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Famine - La situation redevient critique en Éthiopie

Fabien Deglise   23 décembre 2008  Afrique
Un petit Éthiopien attendant dans un centre de Médecins Sans Frontières en septembre. Un million d’enfants de moins de cinq ans sont venus grossir ces derniers mois les rangs des Éthiopiens ayant besoin d’une aide alimentaire d’urgence.
Photo : Agence France-Presse
Un petit Éthiopien attendant dans un centre de Médecins Sans Frontières en septembre. Un million d’enfants de moins de cinq ans sont venus grossir ces derniers mois les rangs des Éthiopiens ayant besoin d’une aide alimentaire d’urgence.
La malédiction s'acharne sur l'Éthiopie. Hier, l'Unicef a tiré la sonnette d'alarme devant la crise alimentaire qui empire dans cette région de l'Afrique. Entre avril dernier et aujourd'hui, plus de quatre millions de personnes sont venues en effet agrandir les rangs des Éthiopiens ayant besoin d'une aide alimentaire d'urgence. De ce nombre, un million sont des enfants de moins de cinq ans.

La catastrophe humanitaire envisagée pourrait d'ailleurs être pire que celle de 1984, mais la sensibilisation de l'opinion publique n'est pas une sinécure, reconnaît le Fonds des Nations unies pour l'enfance.

«Il faut crier fort pour se faire entendre, lance Miriam Azar jointe hier au téléphone par Le Devoir au bureau de l'Unicef à New York. Le caractère chronique de la famine éthiopienne ne nous aide pas, tout comme la crise financière dans les pays d'ordinaire donateurs.»

Pourtant, du bureau de l'organisme à Addis-Abeba, la capitale de l'Éthiopie, les chiffres sont loin d'être rassurants, selon elle. «La situation est très grave: à cause de la sécheresse, mais aussi de l'augmentation du prix des matières premières dans les dernières années, le nombre de personnes vulnérables ne cesse d'augmenter depuis le printemps dernier.» Et malgré les mesures d'urgence mises en place par le gouvernement éthiopien, l'Organisation des nations unies (ONU) et les organismes non gouvernementaux (ONG), ajoute Mme Azar, la crise est loin d'être surmontée.

Dans ce pays de 82 millions d'habitants, en effet, chaque année près de 6 millions d'habitants sont considérés comme des «personnes vulnérables» en matière alimentaire. À ce groupe, il faut désormais ajouter 6,4 millions de nouveaux Éthiopiens, des paysans pour la plupart, que l'on décrit comme étant en situation de malnutrition aiguë depuis le début de 2008. Ils étaient 2,4 millions, il y a huit mois à peine. Le sud du pays, les hauts plateaux de l'Abyssinie, le Tigré, le Wollo mais aussi la région Afar, à la frontière avec l'Érythrée, sont les coins les plus touchés.

Pour endiguer la crise, mais surtout pour livrer l'aide alimentaire dite thérapeutique aux enfants, l'Unicef dit avoir besoin d'environ 65 millions de dollars. «Les ressources humaines et techniques sont déjà déployées, explique Mme Azar. Ce qui manque, c'est l'argent.» Pour le moment, 45 millions ont, malgré le silence du drame, été amassés. Le Fonds est toutefois toujours à la recherche de 20 millions pour mener à bien sa mission sur le terrain.

Pour plusieurs observateurs, la nouvelle crise alimentaire qui sévit actuellement en Éthiopie laisse croire, depuis quelques mois, qu'elle pourrait être pire que celles qui ont ravagé ce pays africain en 1984 et 1985. À cette époque, deux famines successives induites par deux insurrections et une sécheresse avaient entraîné la mort d'un million de personnes, dont une majorité d'enfants.

Ce pays, où l'espérance de vie est, à 41 ans, une des plus basses du monde, a fait face à la famine également en 1992, 1996 puis en 2003 époque à laquelle l'artiste britannique Bob Geldof avait une nouvelle fois pris la guitare pour sensibiliser le monde à la détresse éthiopienne. C'était il y a cinq ans: 13 millions de personne souffraient alors de la famine, plus de 100 000 n'y ont pas survécu.

Le sombre portrait éthiopien dressé hier par l'Unicef a été confirmé début décembre par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation (FAO) qui, lors d'une réunion à Rome, en Italie, a estimé à 963 millions le nombre de personnes sur la planète forcées de composer avec la sous-alimentation en 2008, soit une croissance de 40 millions par rapport à l'année précédente. 15 % de ces nouvelles victimes vivent en Éthiopie. C'est également en Inde, en Chine, au Congo, au Bangladesh, en Indonésie et au Pakistan que la malnutrition fait le plus de ravages. Et l'actuelle crise économique et financière pourrait encore faire grimper les chiffres de la famine, craint la FAO.

«Les prix des denrées alimentaires ont chuté depuis le début de l'année, mais cela n'a pas mis fin à la crise alimentaire dans beaucoup de pays pauvres, a déclaré le sous-directeur général de l'organisme international, Hafez Ghanem. Pour des millions de personnes dans les pays en développement, manger le minimum requis pour mener une vie saine et active reste un rêve lointain. Les problèmes structurels de la faim et du manque d'accès à la terre, au crédit et à l'emploi, ainsi que les prix élevés des denrées alimentaires demeurent une réalité cruelle.»

En 1996, alors que 820 millions d'affamés survivaient sur la surface du globe, le Sommet mondial de l'alimentation s'est donné pour objectif de réduire de moitié le nombre de sous-alimentés d'ici à 2015, soit dans sept ans. Un objectif qui désormais nécessite «une forte volonté politique» et des investissements «d'au moins 30 milliards de dollars par an pour l'agriculture et la protection sociale» dans les pays pauvres, souligne la FAO.






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  • Brun Bernard
    Inscrit
    mardi 23 décembre 2008 07h15
    Oui mais...
    « ...pendant que des femmes et de enfants vont mourir, le pouvoir est désorganisé, complètement corrompu. Pourquoi ne pas dire en contextualisant pourquoi ces drames humains? Oui, on meurt de faim dans le reste du monde, on trafique des organes humains, trafic d'armes occidentales surtout,et nous on prépare Noël avec de la bouffe fine à en crever la bouche ouverte. le meilleur des mondes c'est ici, chez nous; l'enfer, c'est chez eux. »

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    mardi 23 décembre 2008 07h42
    Les Yeux de la faim
    « « Un objectif qui désormais nécessite «une forte volonté politique» et des investissements «d'au moins 30 MILLIARDS DE DOLLARS par an pour l'agriculture et la protection sociale» dans les pays pauvres, souligne la FAO. »

    Vous rendez vous compte, 30 MILLIARDS DE DOLLARS par an.

    Il faudrait plus de vingt ans pour à peine atteindre le montant de «l'aide» US accordée aux compagnies d'assurances et les banques qui ont fait des profits virtuels honteux et dont les impôts réels des honnêtes contribuables doivent renflouer pour que ces corrompus continuent de faire la grosse vie! (sinon... menace de chômage ! «Chantage»)

    Si on investissait, non, SI ON DONNAIT, COMME AUX BANQUES, 500 milliards à l'Afrique, l'élimination définitive de la faim serait sur la bonne voie.

    C'est toujours étonnant de constaté qu'on nous lance les ÉNORMES qualificatifs de l'énormité du montant lorsqu'il s'agit d'enrayer la faim et la misère (chose que l'on considère "impossible") et qu'on nous lance des qualificatifs comme presque "banal" lorsqu'on nous parle de 700 milliards de $ d'aide aux grosses poches (qui sauvent les emplois !!!!!) ou de 1000 milliards d'€uros !

    Pour la faim 30 milliards c'est énorme.
    Pour les compagnies d'assurances et les banques près de 2000 MILLIARDS et c'est tout simplement ce qu'il faut, on ne lésine pas, on n'hésite même pas, c'est une urgence !

    DES MILLIERS D'ÊTRES HUMAINS MEURENT DE FAIM, de malnutrition ou de maladie chaque semaine, mais IL N'Y A PAS URGENCE !


    30 MILLIARDS DE DOLLARS par an contre la faim!

    700 MILLIARDS DE DOLLARS par an pour la défense (sic) US !

    Exxon-Mobil fait près de 15 MILLIARDS de PROFIT NET en TROIS MOIS !

    Combien fait Shell ?
    Combien fait Nestlé ?
    Combien fait la banque X ?

    On nous dit: « Donnez généreusement ! »

    En 1984:
    «We are the World ! (Artistes états-uniens - Michael Jackson et à Lionel Richie)
    «Do they Know it's Christmas ! (Artistes anglais - Band Aid)
    « Tears are not enough » (Artistes canadiens - Bryan Adams)
    « Tam Tam pour l'Éthiopie » (Artistes africains, Manu Dibango)


    «Les Yeux de la faim ! (Artistes québécois - Gil Courtemanche / Jean Robitaille)

    Ils ne pleurent plus, n'ont plus de larmes
    Plus de sourire, juste des yeux
    Ils n'ont plus que leurs yeux
    Que leurs yeux pour nous parler
    ...
    Les enfants, les enfants qui nous regardent
    Les enfants du destin, les enfants de la faim
    Les enfants, les enfants qui nous regardent
    Les enfants de demain, ils ont le droit de vivre



    « Chanson pour l'Éthiopie » (Artistes français - France Gall)

    Loin du coeur et loin des yeux
    De nos villes, de nos banlieues
    L'Éthiopie meurt peu à peu
    Peu à peu

    Rien qu'une chanson pour eux
    Pour ne plus fermer les yeux
    C'est beaucoup et c'est bien peu
    C'est bien peu


    Oui, rien qu'une chanson pour eux, c'est bien peu.
    Les artistes et les populations du monde riche avaient généreusement donné, mais sans la volonté politique et avec des gouvernements et des entreprises pour qui la vie est bien peu face aux profits, on se retrouve constamment à la case départ et même on recule.

    Des milliards pour les prédateurs économiques et rien pour l'Afrique.



    Serge Charbonneau
    Québec »

  • François Marquis
    Inscrit
    mardi 23 décembre 2008 10h38
    Tu as bien raison Serge
    « J'ai honte et une certaine envie de pleurer »

  • Santiago Tiago
    Inscrit
    mardi 23 décembre 2008 13h22
    La malédiction?
    « Wow

    Mais quelle première phrase. Est-ce qu'on peut réellement croire que "le manque d'accès à la terre, au crédit et à l'emploi, ainsi que le prix élevé des denrées alimentaires" soit l'oeuvre de la providence? N'existe-t-il pas un système économique appelé le Capitalisme, qui n'est ni divin, ni même naturel. La loi du marché laisse de côté les habitants de l'éthiopie. Quelle surprise. Des populations non-rentables... Et voilà les organisations humanitaire, avec leur esprit de "tout le monde est gentil, il n'y a pas de coupables à déterminer" qui demande "aux pays donateurs" - qui sont aussi les pays pilleurs, rois du libéralisme économiques, grands champions du capitalisme - de sortir leur petit change pour s'assurer que trop de gens ne meurent pas d'un système d'exploitation duquel ils profitent.

    C'est triste. Vraiment. Mais s'il y a une malédiction, elle nous frappe tout autant, d'aveuglement face à ce que nous générons tous et toutes par complicité et passivité.

    Donnons 1 dollar à vision-mondial pour le temps des fêtes. Bonne conscience assurée »

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