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60 ans après Hiroshima - El-Baradeï et l'AIEA reçoivent le prix Nobel de la paix

8 octobre 2005  Actualités internationales
Un bon «coup de fouet», croit le récipiendaire.
Photo : Agence Reuters
Un bon «coup de fouet», croit le récipiendaire.
Oslo — Le prix Nobel de la paix a été attribué hier à l'Agence internationale de l'énergie atomique et à son chef Mohamed el-Baradeï pour leur travail contre la prolifération, 60 ans après Hiroshima et alors que la question de l'arme nucléaire reste brûlante en Corée du Nord et en Iran.

Gendarme de l'ONU pour la question nucléaire, l'AIEA et son directeur général égyptien sont récompensés «pour leurs efforts visant à empêcher que l'énergie nucléaire soit utilisée à des fins militaires», a dit Ole Danbolt Mjoes, président du comité Nobel, en motivant le choix fait parmi les 199 candidats en lice.

Si, dans les grandes capitales, les louanges ont été nombreuses pour le rôle des deux lauréats dans le dossier iranien, les critiques n'ont pas manqué du côté des écologistes et des militants antinucléaires.

Installée à Vienne, l'AIEA tente depuis 1957 de détecter le détournement des matières fissiles et de garantir l'application du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), missions d'actualité au regard des difficultés éprouvées pour convaincre l'Iran et la Corée du Nord de renoncer à leurs programmes nucléaires.

Le prix Nobel «renforcera notre détermination» à lutter contre la prolifération et «sera un coup de fouet» pour les actions de l'agence, a assuré M. el-Baradeï, 63 ans, depuis Vienne.

Du côté de Téhéran, les premières réactions laissent penser que les autorités iraniennes redoutent d'être placées sous une pression accrue.

Outre des négociations délicates avec l'Iran et la Corée du Nord, les mois passés ont vu l'échec d'une conférence sur la revitalisation du TNP en mai et l'incapacité de la communauté internationale à s'entendre sur ce sujet lors du sommet de l'ONU, en septembre.

L'AIEA et M. el-Baradeï ont aussi gagné en notoriété en tenant tête aux États-Unis en Irak. Au grand dam de l'administration américaine, l'Égyptien estimait que Saddam Hussein ne disposait pas d'armes de destruction massive, un jugement désormais généralement admis comme correct.

Interrogé à savoir si le Nobel constituait une critique envers Washington, M. Danbolt Mjoes a assuré qu'il ne visait «aucun État en particulier» mais qu'il représentait «un défi adressé à tous les chefs d'État».

«À une époque où la menace des armes nucléaires s'accroît une fois encore, le comité Nobel norvégien souhaite souligner le fait que cette menace doit être traitée au moyen d'une coopération internationale la plus large possible», a-t-il dit.

La secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice a pour sa part «félicité» les deux lauréats d'un Nobel «bien mérité».

Le choix du comité Nobel coïncide également avec le 60e anniversaire du largage par l'US Air Force de deux bombes atomiques, Little Boy et Fat Man, sur les villes japonaises d'Hiroshima et de Nagasaki.

Le comité perpétue ainsi une tradition non écrite qui consiste à récompenser des organisations ou des individus opposés à l'arme nucléaire lors de chaque grand anniversaire des premiers — et uniques à cette heure — bombardements atomiques de l'histoire, qui avaient fait plus de 210 000 morts.

En 1995, le prix était allé au mouvement antinucléaire Pugwash et à son fondateur Joseph Rotblat et, en 1985, à l'Internationale des médecins contre la guerre nucléaire.

Candidat infortuné, le militant antinucléaire japonais Senji Yamaguchi, 75 ans, survivant de Nagasaki, a critiqué un choix destiné selon lui à ne pas offenser les États-Unis, qui auraient été mis sur la sellette si la récompense était allée aux rescapés des bombardements nucléaires. «Les États-Unis sont responsables de ne pas avoir été capables d'empêcher les autres pays de posséder l'arme nucléaire», a-t-il déclaré.

Les écologistes en désaccord

Les critiques ont également été nombreuses parmi les écologistes. Greenpeace a qualifié le choix de «problématique», regrettant le «double rôle» de «gendarme et promoteur du nucléaire» occupé par l'AIEA, qui oeuvre contre la prolifération du nucléaire militaire mais qui promeut l'énergie atomique civile.

L'organisation écologiste russe Écodéfense a indiqué qu'elle allait envoyer à Oslo une lettre de protestation à l'encontre de la «plus grosse erreur historique du comité Nobel».

Le président français Jacques Chirac et le premier ministre britannique Tony Blair, dont les pays prennent directement part aux négociations avec l'Iran, se sont, eux, réjouis de la récompense, de même que le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan.

Ancien chef des inspecteurs de l'ONU en Irak, le Suédois Hans Blix a qualifié le choix d'«incroyablement satisfaisant».

La remise du prix aura lieu le 10 décembre, date anniversaire de la mort de son fondateur, l'inventeur suédois de la dynamite Alfred Nobel.
 
 
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