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Élections RDC - Motivés, les Congolais votent en masse

Claude Lévesque   31 juillet 2006  Afrique
Ces deux femmes attendent patiemment leur tour devant leur bureau de vote de Chombo. Quelque 25,7 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes hier en République démocratique du Congo à l’occasion du premier scrutin démocratique depuis les a
Photo : Agence Reuters
Ces deux femmes attendent patiemment leur tour devant leur bureau de vote de Chombo. Quelque 25,7 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes hier en République démocratique du Congo à l’occasion du premier scrutin démocratique depuis les a
Lubumbashi — Les Congolais ont voté massivement hier lors de l'élection présidentielle qui était jumelée à des législatives, les premières à se dérouler selon les règles démocratiques depuis les années 60. Selon les informations disponibles, le scrutin s'est déroulé dans des conditions de sécurité généralement acceptables, compte tenu du passé récent de la République démocratique du Congo (RDC), marqué par deux conflits impliquant des pays étrangers et une terrible guerre civile.

En matinée, les files d'attente étaient impressionnantes devant les quelque 50 000 bureaux de vote répartis sur un vaste territoire aux infrastructures déficientes — la RDC s'étend sur deux fuseaux horaires au centre de l'Afrique.

Les efforts d'éducation civique déployés par plusieurs ONG congolaises et étrangères, avec l'appui de l'ONU, ont de toute évidence porté leurs fruits à cet égard, même si ces activités ont commencé tardivement pour des raisons financières.

On avait prévu un grand nombre de bureaux de vote, installés dans des locaux parfois exigus ou mal adaptés à cette fin, afin d'accélérer un processus rendu lourd par le grand nombre de candidats, l'inexpérience des électeurs et le taux élevé d'analphabétisme de la population.

Les Congolais devaient en effet décider s'ils accordent leur confiance à Joseph Kabila, président non élu au pouvoir depuis janvier 2001, ou s'ils lui préfèrent l'un des 32 autres candidats en lice. Ils étaient également appelés à choisir parmi 9406 candidats les 500 députés qui les représenteront au parlement de Kinshasa.

«Je suis contente qu'il y ait des élections, se félicite Shuku Tshéusi Thérèse, une électrice de Lubumbashi. Nous en avons marre d'avoir des dirigeants qui nous sont imposés.» Il fallait attendre deux heures hier matin avant d'aller voter dans ce bureau situé près du centre de la capitale provinciale du Katanga, qu'on dit acquise au président sortant, dont la famille est originaire de cette province.

Les électeurs ont surtout éprouvé des difficultés à remplir les bulletins utilisés pour les élections législatives, qui ont été déposés dans des urnes distinctes de celles qui étaient réservées au choix du chef de l'État. Dans les quartiers populaires et les zones rurales, plusieurs d'entre eux ont dû patienter pendant plus de cinq heures sous le soleil équatorial.

Les nombreux électeurs analphabètes, ainsi que les personnes âgées souffrant de problèmes de vue, avaient beaucoup de difficultés à déchiffrer un bulletin de vote de quatre pages où les candidats étaient désignés par leur nom, leur photo et un numéro connu depuis le début de la campagne électorale, il y a un mois. Dans certaines circonscriptions de Kinshasa, le bulletin de vote pour les législatives compte plus de 800 noms de candidats. Les meetings électoraux étaient interdits depuis samedi matin, de même que la publicité électorale sur les chaînes de télévision, dont la plupart sont associées à des mouvances politiques.

Énormes attentes

Les enjeux de ces élections sont pour les Congolais aussi importants que simples. Avant tout, après 46 ans d'anarchie ou de dictature, il s'agit de doter le pays d'un gouvernement élu. Il s'agit également d'assurer la réunification effective du pays, prévue par les accords de paix qui ont mis fin en 2002 à six années de guerres quasi ininterrompues et à la partition du pays. On espère enfin que les dirigeants qui émergeront de cette consultation populaire seront en mesure de rétablir (ou tout simplement d'offrir) les services normaux à une population de 66,2 millions d'habitants.

Les attentes des Congolais sont très grandes. Trop grandes même, de l'avis de bien des gens. Il est certain que les capacités de l'État seront encore longtemps trop limitées pour offrir aux citoyens tout ce qu'ils exigent à juste titre: l'eau, l'électricité, les soins de santé et les routes carrossables dont plusieurs millions d'entre eux sont privés.

La présence dans plusieurs régions du pays de milices encore armées et actives a fait craindre le pire pour le déroulement de l'exercice démocratique d'hier. Mais au moment où les journaux étaient sous presse, les perturbations ou les actes de violence graves étaient cependant rares, même dans les régions les plus à risque, comme le Nord et le Sud-Kivu. On a rapporté hier que de nombreux natifs de la région de l'Ituri, qui avaient trouvé refuge dans d'autres provinces pour fuir les hostilités, étaient rentrés au bercail afin de remplir leur devoir civique.

Dans le Nord et le Sud Kivu, situés dans l'est du pays, les électeurs étaient nombreux dans les bureaux de scrutin. C'est dans ces deux provinces que la MONUC, la Mission des Nations unies en RDC, a déployé la majorité de ses 17 600 Casques bleus.

Des bureaux de vote et du matériel électoral ont en revanche été détruits à Mbujimayi, le chef-lieu de la province du Kasai Oriental (centre). Le climat paraissait serein dans la capitale, Kinshasa, où les derniers jours de la campagnes électorale ont été marqués par des affrontements entre des manifestants et la police, ainsi que par des attentats ayant fait plusieurs morts.

Joseph Kabila est allé voter hier dans un bureau de scrutin de la capitale. Il est probable que les Kinois lui ont préféré d'autres candidats. Le président sortant devrait plutôt faire le plein de votes au Katanga et dans les autres provinces de l'Est.

Un sondage réalisé plus tôt ce mois-ci lui accordait une bonne avance sur ses plus proches adversaires, l'avocat Pierre Paypay et le vice-président sortant Jean-Pierre Bemba, mais la perspective d'un second tour de scrutin est de plus en plus souvent évoquée.

Les résultats définitifs du premier tour de la présidentielle seront proclamés le 31 août et ceux des législatives communiqués au fur et à mesure dans les circonscriptions. Le deuxième, s'il a lieu a été fixé au 29 octobre 2006.

***

Claude Lévesque est en RDC à l'invitation de la Table de concertation sur la région des Grands-Lacs, une colaition d'ONG canadiennes oeuvrant au Congo.






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  • Blair Rourke
    Abonné
    lundi 31 juillet 2006 11h24
    Felicitations
    « Merci, M. Levesque pour toutes vos activites au Congo et pour nous avons donne des detailles sur cet evenement important. Apres trop d'annees, des bonnes nouvelles viennent du Congo! »

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