Le putsch est de retour en Amérique latine
Photo : Agence Reuters
Des citoyens ont tenté de bloquer le passage aux militaires près de la résidence du président du Honduras, Manuel Zelaya, hier, à Tegucigalpa.
Conséquence directe du premier coup d'État en Amérique latine à réussir depuis la guerre froide, l'expulsion du président du Honduras par l'armée a été vivement critiquée par de nombreux chefs d'État et d'organisations internationales. Alors que Manuel Zelaya était emmené au Costa Rica, les Nations unies et l'Organisation des États américains (OEA) ont condamné le putsch et convoqué des assemblées d'urgence. Les États-Unis et l'Union européenne leur ont emboîté le pas en faisant valoir leur désaccord avec la destitution du président du Honduras.
Le président du Congrès, Roberto Micheletti, désigné depuis peu chef de l'État du Honduras, a décrété hier un couvre-feu de 48 heures dans le pays à partir de 21h. M. Micheletti a affirmé que l'armée n'avait pas perpétré de coup d'État, mais qu'elle avait simplement «exécuté un ordre judiciaire» parce que le président «enfreignait [les] lois du pays». Il faisait ainsi référence au référendum que voulait tenir M. Zelaya sur une modification de la Constitution destinée à lui permettre de briguer un second mandat de quatre ans.
Le président de l'OEA, José Miguel Insulza, a appelé la communauté internationale à s'unir contre cette grave «altération du processus démocratique», au commencement d'une réunion où les pays membres devaient décider de la position à adopter devant le nouveau gouvernement. Ses propos ont trouvé écho chez le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, qui a demandé que le président Zelaya soit immédiatement rétabli dans ses fonctions. Le Groupe de Rio, qui comprend 23 pays latino-américains, a exprimé «sa condamnation la plus énergique» du coup d'État perpétré hier au Honduras.
Pour sa part, le président du Venezuela, Hugo Chávez, allié de Manuel Zelaya, a réagi avec colère à ce putsch et a menacé de faire tomber la nouvelle junte. Il a dit avoir placé l'armée vénézuélienne en état d'alerte et a assuré qu'il pourrait intervenir militairement si l'on s'en prenait à l'ambassadeur du Venezuela au Honduras. S'exprimant à la télévision nationale, M. Chávez a fait savoir qu'il ferait tout ce qu'il faut pour «faire échouer» le putsch.
Des soldats honduriens ont enlevé l'ambassadeur de Cuba et ont roué de coups l'ambassadeur du Venezuela, l'abandonnant sur le bas-côté, a-t-il affirmé.
Une crise annoncée
La crise couvait ainsi depuis plusieurs jours au Honduras, où Manuel Zelaya avait destitué le chef d'état-major, le général Romeo Vasquez, parce qu'il refusait de l'aider à organiser son référendum sur la réforme de la Constitution. Jugeant la procédure référendaire «illégale», la Cour suprême du Honduras s'était alors rangée du côté du chef de l'armée et avait demandé au président de le rétablir dans ses fonctions. C'est d'ailleurs à la demande de la Cour que le président Zelaya a été évincé du pouvoir. «[L'armée] est intervenue pour défendre la loi», a indiqué la Cour suprême par voie de communiqué, peu de temps après le putsch.
Soutenu par des organisations populaires et indigènes, Manuel Zelaya avait opéré un net virage à gauche après son élection et s'est rapproché des dirigeants de gauche de la région comme le président du Nicaragua, Daniel Ortega, ou du Venezuela, Hugo Chávez.
Les États-Unis ont nié avoir joué le moindre rôle dans les événements du Honduras. «Il n'y a eu aucune implication américaine dans les actes qui ont visé le président Zelaya», a assuré un responsable de la Maison-Blanche à Reuters. «Nous reconnaissons Zelaya comme le président du Honduras élu selon les règles constitutionnelles. Nous n'en voyons aucun autre», a ajouté un responsable qui a demandé l'anonymat.
Le président américain, Barack Obama, a fait part de sa vive préoccupation à la suite de l'arrestation et de l'expulsion du président hondurien. «Toutes les tensions et tous les contentieux existants doivent être résolus pacifiquement par le dialogue, sans aucune ingérence extérieure», a-t-il déclaré par voie de communiqué. Les États-Unis disposent de 600 militaires stationnés à la base aérienne de Soto Cano, au Honduras.
Coup d'État à l'aube
Interrogé par la chaîne de télévision vénézuélienne Telesur, Manuel Zelaya a expliqué avoir été réveillé à l'aube par des coups de feu contre sa résidence et avoir été enlevé par des militaires qui, au bout d'une demi-heure de fusillade, ont réussi à venir à bout de la résistance de ses gardes du corps. «Si organiser un référendum déclenche un coup d'État, l'enlèvement du président et son expulsion du pays, dans quel type de démocratie vivons-nous?», s'est demandé le président hondurien âgé de 56 ans.
Quatre commandos d'environ 200 soldats se sont rendus au domicile de M. Zelaya à l'aube hier, selon un voisin interrogé par la chaîne de télévision Radio Cadena Voces. Les militaires ont tiré «quatre coups de feu», puis sont repartis à bord de trois véhicules en direction d'une base aérienne. La maison du chef d'État a par la suite été entourée par des dizaines de militaires fortement armés, a confirmé un photographe de l'AFP. Quelque 2000 partisans de Manuel Zelaya, dont certains brandissaient des pelles et des barres de fer, ont brûlé des pneus devant le palais présidentiel.
Vendredi dernier, le Congrès national avait déjà évoqué la possibilité de son éventuelle destitution, avant de faire marche arrière en raison de l'absence de soutien des militaires. Mais à la suite des récents événements et des déclarations de la Cour suprême, M. Zelaya n'a pu se soustraire à cette expulsion manu militari.
Les députés honduriens ont ensuite officiellement démis M. Zelaya de ses fonctions en le remplaçant par le président du Congrès, Roberto Micheletti. Les deux hommes appartiennent à la même formation politique, le Parti libéral au pouvoir.
Quelques heures après la destitution du président Zelaya, des manifestants, munis de masques et de bâtons, ont pris les rues de Tegucigalpa, la capitale, entourés de soldats et de chars. Les retransmissions des chaînes de télévision et de radio ont été interrompues, l'aéroport international a été fermé, l'électricité et les communications ont également été coupées.
Se disant toujours président, M. Zelaya, élu en 2006, a demandé l'asile politique au Costa Rica, selon le service hispanophone de la chaîne CNN. Il a appelé les Honduriens à la résistance pacifique face aux putschistes en déclarant que ceux-ci «ne pourront pas conserver le pouvoir».
Le président du Congrès, Roberto Micheletti, désigné depuis peu chef de l'État du Honduras, a décrété hier un couvre-feu de 48 heures dans le pays à partir de 21h. M. Micheletti a affirmé que l'armée n'avait pas perpétré de coup d'État, mais qu'elle avait simplement «exécuté un ordre judiciaire» parce que le président «enfreignait [les] lois du pays». Il faisait ainsi référence au référendum que voulait tenir M. Zelaya sur une modification de la Constitution destinée à lui permettre de briguer un second mandat de quatre ans.
Le président de l'OEA, José Miguel Insulza, a appelé la communauté internationale à s'unir contre cette grave «altération du processus démocratique», au commencement d'une réunion où les pays membres devaient décider de la position à adopter devant le nouveau gouvernement. Ses propos ont trouvé écho chez le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, qui a demandé que le président Zelaya soit immédiatement rétabli dans ses fonctions. Le Groupe de Rio, qui comprend 23 pays latino-américains, a exprimé «sa condamnation la plus énergique» du coup d'État perpétré hier au Honduras.
Pour sa part, le président du Venezuela, Hugo Chávez, allié de Manuel Zelaya, a réagi avec colère à ce putsch et a menacé de faire tomber la nouvelle junte. Il a dit avoir placé l'armée vénézuélienne en état d'alerte et a assuré qu'il pourrait intervenir militairement si l'on s'en prenait à l'ambassadeur du Venezuela au Honduras. S'exprimant à la télévision nationale, M. Chávez a fait savoir qu'il ferait tout ce qu'il faut pour «faire échouer» le putsch.
Des soldats honduriens ont enlevé l'ambassadeur de Cuba et ont roué de coups l'ambassadeur du Venezuela, l'abandonnant sur le bas-côté, a-t-il affirmé.
Une crise annoncée
La crise couvait ainsi depuis plusieurs jours au Honduras, où Manuel Zelaya avait destitué le chef d'état-major, le général Romeo Vasquez, parce qu'il refusait de l'aider à organiser son référendum sur la réforme de la Constitution. Jugeant la procédure référendaire «illégale», la Cour suprême du Honduras s'était alors rangée du côté du chef de l'armée et avait demandé au président de le rétablir dans ses fonctions. C'est d'ailleurs à la demande de la Cour que le président Zelaya a été évincé du pouvoir. «[L'armée] est intervenue pour défendre la loi», a indiqué la Cour suprême par voie de communiqué, peu de temps après le putsch.
Soutenu par des organisations populaires et indigènes, Manuel Zelaya avait opéré un net virage à gauche après son élection et s'est rapproché des dirigeants de gauche de la région comme le président du Nicaragua, Daniel Ortega, ou du Venezuela, Hugo Chávez.
Les États-Unis ont nié avoir joué le moindre rôle dans les événements du Honduras. «Il n'y a eu aucune implication américaine dans les actes qui ont visé le président Zelaya», a assuré un responsable de la Maison-Blanche à Reuters. «Nous reconnaissons Zelaya comme le président du Honduras élu selon les règles constitutionnelles. Nous n'en voyons aucun autre», a ajouté un responsable qui a demandé l'anonymat.
Le président américain, Barack Obama, a fait part de sa vive préoccupation à la suite de l'arrestation et de l'expulsion du président hondurien. «Toutes les tensions et tous les contentieux existants doivent être résolus pacifiquement par le dialogue, sans aucune ingérence extérieure», a-t-il déclaré par voie de communiqué. Les États-Unis disposent de 600 militaires stationnés à la base aérienne de Soto Cano, au Honduras.
Coup d'État à l'aube
Interrogé par la chaîne de télévision vénézuélienne Telesur, Manuel Zelaya a expliqué avoir été réveillé à l'aube par des coups de feu contre sa résidence et avoir été enlevé par des militaires qui, au bout d'une demi-heure de fusillade, ont réussi à venir à bout de la résistance de ses gardes du corps. «Si organiser un référendum déclenche un coup d'État, l'enlèvement du président et son expulsion du pays, dans quel type de démocratie vivons-nous?», s'est demandé le président hondurien âgé de 56 ans.
Quatre commandos d'environ 200 soldats se sont rendus au domicile de M. Zelaya à l'aube hier, selon un voisin interrogé par la chaîne de télévision Radio Cadena Voces. Les militaires ont tiré «quatre coups de feu», puis sont repartis à bord de trois véhicules en direction d'une base aérienne. La maison du chef d'État a par la suite été entourée par des dizaines de militaires fortement armés, a confirmé un photographe de l'AFP. Quelque 2000 partisans de Manuel Zelaya, dont certains brandissaient des pelles et des barres de fer, ont brûlé des pneus devant le palais présidentiel.
Vendredi dernier, le Congrès national avait déjà évoqué la possibilité de son éventuelle destitution, avant de faire marche arrière en raison de l'absence de soutien des militaires. Mais à la suite des récents événements et des déclarations de la Cour suprême, M. Zelaya n'a pu se soustraire à cette expulsion manu militari.
Les députés honduriens ont ensuite officiellement démis M. Zelaya de ses fonctions en le remplaçant par le président du Congrès, Roberto Micheletti. Les deux hommes appartiennent à la même formation politique, le Parti libéral au pouvoir.
Quelques heures après la destitution du président Zelaya, des manifestants, munis de masques et de bâtons, ont pris les rues de Tegucigalpa, la capitale, entourés de soldats et de chars. Les retransmissions des chaînes de télévision et de radio ont été interrompues, l'aéroport international a été fermé, l'électricité et les communications ont également été coupées.
Se disant toujours président, M. Zelaya, élu en 2006, a demandé l'asile politique au Costa Rica, selon le service hispanophone de la chaîne CNN. Il a appelé les Honduriens à la résistance pacifique face aux putschistes en déclarant que ceux-ci «ne pourront pas conserver le pouvoir».
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