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Virage à gauche, virage indien

«L'Amérique latine vire à gauche»... l'a-t-on assez dit depuis cinq ans! Et avec la victoire, il y a deux semaines, de l'ex-évêque Fernando Lugo au Paraguay, on peut classer un pays de plus dans cette colonne de gauche: 60 ans de pouvoir d'un seul parti, le Parti Colorado — dont près de 40 sous une dictature impitoyable — viennent de se terminer par la grâce des urnes.
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  • Serge Charbonneau
    Abonné
    lundi 5 mai 2008 12h06
    La surface tente de nous masquer le fond
    « Mais attention: «Il y a gauche et gauche.»

    Pauvre Monsieur Brousseau, aux prises avec tous ces méchants!

    «L'Amérique latine vire à gauche»... l'a-t-on assez dit depuis cinq ans!

    Eh! Oui!

    Que faire, pour distinguer tous ces méchants? Il faut en faire des plus méchants et des moins méchants et ainsi rétablir les bons et les méchants. Il y a les "pas-trop-méchants", presque bon et les méchants-méchants, c'est-à-dire, les bêtes noires de Washington.
    Ceux qui refusent l'aide (sic) du privé et s'acharnent à nationaliser ce qui fait fuir ce missionnariat (le privé) hors du pays sont vraiment ces gouvernements indésirables. En plus de refuser l'exploitation de leurs ressources naturelles par l'entreprise privée, ces gouvernements démocratiques, qu'on appelle "régimes", pour bien placer dans notre esprit qu'ils sont vicieux même si leur population les supporte, veulent mettre dehors ces installations militaires états-uniennes qui sont ici et là en Amérique latine.

    «Entre Hugo Chávez le Vénézuélien et Michelle Bachelet la Chilienne, il y a probablement plus de différences que de convergences...»

    On s'acharne à voir les "énormes" (sic) différences entre les "régimes". Oh! Je m'excuse, il faut dire entre le "régime" Chávez et le gouvernement Bachelet.

    Comme il y a quelques mois, on s'acharnait à mettre en opposition Lula et Chávez.
    Il aura fallu des déclarations de chacun des Présidents pour rétablir la réalité et dénoncer cette fabrication médiatique les décrivant comme des opposés.

    Je vous réfère à deux articles pour témoigner de cette réalité.

    "Lula dément avoir un différend avec Chávez"
    http://www.elsigloweb.com/portal_ediciones/115/portal_notas/1787-lula-desmiente-peleas-con-chvez

    "Chávez: Rien ne peut me faire me bagarrer avec Lula"
    http://www.rnv.gov.ve/noticias/index.php?act=ST&f=2&t=49609&hl=&s=4ae05a8f367246fe6783ce5d985e7918

    Les différences entre le Chili et le Venezuela sont notables. La géographie, l'Histoire, les conditions économiques sont autant de différences qui font en sorte que chaque gouvernement agit avec des optiques différentes, ce qui n'implique pas des divergences fondamentales au niveau politique. Comme le disait Alvaro Colom du Guatemala, chacun doit trouver sa voie, sa recette pour en arriver à avoir plus de justice et d'équité dans chacun des pays. Il n'y a pas de marche à suivre établie dans un grand livre. La manière Chávez est soutenue par les Vénézuéliens-nes, Lula a sa méthode, Bachelet, la sienne, Vasquez, la sienne et Lugo aura aussi la sienne. Chacun a ses propres difficultés, des ressources qui les caractérisent (pétrole au Venezuela, électricité au Paraguay, gaz en Bolivie, cuivre au Chli, etc.) et donc un tissu économique différent.


    La question indigène et la Bolivie.

    Comme dans tous les conflits, il y a la surface, celle que l'on fait briller et le fond, celui que l'on veut cacher.

    Le conflit bolivien n'y fait pas exception. De ramener de façon simpliste la tourmente bolivienne à un conflit entre blancs et indigènes est une façon de faire disparaître le fond.

    Un fait historique et toujours actuel, est l'important rôle que les États-Unis ont joué et jouent toujours en Amérique latine.
    Un rôle majeur important.
    Nous n'avons qu'à penser à toutes ces dictatures latino-américaines.

    Le film du journaliste australien John Piklger "The War on Democracy"

    http://video.google.ca/videoplay?docid=-3739500579629840148&q=%22THE+WAR+ON+DEMOCRACY%22&total=138&start=0&num=10&so=0&type=search&plindex=0&hl=en-CA

    est absolument à voir pour tous ceux qui s'intéressent à l'actualité latino-américaine.

    Il faut se souvenir de l'implication de la CIA lors du renversement de Allende.
    Lors de l'opération Condor.
    Lors de la guerre des contras au Nicaragua (Irangate)
    Lors du coup d'État manqué d'avril 2002 au Venezuela.
    Lors de l'assassinat-massacre de Raúl Reyes en Équateur en mars 2008.
    Du plan Colombie.
    Du plan Patriote.

    Des exemples concernant l'implication et l'ingérence politique et militaire des États-Unis en Amérique latine, peuvent emplir des pages et des pages. Tous ces faits sont largement documentés.

    Donc, parler du problème bolivien avec pour unique optique un conflit blanc - indigène, est faire preuve d'un simplisme douteux.

    Comme le soulignait M. Brousseau, «L'Amérique latine vire à gauche»
    Ce qui veut dire qu'elle échappe graduellement à l'impérialisme états-unien. Les ÉU qui ont toujours considéré l'Amérique latine comme LEURS réserves naturelles et LEUR territoire stratégique, bref, LEUR arrière-cour, se voit maintenant mettre à la porte peu à peu.
    M. Chávez les a mis hors du Venezuela, M. Correa n'entend pas renouveler les baux des bases militaires US en sol équatorien, et M. Morales partage les mêmes vues.

    Il est hors de question que les États-Unis assistent les bras croisés à leur éviction.

    Le plan de déstabilisation de la Bolivie est en marche depuis quelques mois.
    M. Philip Golberg, artisan de l'indépendance (sic) du Kosovo, a été demandé en renfort en Bolivie (nommé ambassadeur en Bolivie). Son expertise dans la sécession des territoires est présentement mise à profit.

    http://www.legrandsoir.info/spip.php?article5849

    Lorsque l'oligarchie et les maîtres états-uniens s'y mettent, la pauvre population doit faire preuve d'une solidarité sans faille pour réussir à contrer les attaques de déstabilisation.
    La Bolivie vit de grands dangers. Pas seulement la Bolivie, mais tout le territoire sud-américain. Plus au nord, le conflit colombien et maintenant on tente d'installer un conflit armé plus au sud. Ces deux conflits armés peuvent faire tache d'huile et enflammer toute la région. C'est ce que les États-Unis souhaiteraient pour enfin reprendre le contrôle, au nom de la démocratie et des droits humains, de ce territoire qui leur échappe morceau par morceau.

    Les forces militaires latino-américaines s'unissent peu à peu. On parle d'un OTAS pour protéger la région des attaques externes et pour assurer une stabilité aux différents pays.

    Il est indéniable que les premières nations, si longtemps exclues et bafouées, émergent partout en Amérique latine, grâce aux différents gouvernements progressistes plus respectueux des peuples et des populations, mais, il est tout aussi indéniable que les nombreux conflits latino-américains, ont TOUJOURS été attisés par des magouilles états-uniennes. La documentation impliquant la CIA, USAID, NED, les ambassades US, l'armée US, etc. est énorme.
    De ne pas en parler est comme parler de crème solaire en niant l'existence même du soleil.

    Il faut absolument voir le documentaire de John Pilger "The War on Democracy" pour comprendre le fond de l'histoire bolivienne.

    http://video.google.ca/videoplay?docid=-3739500579629840148&q=%22THE+WAR+ON+DEMOCRACY%22&total=138&start=0&num=10&so=0&type=search&plindex=0&hl=en-CA



    Serge Charbonneau
    Québec

    P.S.: Alvaro Colom a été élu en voulant redonner leur dignité aux Indiens mayas qui forment la majeure partie de la population guatémaltèque. Il a promis un pays "social-démocrate avec un visage maya" pour, en quelque sorte, effacer "la dette historique" envers ce peuple historique. Il a reçu le titre honorifique de chaman (prêtre maya), une distinction très rare pour un homme qui n'a pas de sang indien.
    L'annonce de la télé maya est une nouvelle réjouissante. Rigoberta Menchu, prix Nobel de la Paix 1992, se réjouit sûrement de cette annonce.
    http://www.nobel-paix.ch/bio/menchu.htm



    Serge Charbonneau
    Québec »

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