliban Baitullah Mehsud, basé au Pakistan. Il l'a averti que «[les forces afghanes] vont aller le chercher et le frapper dans sa maison». Hamid Karzaï a lancé le même avertissement au mollah Omar.
«Lorsqu'ils entrent sur notre sol en provenance du Pakistan pour tuer des Afghans et des soldats de la coalition, cela nous donne exactement le droit de faire de même», a martelé M. Karzaï. «C'est le devoir de l'Afghanistan de sauver les pachtounes du Pakistan de la tyrannie et de la terreur, c'est le devoir de l'Afghanistan de se défendre et de défendre ses frères de l'autre côté.»
Non à l'ingérence
Accusant le coup de cette menace, le premier ministre pakistanais, Yousuf Raza Gilani, a aussitôt répondu qu'il ne tolérerait «aucune ingérence».
«De même que nous n'intervenons pas dans les affaires intérieures d'un autre pays, nous ne tolérons aucune ingérence dans les nôtres», a-t-il déclaré, dans un entretien télévisé.
«Le Pakistan est un État souverain qui cherche à avoir des relations amicales avec l'Afghanistan. De telles déclarations n'aident pas à l'amélioration des relations entre les deux pays.»
Les relations entre les deux pays sont tendues depuis des années, les autorités afghanes accusant Islamabad de ne pas faire suffisamment d'efforts pour empêcher des talibans afghans et des combattants d'al-Qaïda de passer en Afghanistan.
Le Pakistan, de son côté, estime que Kaboul et les forces internationales ne sont pas en mesure de vaincre les talibans en Afghanistan et sont donc à l'origine de leur repli en territoire pakistanais et des violences qui ensanglantent le pays.
Les autorités pakistanaises, qui redoutent l'effet d'une telle intervention sur les tribus pachtounes qui vivent dans les zones frontalières, excluent que des armées étrangères opèrent sur son territoire.
L'armée américaine a procédé toutefois à plusieurs raids aériens au Pakistan contre des membres d'al-Qaïda ou des talibans. La semaine passée, onze soldats pakistanais ont été victimes d'un de ces raids.
Islamabad admet que des activistes se servent de son territoire, mais réclame du gouvernement Karzaï et des forces étrangères présentes en Afghanistan un renforcement du contrôle de la frontière côté afghan.
Appel au calme
Ainsi, alors que la Pakistan durcit le ton, le ministre canadien de la Défense, Peter MacKay, a appelé au «calme» et au dialogue. Il est d'avis que discussions diplomatiques au plus haut niveau sont nécessaires. «Nous devons appeler au calme actuellement», a-t-il affirmé lors d'une entrevue à la chaîne CTV. «Cela signifie parler avec le président Karzaï ainsi qu'avec des responsables au Pakistan», a précisé le ministre canadien.
Il a fait valoir qu'Ottawa a toujours été «très franc» sur la nécessité de «travailler avec les pays voisins et en particulier avec le Pakistan» pour mettre fin aux infiltrations d'insurgés talibans venant de ce pays voisin de l'Afghanistan.
«Les autorités pakistanaises sont très conscientes du fait que, particulièrement dans le sud, des insurgés passent du Pakistan en Afghanistan et que c'est un problème qui doit être abordé», a-t-il poursuivi.
Le ministre canadien de la Défense a également jugé «très regrettable» et «grave» l'évasion d'un millier de prisonniers de la prison de Kandahar à la suite de l'attaque de vendredi. Même si depuis 27 insurgés ont été tués et 20 prisonniers repris, à la suite d'une vaste chasse à l'homme, M. MacKay a tenu à se faire rassurant. Il a rappelé que des troupes supplémentaires de l'OTAN avaient été déployées dans la ville, soit des soldats canadiens — le Canada a un contingent de quelque 2500 hommes stationné à Kandahar et dans la région — et d'autres de la Force internationale d'assistance à la sécurité).
Peter MacKay a insisté sur le fait que la prison était sous la responsabilité de l'Afghanistan. «Ce n'est pas une prison gérée par le Canada», a-t-il dit, ajoutant qu'une enquête aurait lieu et que les responsables de la prison seraient interrogés.
Interrogé sur d'éventuelles complicités de la part de gardiens, M. MacKay a dit qu'il était «trop tôt pour se prononcer». Mais il a ajouté que «le directeur de la prison devra s'expliquer».
«Il y a eu deux brèches, l'une à la porte d'entrée, l'autre à l'arrière dans un mur en terre. Nous pensions que c'était une prison sûre, et ce n'était clairement pas le cas», a-t-il dit.
Sentiment d'insécurité
L'état-major canadien est demeuré bref dans ses commentaires quant à un éventuel impact de cette évasion de talibans sur le terrain. «À court terme, non, je ne crois pas. L'impact viendra peut-être sur le terrain», a déclaré le brigadier-général Denis Thompson, commandant des Forces canadiennes en Afghanistan.
Malgré les propos rassurants du Canada et des autorités afghanes, la population s'inquiète. Pour plusieurs, l'incapacité de la police à avoir pu prévenir l'attentat perpétré par des talibans contre la prison de Kandahar ne laisse rien présager de bon. Mal entraînées et mal équipées, les forces policières afghanes ne pourront pas, selon eux, faire face à des talibans qui sont prêts à tout.
Tant les militaires canadiens que l'OTAN ont toutefois reconnu que cette attaque était un coup dur à leur mission. Et le brigadier-général a reconnu qu'il reste encore un bon bout de chemin à faire. «On est en train d'entraîner les force afghanes, mais on n'a pas encore fini», a-t-il affirmé.
«C'est une affaire grave. [...] Mais n'oublions pas que cela montre la nature diabolique des talibans et jusqu'où ils sont prêts à aller. Cela montre que nous faisons face à une situation très difficile en Afghanistan», a fait valoir pour sa part Peter MacKay.
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avec l'Agence France-Presse, Reuters et La Presse canadienne
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