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Des défenseurs des droits de l'homme dénoncent la situation - De jeunes Tchadiens sont forcés de servir de boucliers humains

Des enfants soudanais franchissent allégrement la frontière entre le Soudan et le Tchad.
Photo : Agence France-Presse
Des enfants soudanais franchissent allégrement la frontière entre le Soudan et le Tchad.
N'Djamena — De jeunes Tchadiens sont engagés de force, souvent pour servir de boucliers humains, dans les combats menés par l'armée gouvernementale contre les rebelles dans l'est du Tchad, affirment des défenseurs des droits de l'homme.

D'après eux, plusieurs centaines de jeunes ont été envoyés à la frontière entre le Tchad et le Soudan, où l'armée tchadienne, affaiblie par de nombreuses désertions l'an dernier, combat des rebelles basés dans la province soudanaise du Darfour.

«Il ne fait absolument aucun doute qu'ils sont envoyés dans la zone de conflit», affirme Jacqueline Moudeina, avocate de premier plan et présidente de l'Association tchadienne pour la défense et la promotion des droits de l'homme (ATDPH).

«Les jeunes sont pris, armés puis envoyés à la guerre. Ils sont utilisés comme boucliers humains [...]. Nous avons beaucoup de renseignements qui le confirment, notamment des témoignages de personnes qui ont réussi à y échapper.»

Le Tchad, une ancienne colonie française, accuse le Soudan d'abriter et de soutenir des rebelles tchadiens qui ont attaqué le mois dernier la ville frontalière d'Adré. N'Djamena se considère en «état de belligérance» avec Khartoum et affirme que des raids transfrontaliers menés par des miliciens soudanais ont tué 600 Tchadiens à ce jour. Le Soudan, qui rejette ces accusations, soupçonne le président tchadien Idriss Déby de vouloir détourner ainsi l'attention de ses problèmes intérieurs.

Le Tchad a renforcé sa présence militaire dans l'est du pays depuis les attaques du 18 décembre à Adré, qui ont été repoussées, selon le gouvernement, par une contre-offensive qui aurait fait 300 morts parmi les rebelles. Ces derniers n'ont reconnu que neuf morts et ont affirmé avoir tué plus de 70 soldats tchadiens. Ces informations n'ont pas pu être recoupées auprès de sources indépendantes.

Le ministre tchadien de la Sûreté publique, Routouang Yoma Golom, a déclaré que Déby avait décidé de renforcer l'armée après une vague de désertions et qu'une campagne de recrutement était en cours.

Il a ajouté que les forces de sécurité avaient rassemblé plus de 300 personnes ces derniers jours, les présentant comme de jeunes «Colombiens», des enfants des rues auxquels on impute un regain de criminalité dans la capitale.

Golom a nié que ces jeunes soient envoyés au combat. «Les gens que la police a embarqués sont des délinquants dont les parents ne pouvaient s'occuper», a-t-il dit. «Toutes les personnes recrutées jusqu'ici étaient volontaires», a-t-il ajouté, rejetant les allégations selon lesquelles certaines recrues seraient âgées de moins de 18 ans. Selon une autre organisation de défense des droits de l'homme, certains jeunes emmenés par la police ont envoyé des messages à leurs familles pour leur dire qu'ils s'entraînaient dans une caserne au nord de N'Djamena en vue de leur participation aux combats.

« Chair à canon »

«On envoie des gens dans l'est pour qu'ils y servent de chair à canon. On les arme sur place, mais ce sont des gens qui ne savent pas faire la guerre», affirme Deuzoumbe Daniel Passalet, président tchadien de l'association Droits de l'homme sans frontières. «Le but est de les mettre en première ligne, devant l'armée, et qu'ils se fassent tirer dessus. Ils sont là pour protéger l'armée.»

Certains jeunes, des étudiants, disent avoir été embarqués par groupes entiers sans aucun raison apparente, puis passés à tabac par les forces de sécurité.

«Dimanche matin, j'étais devant la porte de ma chambre quand j'ai été arrêté par l'armée», raconte un jeune de 20 ans qui a requis l'anonymat. «Je leur ai dit que j'avais mes papiers mais ils ont refusé de les voir. Ils m'ont torturé. Ils m'ont déshabillé et ont utilisé mes vêtements pour m'attacher. J'ai passé cinq jours en prison.»

Selon Patrice Bendounga, du collectif d'associations de défense des droits de l'homme (CADH), certains de ces jeunes étaient chez eux quand des policiers sont arrivés et les ont emmenés sous les yeux de leurs proches.

«Au moins dix personnes ont été arrêtées quotidiennement, de jour comme de nuit. C'est l'armée qui commet ces actes barbares», a-t-il ajouté. «La majorité des gens qu'ils emmènent ne sont pas des voyous, ce sont des jeunes gens comme nous. Mais ils sont envoyés au combat.»
 
 
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