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La Bombe E

Des micro-ondes pour mettre Saddam à genoux?

14 septembre 2002  Actualités internationales
«Menace ou propagande?» Par cette interrogation, qui n'en est pas tout à fait une au vu de la précision de ses informations, la revue spécialisée Air et cosmos ouvre le dossier de la nouvelle arme secrète que les Américains pourraient larguer sur l'Irak. Cette arme, c'est la bombe E (pour «électromagnétique»).

À chaque guerre, une arme nouvelle. En 1991, les États-Unis lancèrent en Irak, sur la route de Bassorah, la bombe qui brûle l'oxygène et qui tua, en les asphyxiant, tous ceux qui y circulaient. En 1999, au Kosovo, les Américains ont largué des bombes au graphite, provoquant des courts-circuits et plongeant les villes dans le noir. Bernard Bombeau et Serge Brossolin estiment que contre l'Irak, «la réalité rejoint la fiction» car «l'arme à micro-ondes de forte puissance, la fameuse bombe E, figure désormais dans le dispositif militaire américain». Frappée du sceau «secret défense», cette arme est adaptée à la stratégie américaine de «frappe préventive» parce que, employée d'entrée de jeu et sans crier gare, elle privilégie «la destruction massive du potentiel électronique par émission d'une puissante impulsion électromagnétique d'origine non nucléaire».

Ceci signifie que la bombe E se veut le chaînon manquant entre les munitions classiques et une arme nucléaire, dont elle a les résultats dévastateurs sans avoir l'inconvénient de dégager les effets de souffle et de chaleur caractéristiques. «L'Irak est dans la ligne de mire» de l'arme à micro-ondes de forte puissance ou à hyperfréquences, comme on voudra bien l'appeler. «C'est le début d'une ère nouvelle», selon la revue, avec ses applications contre les personnes et le matériel sur le champ de bataille.

Aveugle, sourd et muet

«Ces armes invisibles sont terrifiantes par la capacité de modulation de puissance de l'effet électromagnétique demandé selon la nature de la cible à traiter.» Elles peuvent en effet brouiller et détruire l'ensemble des systèmes électroniques (ordinateurs et calculateurs d'une défense, réseaux de communications, commandes de vol des avions civils et militaires, autodirecteurs des missiles... ) et rendre ainsi l'adversaire aveugle, sourd et muet. Sauf s'il a pris soin de «durcir», c'est-à-dire de protéger, ses infrastructures.

À l'encontre des êtres vivants, la bombe E agit comme «un four à micro-ondes» qui serait superpuissant. Autrement dit, «elle entraîne l'agitation des molécules d'eau» qui composent les cellules humaines, provoquant une élévation de température, au delà de 45 à 40 degrés, et un effet de cuisson, avec tous les risques de brûlure qui s'ensuivraient, en pénétrant sous et dans la peau. Un prototype de véhicule porteur de l'arme, le VMADS (Vehicle Mounted Active Denial System), du modèle Humvee (la nouvelle jeep de l'armée américaine), a été conçu par le groupe Raytheon, «l'inventeur du four à micro-ondes».

Air et cosmos croit savoir que «cette arme du troisième millénaire», qui fait peser sur Bagdad «un avenir insondable», peut être acheminée par des véhicules terrestres, des avions, des missiles de croisière ou des drones (avions sans pilote). La bombe E n'est l'objet d'aucun contrôle. Aucun traité de désarmement ne la mentionne.

Les États-Unis ne sont pas les seuls à en disposer. La France, l'Allemagne et le Royaume-Uni ont récemment signé un accord invitant leurs industriels à se regrouper pour concevoir le développement, d'ici 2004, d'une arme hyperfréquences opérationnelle.
 
 
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