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Huit millions de Chiliens aux urnes - Bachelet est favorite pour devenir la première présidente chilienne

Reuters   9 décembre 2005  Actualités internationales
Santiago — Un peu plus de huit millions de Chiliens voteront dimanche pour renouveler le parlement et choisir leur futur président qui, pour la première fois dans ce pays sud-américain, a de fortes chances d'être une femme: la socialiste Michelle Bachelet.

Même si sa cote a baissé dans les sondages à l'approche du scrutin, cette fille d'un général mort torturé par ses pairs sous la dictature d'Augusto Pinochet, recueillait encore 41 % des intentions de vote, selon un sondage du prestigieux institut d'études de marchés Gemines Consultores. Le second tour, en janvier, s'annoncerait serré contre l'un des deux candidats de l'opposition, l'ancien maire conservateur de Santiago Joaquin Lavin et l'ancien sénateur de centre-droit Sebastian Pinera, l'une des plus grandes fortunes du pays, au coude à coude dans les intentions de vote.

«Cette élection ne sera pas réglée dimanche. Un second tour s'avérera nécessaire et personne ne sait quel candidat de la droite passera le premier tour», prédit Andres Passicot, directeur de l'institut d'études de marchés Gemines Consultores.

Bachelet s'est engagée au cours de sa campagne à poursuivre sur la voie du libéralisme économique et social du président sortant Ricardo Lagos, à qui la Constitution interdit de solliciter dans l'immédiat un nouveau mandat.

Mme Bachelet, médecin pédiatre de profession, est soutenue par la Concertation démocratique, la coalition de centre-gauche sortante, pour succéder pendant quatre ans — le mandat a été raccourci de deux ans — à Ricardo Lagos, qui cédera son poste en mars.

Spots télévisés, encarts dans les journaux, la Concertation n'a pas ménagé ses efforts pour présenter toutes les facettes, même les plus iconoclastes, d'une candidate agnostique, socialiste et mère de trois enfants de deux pères différents, dont elle est séparée. Cette ancienne ministre de la Santé (2000-2002) et de la Défense (2002-2004) défend une plate-forme très «sociale»: égalité des sexes, éducation, santé, retraites.

Ses deux principaux concurrents sont Sebastian Pinera, un entrepreneur milliardaire représentant la droite modérée, et le très catholique candidat de la droite conservatrice, Joaquin Lavin, rival malheureux de Lagos en 1999 et ancien conseiller économique de Pinochet.

M. Pinera, actionnaire principal de la compagnie aérienne LAN avec des intérêts dans les médias et la banque, n'a embarqué qu'en mai dans la course à la présidence, et a grignoté progressivement le terrain de son rival à droite. À la veille du scrutin, les sondages les donnaient pratiquement à égalité, avec un petit avantage pour Pinera (22 % d'intentions de vote, 19 % pour Lavin, selon le CERC).

Trottoirs envahis d'affiches géantes des candidats, autobus placardés de photos de Bachelet ou Pinera et même un immeuble tapissé de portraits de jeunes, de femmes ou d'ouvriers entourant une Bachelet souriante à la manière des publicités Benetton: les candidats ont mené une campagne «à l'américaine», dépensant des sommes impressionnantes (700 000 $) pour occuper le terrain.

Au Chili, le vote est obligatoire sous peine de fortes amendes et ces suffrages seront décisifs pour une éventuelle victoire de Mme Bachelet dès le premier tour ou pour provoquer un deuxième tour le 15 janvier.

Outre leur futur président, les Chiliens devront choisir dimanche leurs nouveaux députés (120) et renouveler en partie le Sénat (20 sièges).

Les milieux d'affaires ne s'inquiètent pas des résultats et estiment que Bachelet maintiendra la politique économique en vigueur — rigueur fiscale et échanges commerciaux tous azimuts.

Sous les gouvernements de centre-gauche qui se sont succédés depuis la chute du régime de Pinochet en 1990, le Chili a prospéré jusqu'à devenir un pays développé où le taux de pauvreté a été divisé par deux pour être ramené à 18 %, un des plus bas de la région.

Lagos quitte le pouvoir avec un taux de satisfaction de 60 %, une économie en plein boom grâce aux cours records du cuivre, la principale exportation du pays, et à la forte demande pour les autres productions nationales — pâte à papier, vin, saumon, engrais.

Si Bachelet, héritière du courant de gauche au pouvoir depuis 15 ans, l'emporte, elle deviendrait la quatrième femme à être élue présidente en Amérique latine après Violeta Chamorro au Nicaragua, Mireya Moscoso au Panama et Janet Jagan, en Guyana.

Le nouveau chef de l'État chilien entrera en fonction en mars et son mandat sera limité pour la première fois à quatre ans au lieu de six jusqu'à présent.
 
 
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