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Birmanie: catastrophe humanitaire

Le Devoir   12 mai 2008  Asie
Des villageois, parmi lesquels de nombreux enfants, faisaient la queue hier pour obtenir de l’eau dans une localité située près de Rangoon.
Photo : Agence Reuters
Des villageois, parmi lesquels de nombreux enfants, faisaient la queue hier pour obtenir de l’eau dans une localité située près de Rangoon.
La Birmanie s'enfonce dans la tragédie. L'aide humanitaire à la population reste toujours bien en deçà des besoins une semaine après le sinistre qui a dévasté une partie du pays asiatique. Des organismes internationaux avertissent qu'un fléau «aux proportions apocalyptiques» se prépare si les secours ne parviennent pas rapidement aux victimes de la catastrophe naturelle.

À peine 500 000 des quelque deux millions de personnes touchées directement par le cyclone Nargis ont reçu un peu de soutien au cours des derniers jours. Des avions étrangers ont commencé hier à livrer du matériel toujours sous les lourdes contraintes du régime militaire, réputé pour être paranoïaque et obsédé par la défense de sa souveraineté dictatoriale. Les visas sont systématiquement refusés aux experts étrangers.

Le comble est que la junte a tout de même tenu ce week-end un référendum constitutionnel prévu de longue date. La parodie d'exercice démocratique, encore plus choquante dans le contexte de crise humanitaire, a été dénoncée partout dans le monde.

Des observateurs avertissent qu'une crise d'une ampleur sans précédent se prépare. La dysenterie, le choléra, la malaria et d'autres maladies menacent maintenant les survivants qui doivent se débrouiller sans eau potable. Comme l'aide nécessaire ne leur parvient pas, les travailleurs humanitaires prédisent que des centaines de milliers de personnes vont bientôt quitter les régions sinistrées pour tenter de survivre.

«Quand une épidémie commence, elle est très difficile à arrêter et elle atteint des proportions apocalyptiques», explique Tim Costello de World Vision à Rangoon, la capitale birmane. Le porte-parole du Programme alimentaire mondial de l'ONU a décrit les blocages de la junte comme «sans précédent dans l'histoire moderne des efforts humanitaires». L'organisation Oxfam, la plus alarmiste de toutes, pense que tous les survivants des zones touchées sont maintenant menacés de mort, soit 1,5 million de personnes au total.

La télévision d'État, sous le contrôle de l'armée comme tout le reste dans ce pays-caserne, a annoncé hier 5000 décès supplémentaires, ce qui porte le nombre officiel à 28 458 morts et 33 416 disparus. Dans un rapport daté de vendredi, l'ONU faisait état d'estimations oscillant entre 63 000 et 102 000 décès, mais aussi de 220 000 disparus.

Le numéro un du régime répressif et corrompu, le généralissime Than Shwe, 75 ans, que l'on dit

très sensible à l'astrologie, était apparemment déterminé à ce que le référendum constitutionnel se tienne à la date prévue, samedi. Cette première consultation populaire depuis 1990, doit, selon le gouvernement, ouvrir la voie à des «élections multipartites» en 2010 et à un «transfert de pouvoir» vers les civils. Les déclarations officielles parlaient hier d'un exercice suivi «massivement» et «couronné de succès».

Au total, 47 régions municipales touchées par le cyclone n'ont pas voté ce week-end. Leur participation est reportée au 24 mai, et les résultats ne seront donc pas divulgués avant cette date.

L'opposition, menée par le Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, recommandait de rejeter les réformes proposées puisqu'elles pérenniseraient la suprématie de l'armée, aux commandes depuis 1962.

Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a dénoncé hier la «farce de référendum». Il s'en est pris aux généraux birmans qui «ne tiennent pas compte des circonstances de souffrance exceptionnelle, de malheur massif qui atteint des millions de personnes dans leur pays, a-t-il dit. Il a ajouté que «ce sera inscrit en lettres vraiment noires dans l'histoire de l'élection et de la démocratie bloquée».

Le ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni, David Miliband, a parlé à son tour d'une «catastrophe humanitaire aux proportions épiques». Il a toutefois ajouté être un peu encouragé par les ouvertures partielles des dernières heures.

Les avions internationaux ont commencé à atterrir à l'aéroport de la capitale. Un avion cargo de la Croix-Rouge a pu livrer 35 tonnes de matériel hier. Un autre des Nations unies a atterri avec du matériel pour l'assainissement de l'eau. L'association française Médecins du monde assure avoir obtenu l'autorisation de se poser dans la capitale birmane. Un avion cargo des États-Unis doit arriver aujourd'hui.

Un navire français de secours, le Mistral, est attendu dans la région jeudi. Le ministre Kouchner a souhaité que la distribution des vivres soit alors surveillée par des volontaires.

La junte multiplie les tracasseries et les interdits depuis une semaine. Les secours entrent au compte-gouttes parce que le régime xénophobe reste extrêmement réticent devant les propositions d'aide.

Les témoins racontent que partout flotte une terrible odeur de mort, alimentée par les cadavres d'humains et d'animaux se décomposant dans l'eau, tandis que de longues files d'attente se forment dans les camps de secours pour obtenir une maigre ration d'eau, de riz et d'huile. «Il est vraiment crucial que les gens aient accès à l'eau potable et à des installations sanitaires pour éviter des morts et des souffrances inutiles», a souligné Sarah Ireland, directrice régionale d'Oxfam, devant la presse, à Bangkok.

D'autant plus que le sort s'acharne sur cette terre dévastée. Un bateau de la Croix-Rouge transportant des produits de première nécessité pour les survivants a fait naufrage hier au nord de Bogalay. Le navire a heurté un tronc d'arbre. De fortes pluies, normales en cette saison, vont compliquer encore davantage les interventions dans les prochaines semaines.

La Birmanie était une colonie britannique jusqu'en 1948. Elle a officiellement pris le nom d'Union de Myanmar (soit «le pays merveilleux») en 1990. Près de la moitié du budget de l'État est consacré à l'armée. La dictature s'enrichit avec le commerce de la drogue et exerce une répression impitoyable contre ses quelque 46 millions d'habitants.

Avec La Presse canadienne, Associated Press, BBC






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