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Pérou - L'Amazonie visible

Guy Taillefer   19 juin 2009  Amérique Latine
Le Pérou connaît depuis le début des années 2000 une croissance économique fulgurante, fondée pour l'essentiel sur l'ouverture à l'exploitation étrangère, principalement canadienne et américaine, de ses immenses ressources minières, pétrolières et forestières. Pour les communautés andines et amazoniennes qui habitent ces régions richissimes en ressources naturelles, cette ouverture ne revient, en réalité, qu'à prolonger en formes élargies des siècles de déni et de répression.

Le choc de ces deux mondes a pris une tournure extrêmement tragique au début du mois de juin quand les autorités péruviennes, exaspérées par la résistance affichée par les minorités autochtones d'Amazonie à de nouvelles lois de libéralisation industrielle, ont lâché 600 policiers contre des manifestants qui bloquaient des routes près de la ville de Bagua, située tout au nord du pays. Bilan: au moins 34 morts et, selon les chefs autochtones, plus de 100 disparus. Le Pérou n'a pas connu pareille violence politique depuis la guerre lancée au milieu des années 1990 contre la guérilla maoïste du Sentier lumineux.

La résistance que menaient quelque 30 000 autochtones depuis le mois d'avril était tout sauf violente, mais elle menaçait, ô sacrilège, de perturber considérablement l'activité économique. Elle serait sans doute demeurée pacifique si le président, Alan Garcia, avait fait l'effort de rompre avec la vieille culture péruvienne de mépris et de paternalisme à leur égard. Mais il n'aura pas su faire autrement que d'utiliser la manière forte contre des manifestants qu'il considérait ouvertement comme des «barbares» et des «citoyens de seconde zone», des arriérés qui ne comprennent rien à la modernité et à la mondialisation. Qu'importe que plus de 70 % de l'Amazonie péruvienne ait été ouverte unilatéralement à l'exploration pétrolière au cours des dernières années, sans que Lima ne prenne la peine, ou si peu, de demander leur avis aux populations locales...

Le gouvernement Garcia se confond en mea culpa depuis le massacre du 5 juin, l'élite politique se voyant plongée dans une crise grave. Une ministre a claqué la porte en guise de protestation. Le gouvernement a finalement décidé cette semaine d'abroger deux décrets-lois sur l'exploitation forestière, satisfaisant une partie des revendications de la minorité indigène, alors que le premier ministre, Yehude Simon, a annoncé qu'il démissionnera sous peu, une fois la crise résorbée. Le gouvernement doit savoir écouter, a-t-il déclaré. «Nous devons ouvrir un horizon de réconciliation, de paix et d'espoir», s'est tout à coup mis à plaider Alan Garcia. Appel au dialogue? Ils auraient pu y penser plus tôt.

La situation est gênante aussi pour le Canada, qui a conclu un accord de libre-échange avec le Pérou, et les entreprises canadiennes qui investissent massivement dans le secteur minier péruvien. Ils ne le diront pas, mais ils sont concernés. C'est en grande partie pour les satisfaire, après tout, que M. Garcia s'emploie à créer au Pérou une économie en libre-service toute tournée vers l'exportation.

*****

gtaillefer@ledevoir.com











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