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Zimbabwe - Lasse d'attendre, l'opposition crie victoire

31 mars 2008  Afrique
Des gens consultent les résultats compilés par le MDC dans un bureau de vote de Harare.
Photo : Agence Reuters
Des gens consultent les résultats compilés par le MDC dans un bureau de vote de Harare.
Harare — L'opposition au Zimbabwe a revendiqué hier la victoire aux élections générales de la veille et a accusé le pouvoir de retarder les résultats officiels pour les «truquer» en faveur du président Robert Mugabe.

«Mugabe a perdu ces élections, et ils reprennent les résultats à zéro pour les truquer en faveur de Robert Mugabe», a déclaré le secrétaire général du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) Tendai Biti. «Nous n'accepterons jamais cela», a-t-il affirmé. Le chef du MDC «Morgan Tsvangirai a gagné les élections. Un point, c'est tout».

Toujours sans résultats hier soir, la tension commençait à monter à Harare. La police anti-émeute et d'autres membres des forces de sécurité étaient déployés en masse dans les quartiers populaires, selon les observateurs électoraux indépendants. En soirée, le président de la commission électorale George Chiweshe, a finalement annoncé que les premiers résultats ne seraient publiés qu'à partir de 6h locales ce matin.

Les observateurs du Zimbabwe Election Support Network (ZESN), coalition de 38 organisations non gouvernementales du pays, avait estimé plus tôt que «le délai dans l'annonce des résultats alimentait les spéculations selon lesquelles quelque chose se trame». Lors des élections passées, les résultats commençaient à arriver dans la soirée du scrutin.

La Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), qui regroupe 14 pays de la région, a quant à elle jugé que ces élections permettraient «une expression pacifique et crédible de la volonté du peuple», notant toutefois certains «sujets d'inquiétude» dont la menace des forces de l'ordre, qui ont prévenu qu'elles s'opposeraient à tout changement de régime.

Le rapport de la SADC a été aussitôt rejeté par le MDC en indiquant qu'il était «clair que la Commission électorale et le régime étaient de mèche avec les responsables de la mission de la SADC», selon le secrétaire général du MDC Tendai Biti.

Pas moins de 5,9 millions de Zimbabwéens ont été appelés aux urnes samedi pour élire leurs président, députés, sénateurs et conseillers municipaux. Le président Mugabe, 84 ans et au pouvoir depuis l'indépendance de l'ancienne Rhodésie britannique en 1980, se présentait face à Morgan Tsvangirai et un ancien ministre des Finances entré en dissidence, Simba Makoni.

Le héros de la lutte d'indépendance rejette la faute de la crise sur les sanctions imposées par l'Occident depuis des élections estimées frauduleuses en 2002, qui visent les proches du pouvoir. Il a axé sa campagne sur le rejet de la Grande-Bretagne et de ses alliés.

«Donnez sa chance à Tsvangirai!»

Le scrutin s'est tenu dans le calme, après une campagne exempte des violences qui avaient marqué celle de la présidentielle de 2002. Mais la tension montait hier. Le MDC, qui accuse le pouvoir de fraude électorale, a défié les consignes des services de sécurité zimbabwéens, qui avaient interdit à l'opposition de communiquer des résultats avant le décompte définitif des bulletins de vote.

Selon les résultats assemblés par le MDC, le parti a remporté la quasi-totalité des sièges de députés à Bulawayo et Harare, deux de ses places-fortes. Le parti aurait également gagné dans des circonscriptions traditionnellement fidèles au président.

La Commission électorale a aussitôt remarqué que «ces résultats ne sont pas les résultats officiels». Le gouvernement a pour sa part mis en garde le MDC dans le journal Sunday Mail contre une revendication prématurée d'une victoire à la présidentielle qui reviendrait à «un coup d'État».

Dans la rue, la population l'avait pris au mot et faisait la fête, s'échangeant le signe de reconnaissance de l'opposition, un salut la main ouverte. À Mbare, la banlieue populeuse d'Harare, dans des concerts de klaxons, les habitants dansaient en scandant «donnez sa chance à Tsvangirai!».

L'opposition dénonce la déliquescence de l'économie, qui rend la vie quotidienne insupportable avec une inflation annuelle de plus de 100 000 %, quatre adultes sur cinq au chômage et des pénuries de produits de première nécessité.

***

Avec l'AP






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