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La liberté en famille

Alexandre Shields   4 juillet 2008  Amérique Latine
Après six ans de détention aux mains des FARC, Ingrid Betancourt a retrouvé hier ses enfants Mélanie et Lorenzo.
Photo : Agence Reuters
Après six ans de détention aux mains des FARC, Ingrid Betancourt a retrouvé hier ses enfants Mélanie et Lorenzo.
Après la libération, les retrouvailles. Ingrid Betancourt a finalement pu embrasser ses enfants hier à Bogotá, après plus de six années d'une captivité où «il n'y avait que cruauté, arbitraire et méchanceté», selon ses propres mots. Et si elle souhaite pour le moment prendre le temps de réfléchir à son avenir, elle a tout de même dit vouloir contribuer à faire «bouger» les choses dans ce pays et libérer les otages encore détenus par la guérilla marxiste.

Après avoir assuré la veille qu'elle aspirait toujours à la présidence de la Colombie, l'ancienne candidate écologiste de 2002 a semblé plus prudente hier. Mme Betancourt ne «sait pas» encore quel sera son avenir politique. «Je voudrais prendre une décision tranquille», ne pas «pousser les choses», a-t-elle déclaré sur les ondes de France 2. «Si jamais je peux servir, je voudrais servir, sinon il y a d'autres façons de servir. Je voudrais simplement trouver un moyen d'être utile, celui qui soit le plus favorable», a-t-elle ajouté.

Tout juste sortie de la jungle, Ingrid Betancourt réfléchit néanmoins déjà «à comment on va agir». La «première chose qu'il faut faire, c'est un appel au président [vénézuélien] Chávez et au président de l'Équateur, [Rafael] Correa, pour qu'ils nous aident à retrouver les liens d'amitié, de fraternité et de confiance avec le président [colombien] Uribe. C'est une étape essentielle pour pouvoir obtenir d'autres libérations unilatérales», a ajouté l'ex-otage des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Elle préconise en outre d'inviter «d'autres acteurs régionaux pour qu'ils nous aident, pour que cela commence à bouger», citant notamment la présidente argentine, Cristina Kirchner.

«Il faut faire comprendre au commandement des FARC qu'il faut laisser le chemin du terrorisme et retrouver le chemin de la négociation, de la conciliation et de la paix. C'est une première étape», a-t-elle insisté. Le «plus important est que chaque Colombien ressente que son attitude peut faire la différence. Chacun d'entre nous peut obtenir que nos frères qui sont dans la jungle reviennent».

Il «faut des changements en Colombie, mais démocratiquement», a aussi souligné celle qui a fait campagne contre la corruption, le trafic de drogue et les guérillas. Elle espère la création d'une «ligue, une organisation de paix nouvelle et qui se batte de façon fraternelle pour obtenir la liberté d'autres otages dans le monde». «Je pense en Birmanie au cas d'Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix et opposante depuis longtemps. Nous aussi, on peut marcher et être solidaires avec d'autres êtres humains qui vivent ces drames», car «ce que nous avons vécu nous donne le droit de lutter pour d'autres personnes», a estimé la femme de 46 ans, animée d'une vivacité certaine.

«Dans le monde, il y a beaucoup de personnes, de collectivités qui veulent nous aider, ont agi pour notre liberté. Elles doivent continuer à nous aider pour la liberté de tous les Colombiens et obtenir la fin des enlèvements en Colombie», a aussi lancé celle qui est devenue le symbole de la souffrance des otages des FARC. Un symbole d'autant plus fort que la mobilisation de ses proches et sa double nationalité ont contribué à médiatiser sa lutte sur le plan international.

Retrouvailles

Plus tôt dans la journée, c'est en tant que mère de famille qu'elle s'est rendue à l'aéroport de Bogotá afin d'y accueillir son fils et sa fille, Lorenzo et Mélanie, qui sont arrivés en matinée en provenance de Paris. «Ce que je ressens maintenant est très proche du paradis», a par la suite confié Ingrid Betancourt, serrant ses enfants contre elle. «Ce sont mes bébés, ma fierté, ma raison d'être, ma lumière, ma lune, mes étoiles. Pardonnez-moi de dire cela, mais je les trouve très beaux», a-t-elle ajouté, très émue.

Interrogée sur ses conditions de détention, elle a affirmé sans détour avoir été traitée «comme un chien». «Ce n'était pas un traitement qu'on puisse réserver à un animal», a-t-elle laissé tomber, ajoutant qu'au cours de ces six années passées dans l'enfer tropical, «il n'y avait que cruauté, arbitraire et méchanceté».

Désormais, elle aura cependant droit au traitement royal. Déjà hier, proches et soutiens d'Ingrid Betancourt se sont rassemblés sur le parvis de l'hôtel de ville, à Paris, pour fêter la libération de la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt. Ce «rassemblement du bonheur» avait lieu symboliquement devant la photo de l'ex-otage accrochée au fronton de l'édifice. Sur le grand panneau blanc, le compteur des jours de détention de la sénatrice dans la jungle colombienne est désormais bloqué pour toujours à 2321, et un bandeau «LIBRE» en lettre blanches sur fond rouge a été apposé. À son retour en France, prévu aujourd'hui, elle doit d'ailleurs se rendre à l'hôtel de ville pour y décrocher son portrait.

Mme Betancourt et 14 autres otages — trois Américains et onze Colombiens — ont été secourus mercredi au cours d'une opération par hélicoptère qui n'a occasionné aucune effusion de sang et pour laquelle des soldats ont donné le change aux rebelles en se faisant passer pour des employés d'une ONG humanitaire.

Cette libération est d'ailleurs un revers de taille pour le plus ancien mouvement de guérilla d'Amérique latine. En revanche, il s'agit d'un coup d'éclat pour le président colombien Alvaro Uribe, farouche adversaire des FARC dont le père fut tué par ce mouvement il y a une vingtaine d'années. Elle vient renforcer la confiance de l'opinion et des milieux économiques en Uribe, qui jouit d'une très forte popularité en Colombie en raison de sa fermeté face aux guérilleros et de sa politique visant à favoriser les investissements et la croissance.

Enfin, on a appris hier que les États-Unis étaient au courant que Bogotá préparait une opération pour libérer les otages aux mains de la guérilla marxiste. «Nous étions au courant dans la phase préparatoire, mais cette opération a été conçue par les Colombiens et menée par les Colombiens, avec notre total soutien. Mais ils n'ont pas eu besoin d'un feu vert de notre part», a assuré la porte-parole de la Maison-Blanche, Dana Perino.

Déjà, les deux pays entretiennent une collaboration militaro-politique intense à travers le Plan Colombie, conclu en 2000 avec Bogotá par l'administration Clinton et maintenu par le président George W. Bush. Ce dernier prévoit une assistance financière — qui s'est élevée à environ sept milliards de dollars en huit ans — et logistique pour lutter contre le trafic de drogue et les groupes rebelles en Colombie. Il aurait toutefois des conséquences désastreuses sur les populations civiles.

***

Avec l'Agence France-Presse, Associated Press, Le Monde et Reuters






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  • Yvon Montoya
    Abonné
    vendredi 4 juillet 2008 08h25
    Novalangue
    « Elle n'a jamais dit qu'elle voulait briguer la présidence de la Colombie, c'est un des otages qui en a parlé. Vérifiez. 20 millions pour les FARC et les USA (Bush) avec les Israéliens ont trafiqué pour Uribe cette opération. Uribe, tout heureux et démagogique, a menti au monde et à son peuple. Politique spectacle démagogique et très dangereux pour la démocratie réelle. Comme je le disais hier au Devoir. Sarkozy tente en France de récupérer l'opération. On dit qu'il a été mis au courant au dernier moment mais tout de même il a salué Israël par l'intermédiaire du soldat otage israélien Shalit à la fin de son allocution télévisée. La planète entière est sous le joug des médias et des antidémocrates. Gravissime car cela suppose de laisser tout tomber et de ne plus croire à aucun événement de par le monde. On appelle ça du totalitarisme pur (on pratiquait la même « science » de décervellisation en d'autres lieux) et il avait raison un commentateur hier dans Le Devoir hier aussi en parlant de Novlangue. Nous n'avons plus l'information que nous méritons. C'est de pire en pire. Mais n'oublions pas que l'ère de l'Internet nous aide de plus en plus à nous en passer. Il faut créer des réseaux interdépendants mais indépendants des médias.
    « Enfin, on a appris hier que les États-Unis étaient au courant que Bogotá préparait une opération pour libérer les otages aux mains de la guérilla marxiste: «Nous étions au courant dans la phase préparatoire, mais cette opération a été conçue par les Colombiens et menée par les Colombiens, avec notre total soutien. Mais ils n'ont pas eu besoin d'un feu vert de notre part» », a assuré la porte-parole de la Maison-Blanche, Dana Perino. » Voilà une fausse information non vérifiée par le journaliste. Ainsi que la fameuse idée de dire que Bétancourt pense à la présidence. Pourtant ce n'était pas si difficile de le voir et de le penser. »

  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    vendredi 4 juillet 2008 09h03
    Une mise en scène?
    « On ne peut que se féliciter de la libération d'Ingrid Betancourt et de 14 autres otages. Mais comment cette libération a réellement eu lieu? D'après la radio Suisse Romande, Bogota et Washington auraient versé une importante somme d'argent pour «retourner» l'un des gardiens des 15 otages libérés. L'opération militaire annoncée n'aurait jamais eu lieu.

    Si elle se confirme, cette information risque de faire l'effet d'une bombe en Colombie. Citant une source «proche des événements», «fiable, éprouvée à maintes reprises au cours de ces vingt dernières années», la radio affirme en effet qu'aucune opération militaire n'aurait eu lieu pour libérer Ingrid Betancourt et les autres otages, qui «ont en réalité été achetés au prix fort, après quoi toute l'opération a été mise en scène». La source de la RSR explique que l'épouse d'un des gardiens des otages, arrêtée par l'armée colombienne, aurait servi d'intermédiaire. C'est grâce à elle que Bogota, assisté par les États-Unis, aurait pu «acheter» la libération des otages contre 20 millions de dollars versés à leurs gardiens. Toujours selon la radio, Washington serait à la base de cette opération.

    « La RSR explique que plusieurs observateurs étaient troublés par deux éléments peu crédibles dans la version officielle de la libération des otages : d'une part, l'aspect absolument parfait du déroulement de l'opération et ensuite l'absence d'une vidéo montrant les commandos en action, alors qu'un homme est toujours chargé de filmer ce type d'opération. Pire encore pour le président Uribe, la radio suisse affirme qu'il «voulait pouvoir décider du Jour J, où cette libération interviendrait, en fonction de son propre agenda politique». Alvaro Uribe vient en effet de convoquer des élections anticipées, alors que plusieurs affaires corruption le mettaient en difficulté dans les sondages. La mise en scène d'une opération commando lui permet, affirme la radio suisse, «de s'en tenir à sa ligne qui exclut toute négociation avec les rebelles tant que les otages ne sont pas libérés» et de «redorer son blason».

    Alors, que s'est-il réellement passé? Le saurons-nous un jour? »

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    vendredi 4 juillet 2008 12h30
    Après l'euphorie...
    « Hier, c'était l'euphorie.
    La nouvelle en elle-même est réellement euphorique.
    Le retour à la liberté de 15 otages, Ingrid Bétancourt qui respire l'air libre, qui retrouve les siens, qui retrouve les micros et qui peut reprendre sa vie en main, n'est pas une nouvelle négligeable et c'est avec raison qu'on doit lui laisser toute la place.
    C'est le côté humain de l'événement. Un événement humain majeur.

    Mais aujourd'hui, l'euphorie s'estompe en laissant la place aux dessous.

    Cette grande opération, réellement digne des "meilleurs" scénarios hollywoodiens, cache bien des choses. Il faut toujours regarder les régions et les événements de l'Amérique latine globalement et jamais avec des oeillères qui nous occultent l'environnement global.

    Le cas Bétancourt est LE cas le plus médiatisé de ce conflit colombien. L'approche médiatique de tout ce qui entoure ce cas et ce conflit est hautement politique. Bien plus politique qu'humain. Chaque manoeuvre est fonction de la retombée politique.
    Lorsque Hugo Chávez faisait libéré des otages, on remisait le côté humain loin derrière, pour ne parler que du côté retombé politique.
    On titrait la victoire de Chávez, le pied de nez à ces opposants, bref, on sous-entendait clairement que Chávez n'a jamais fait libérer qui que ce soit pour des valeurs humaines, mais plutôt pour son crédit politique.

    La libération d'Ingrid Bétancourt, bien que les camps aient des rôles différents, ne fait pas exception à cette "loi".


    Avec cette libération, le problème colombien est-il résolu?

    En croyant et en soutenant ce scénario hollywoodien, on pourrait penser que la lumière de la pacification vient de s'allumer au bout du tunnel colombien.
    Tout à coup, veut-on la paix?

    J'ai toujours eu la ferme impression que les ÉU et leur laquais, Uribe, ne voulaient en aucun cas cesser cette guerre qui leur profite au maximum pour limiter la démocratisation de la région. Il est hors de question de laisser le choix aux Colombiens d'élire autre chose qu'un gouvernement néolibéral.
    Les US investissent en «aide» militaire, près d'un milliard par année dans cette région. Cette «aide» n'a rien d'humanitaire. Le contrôle de ce dernier bastion au service des intérêts US est de la première importance. La IV flotte n'a pas été remise sur pied pour aller soigner les Latino-Américains, mais bien pour se remettre les pieds là où les précieuses ressources naturelles leurs échappent.

    Donc, la paix a-t-elle une chance?
    L'élimination des FARC, leur reddition, ne serait pas favorable à la paix parce qu'on enrayerait la violence que ceux-ci font. Non, si les guérillas (FARC, ELN) colombiennes déposaient les armes, le plus grand pas vers la paix serait qu'un des prétextes importants de la militarisation de cette région disparaîtrait. Le jeu de l'impérialisme deviendrait automatiquement moins masqué.
    On hésitait à libérer les otages et à pacifier la région justement pour ne pas perdre l'excuse d'occuper le coin.


    A-t-on vraiment voulu libérer Ingrid Bétancourt et 14 autres otages?

    Le but était-il si humain?
    En premier lieu, peu importe le but, la réalité est, que 15 êtres humains ont retrouvé la liberté et ont été soustraits à des conditions de vie extrêmement difficiles.

    Mais, il ne faut pas devenir aveuglé par ce geste humanitaire.
    Il faut se ressaisir et voir la situation au-delà du sourire d'Ingrid.


    Où en était le gouvernement de Alvaro Uribe?
    Depuis que les juges de la Cour suprême ont ordonné l'arrestation de quatorze députés et sénateurs proches d'Uribe, depuis que quelques-uns ont avoué avoir été soudoyés pour permettre la réélection de Uribe, la légitimité constitutionnelle de son mandat est sérieusement remise en question.
    Uribe vise un troisième mandat (Le Monde va-t-il titrer: "Uribe vise la présidence à vie!" ???). On dit, les sondages disent, les sondages "révèlent" que Uribe est trrrès populaire. Il semble bien que oui, mais...

    Avec ces scandales qui éclatent, avec les preuves de ses contacts avec les paramilitaires, avec des magouilles misent à jour, son blason se ternissait à vue d'oeil, sa popularité allait peut-être devenir chancelante. Il fallait, définitivement un grand coup.

    La libération de 15 otages, les plus célèbres, était tout indiquée.

    Restait la mise en scène, comme un magnifique glaçage sur le gâteau.


    On a mis peut-être un peu trop de glaçage. Dû à son épaisseur, le glaçage a eu de la difficulté à se solidifier, il coule. On découvre, peu à peu, que le scénario digne de Walt Disney, était une mise en scène totale. En fait, les otages ont été achetés à prix fort. 20 millions pour 15 otages. On a beau être FARC, 20 millions, on ne crache pas là-dessus!
    Et, il ne faut pas oublier que la prise d'otages, sert aussi à financer la guérilla, alors les guérilleros n'ont rien perdu. Ils ont même, en quelques sortes, atteint leur but.

    En Amérique latine, il y a la surface de l'Information et il y a la réalité. De plus en plus, dans cette région, il faut prendre le temps de laisser les vapeurs de la désinformation s'évaporer pour que la réalité ressorte enfin.
    Tout juste après 24 heures d'euphorie, la réalité émerge des vapeurs du beau scénario.


    Les principaux buts visés sont atteints.

    On peut remettre en doute l'objectif premier de l'opération, soit la libération des otages.

    Le but premier était, selon moi, de remettre en selle Alvaro. Le scénario féerique a été totalement efficace (du moins pour un temps) pour redorer complètement son blason.

    Deuxième but, mettre KO ce Chávez de malheur qui solidarise toute l'Amérique latine.
    But atteint, on peut titrer avec joie: "Hugo Chávez est resté à l'écart de l'opération"


    La balle est dans le camp d'Ingrid Bétancourt.

    Après plus de six ans de pénible détention, il serait surprenant qu'Ingrid Bétancourt reprenne rapidement le collier, mais la combativité de cette femme peut nous surprendre.
    Ingrid Bétancourt menaçait d'envoyer les sénateurs colombiens croupir en prison, elle dénonçait la corruption, elle voulait mettre fin au terrorisme paramilitaire et dénonçait les liens de certains élus avec le narcotrafic.
    Elle voulait assainir le pays de ces assassinats de politiciens, de journalistes et de paysans trop bavards.
    En six ans, sa Colombie a-t-elle changé ?
    La corruption, le narcotrafic, le terrorisme intérieur existent toujours.
    Toutes les raisons de ses motivations sont toujours présentes, alors reste à savoir, non pas si elle va reprendre le collier, mais quand?


    La Colombie et toute l'Amérique latine bougent, politiquement et humainement.
    Apprenons l'espagnol pour bien les écouter, parce que souvent on ne rapporte pas leurs propos et lorsqu'on nous rapporte des bribes de discours, on ne nous fait pas comprendre le sens véritable de leurs idées.


    À suivre...


    Serge Charbonneau
    Québec »

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