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Voyage à l'heure planétaire

Denise Bombardier   1 mars 2008  Afrique
Le Cap, Afrique du Sud — Le dépaysement, de nos jours, serait-il davantage un état d'esprit qu'une réalité géographique et culturelle pour le voyageur? Dans cette Afrique du Sud, près de 15 ans après l'apartheid, les grandes villes, Johannesburg, Durban, Le Cap, sont toujours des villes de Blancs où aucune architecture ne nous est étrangère.
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  • Serge Charbonneau
    Abonné
    samedi 1 mars 2008 04h14
    Le voyage fait du bien
    « Ça nous fait le plus grand bien que vous preniez l'air Mme Bombardier. Ça se reflète dans vos propos. Avec un peu de poussière sur vos souliers, on sent que vous nous dites des choses qui vous chauffent un peu les yeux.

    Merci pour cette chronique de voyage.

    «La fierté est indissociable de la volonté de se sortir de la misère»

    «On est riche de ce qu'on apprend» »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    samedi 1 mars 2008 07h17
    Némésis.
    « Je ne sais pas ce qui se passe dans le monde, de sa misère et de ses morts, partout, en Palestine, en Irak, en Afghanistan, en Afrique, partout? Je ne sais pas pourquoi on commémore des photographes pour leurs photos prises sur nous, avec nos larmes et nos soeurs et frères morts dans nos bras ensanglantés? Je ne sais pas pourquoi ils font des livres ou des articles indignés pour notre malheur en réussissant à avoir des prix Nobel sur notre dos courbés comme la courbe de l'horizon où l'espoir s'efface peu à peu? Une courbature qui fait mal. Non, ils ne pleurent ni ne s'apitoient sur nous, ils ne sont pas capables de la moindre larme pour nous. C'est trop lourd une larme dans leurs âmes. Non, ils s'insurgent contre ceux qui font le malheur, contre ceux qui déchirent la dignité humaine et la considèrent comme un véritable tissu juste bon à nettoyer les tables garnies de nourriture. Ils s'indignent comme auraient dit les grecs, aganakhein, pour ce qui salie la dignité d'un être humain.
    Depuis combien de millénaires cette indignation a-t-elle décrit nos pleurs et nos cris? Depuis que nos ancêtres en Raison, Platon surtout avec son Socrate, ont décrit la Némésis, la Déesse assignant à chacun la part qui lui est due, la même Déesse qui rétablit la Loi en punissant les méchants, les monstres parce qu'ils ont détruits l'ordre du monde, ce « cosmos »; ce mot devenu cosmétique chez eux dans les revues comme dans les salons de coiffure ou les prix de beauté ou la publicité. Pourtant, en bouleversant l'ordre du monde, le cosmos, ils ont bouleversé nos vies parce que nous sommes pauvres, démunis de tout mais aussi noirs, « yeux bridés » (comme avait dit un de leur politique), arabes voilés ou non.
    Du reste, on avait ouvert déjà les portes de l'enfer. On avait sorti du silence les morts-vivants anonymes des camps de la mort ou des goulags. Chalamov, Levi. Il y a même un témoignage du ghetto de Varsovie qui disait qu'un juif déjà à demi mort de faim avait dit à un autre : « Ah que j'aimerais mourir après avoir, une fois encore, fait un véritable repas - comme un être humain! » De plus, cet homme portant ce témoignage avait écrit qu'il pouvait bénir son Dieu tout en lui signifiant avec courage : « Je ne peux Te louer pour les actes que Tu tolères. (...). Comme Tu dois être puissant pour que même la catastrophe actuelle n'ait sur Toi aucun effet déterminant! »
    Oui, « ... aucun effet déterminant! » a-t-il écrit et tout est à faire encore de nos jours. On s'indigne comme d'autres mangent leur Mc do. Nous avons des postures vertueuses, nous théâtralisons nos sentiments, on se déculpabilise en somme. Rien ne change pourtant, ma misère reste ma misère, elle n'est pas celle des autres. On ne nous fait pas venir sur les plateaux de télévision, ni la radio, ni les scènes de spectacle. Non, on parle de nous, on nous montre, on écoute nos cris dans les concerts. Mais nous, nous restons là à pleurer et à attendre qu'ils cessent de nous contempler comme d'autres vont au Louvre pour la Joconde. Ils ne font que nous décrire et parler de nous. Ils ne font rien d'autres. »

  • Raymonde Chouinard
    Abonnée
    samedi 1 mars 2008 12h11
    @Yvon Montoya
    « Il serait intéressant que vous nous indiquiez l'auteur des textes que vous copiez. Merci »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    dimanche 2 mars 2008 08h15
    Madame Raymonde Chouinard, je vous en prie, vous voilà servie.
    « On me dit souvent que je fais du papier /collé, du snobisme ou que c'est du crachat sur la face d'ignorants. La culture plus elle se cache, mieux elle se porte. Surtout dans des temps fous comme les nôtres où même un journaliste du Devoir considère que posséder des livres, c'est de la surconsommation. Un jour, en 1968, au cours d'une conférence dans une université allemande, l'éminent George Steiner, un maître à lire comme il aime à se considérer, en débutant sa conférence par une citation (et Dieu sait qu'il utilise les citations comme les mots car il n'y a pas de différences entre une citation et un mot, c'est la même chose. Ils signifient ce qu'ils ont à signifier), se fit interrompre par un étudiant soixante-huitard : « Monsieur, nous en avons fini avec les citations! » Interloqué, surtout dans une université, Steiner s'interrompit un moment et se mit à disserter sur ce que voulait bien vouloir dire un monde sans citations. L'heure était grave. Ne plus citer Homère, lui qui chantait ses chants de mémoire, en somme la mémoire du monde. Se voir interdire la mémoire du monde parce que des ignorants ont mal aux oreilles tout en se mirant dans le miroir narcissique de leur oubli. Ne plus citer, c'est dire que ceux qui nous créèrent dans notre culture, sont morts et bien morts ou mieux, ils n'ont jamais existé. Notre époque aime la mort manifestement.Vous savez.
    La citation du juif vient d'un texte extraordinairement fort. « Yossel Rakover s'adresse à Dieu. », écrit par Zvi Kolitz. Vous le trouverez chez Maren Sell/Calmann-Levy, 1998. J'espère que vous allez le trouver car sinon, pourquoi en demander l'origine? Vous avez à la suite de ce texte un autre écrit par Emmanuel Levinas. Le reste, c'est Héraclite/Platon exclusivement avec un petit fantôme léger lui, Spinoza. Voici, madame Raymonde Chouinard, ce que vous m'avez demandé. »

  • Raymonde Chouinard
    Abonnée
    lundi 3 mars 2008 12h50
    @Yvon Montoya
    « Est-ce dire, monsieur l'érudit, qu'il faut connaître par coeur les textes de tous les auteurs classiques que vous citez pour savoir d'où sont tirés vos textes? Quelle prétention...! »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    lundi 3 mars 2008 16h46
    @ Raymonde Chouinard avec mes respects.
    « C'est dur pour certaines personnes de comprendre quelque chose. Ça en demande des efforts. Je n'ai jamais dit ça. Relisez et réfléchissez. Je n'ai jamais parlé d'auteurs classiques mis à part Homère dans un autre contexte non dans celui de le savoir par coeur. Je parlais du statut de la cita-TION non de la récita-TION. En plus, vous ne dites pas merci. Même l'éduca-TION se perd de nos jours. »

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