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Un plan Marshall pour Haïti?

«Vu l'ampleur des dégâts, il n'y a pas d'autre solution»

Alexandre Shields   15 janvier 2010  Amérique Latine
Les Haïtiens affirmaient hier ne rien avoir vu des secours annoncés par des dizaines de pays.
Photo : Agence Reuters
Les Haïtiens affirmaient hier ne rien avoir vu des secours annoncés par des dizaines de pays.
Alors que l'aide d'urgence commence à peine à s'organiser pour venir à la rescousse des Haïtiens, plusieurs voix s'élèvent déjà pour réclamer que la reconstruction du pays se fasse sous l'égide d'un véritable plan Marshall, plus que jamais nécessaire afin de rétablir et de relancer l'État le plus pauvre des Amériques. Chose certaine, l'idée de tenir une conférence internationale sur le sujet se dessine.

«Oui, un plan Marshall est tout à fait possible et souhaitable, affirme Stéphane Pallage, directeur du département des sciences économiques de l'Université du Québec à Montréal. Cela nécessiterait un effort financier colossal, mais ce n'est pas impossible avec les budgets actuels octroyés en aide au développement.»

Un point de vue partagé par plusieurs experts consultés par Le Devoir hier. «Vu l'ampleur des dégâts, il n'y a pas d'autre solution que celle-là, affirme d'ailleurs le directeur général d'Ingénieurs sans frontières-Québec, Baudoin Kutuka. Le pays a été ravagé et il a besoin d'un plan qui prévoie la remise en état des infrastructures de masse, comme les routes, mais aussi les infrastructures plus ciblées, comme les centrales électriques.» On parle donc de plusieurs milliards de dollars à investir sur plus d'une décennie.

D'autres voix se sont élevées pour appeler à un effort majeur de la communauté internationale, dont le directeur général du Fonds monétaire international (FMI) Dominique Strauss-Kahn, qui a jugé hier que le séisme montrait «le besoin d'une aide plus vaste pour la reconstruction». Et pour le Bloc québécois, il est clair qu'il faudra mettre en place un plan Marshall «qui serait mis en oeuvre sous l'égide de l'ONU». Bref, il faut aller au-delà de l'aide d'urgence pour s'inscrire dans le «long terme».


Conférence internationale

Certains États ont d'ailleurs commencé à répondre à ces appels. Hier soir, l'Élysée a annoncé que les présidents américain et français, Barack Obama et Nicolas Sarkozy, «avec le Brésil, le Canada et d'autres pays directement concernés, ont décidé de travailler ensemble, sans délai, à la préparation d'une conférence internationale pour la reconstruction et le développement d'Haïti».

Reste à voir qui pourrait financer, mais aussi coordonner ce «plan Marshall» — un nom qui fait référence au programme mis en place pour reconstruire l'Europe après la Seconde Guerre mondiale. Haïti étant déjà lourdement endetté, Stéphane Pallage estime qu'il faudrait avoir recours à «des dons ciblés pour des projets très spécifiques». Ceux-ci devront inévitablement provenir des États et pourraient être coordonnés par la Banque mondiale, selon Sébastien Jobert, un chargé de projets à l'ENAP qui oeuvre pour le Projet d'appui au renforcement de la gestion publique en Haïti. N'empêche, la coordination de l'aide sur le terrain devrait être problématique, croit-il, parce que plusieurs immeubles essentiels au fonctionnement de l'État se sont peut-être effondrés.

M. Kutuka souligne par ailleurs qu'en raison de la corruption omniprésente dans le pays, il sera nécessaire d'en assurer la gestion par l'entremise d'une autorité extérieure à l'appareil politique local. Fait à noter, selon l'organisme Transparency International, Haïti se place au quatrième rang des pays les plus corrompus du monde, après l'Irak, le Myanmar et la Somalie.

Et corruption rime souvent avec constructions précaires. C'est en partie le cas en Haïti, où les matériaux de construction utilisés sont souvent de très mauvaise qualité. L'acier étant cher, il est peu employé. Le béton contient souvent trop de sable et pas assez de ciment.

Il faudrait aussi s'attaquer au grave problème de déforestation sauvage, qui a accru encore davantage la vulnérabilité du pays, souvent en première ligne en période d'ouragans et de cyclones, qui se créent dans l'Atlantique entre juin et novembre. Lorsque la pluie tombe, rien ne l'arrête et, dans un paysage vallonné, les inondations sont vite légion.

Port-au-Prince, la capitale, est l'exemple le plus flagrant dans le pays de son inadaptation face aux intempéries. La ville s'est étendue au fil des années, avec des bidonvilles de plus en plus grands, faits de petites masures en pierres, en cailloux, ou formées par un assemblage de tôles ondulées. Littéralement accrochées aux flancs des collines, elles ne résistent pas à une pluie un peu forte et s'effondrent comme un château de cartes. Un tremblement de terre comme celui de mardi produit les mêmes effets.











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  • Marc A. Vallée
    Abonné
    vendredi 15 janvier 2010 06h59
    Une planification pour la reconstruction
    Lorsque les premières urgences auront été réglées, il faudra bien s'attaquer à la reconstruction de ce pays situé au centre d'une zone d'ouragans et de cataclysmes sismiques. La déforestation est un problème important. Votre article en cite d'autres. J'appuie l'idée d'un plan international bien géré.

  • LeBouc
    Inscrit
    vendredi 15 janvier 2010 10h23
    Serait-ce la solution?
    Devant tous les malheurs qui s'abattent sur cette petite île, je commence à me demander, compte tenu de sa vulnérabilité face aux catastrophes naturelles, si l'ONU ne devrait pas envisager de proposer aux autorités haïtiennes, même si c'est leur terre natale, de choisir une autre île quelque part, moins exposée aux désastres naturels pour y habiter. C'est sans doute radical comme solution, mais la faille qui vient de se manifester ne disparaîtra pas comme par enchantement et il se reproduira malheureusement et inévitablement, de manière cyclique, d'autres hécatombes du même type.

  • Roland Berger
    Abonné
    vendredi 15 janvier 2010 11h18
    Des contributions colossales moralement obligatoires
    Le projet de reconstruction de Monsieur Jacques Noël distribue allègrement les tâches à divers pays, apparemment en fonction de leurs forces respectives. Idée originale mais qui balaie sous le tapis des contributions colossales moralement obligatoires, comme celles de la France et des États-Unis. La France a envahi et pillé Haïti au début du XIXe siècle et les États-Unis l'ont imitée au début du XXe siècle, transformant le pays en une espèce de protectorat et protégeant le dictateur Duvalier et son fils, qui lui a succédé (les deux ayant trouvé asile en FRANCE lors de leur destitution).
    Oui, la communauté internationale doit aider à reconstruire Haïti. L'Histoire récente nous indique toutefois que les grandes puissances ne participent à des oeuvres humanitaires qu'à la condition de pouvoir assurer leur pouvoir in aeternum dans les pays qu'ils ont reconstruits (Irak, Afghanistan).

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